ll y a un peu plus d’un an, Marie-Ève Dicaire a pris la mesure de Chris Namus pour devenir championne du monde des super-mi-moyennes de l’IBF. En 2019, elle a défendu sa ceinture trois fois.

Marie-Ève Dicaire: une année passée au sommet du monde

MONTRÉAL — ll y a un peu plus d’un an, Marie-Ève Dicaire a pris la mesure de Chris Namus pour devenir championne du monde des super-mi-moyennes de l’International Boxing Federation (IBF). Un an plus tard, qu’est-ce qui a changé?

«J’ai réalisé que j’ai vraiment ma place au sein de l’élite mondiale, a déclaré à La Presse canadienne celle qui a une fiche parfaite de 17-0. D’aller chercher ce titre a été une chose. De le défendre coup sur coup contre mes aspirantes obligatoires, c’est ça qui m’a vraiment permis de prendre confiance en mes moyens. [...] Quand je sors ma ceinture à mes conférences, ça donne d’autant plus de poids à ce que je dis. C’est ce qui me rend le plus fière.»

Dicaire s’est battue trois fois en 2019. N’importe quel champion du monde qui aurait défendu sa ceinture trois fois en 12 mois aurait été multimillionnaire. Selon une source au fait des bourses distribuées au Québec, Dicaire aurait touché 20 000 $ pour sa dernière défense de titre, présenté en finale d’un gala tenu au Centre Vidéotron de Québec. Son promoteur, Yvon Michel, assure que c’est plus que cela, sans préciser le montant. Peut-on vivre de la boxe féminine à l’aube de 2020?

«Je suis loin d’être millionnaire, mais je vis bien de mon sport, assure Dicaire. Pendant longtemps, j’ai dû avoir une école de karaté. Je devais alors conjuguer entraînement et enseignement, car la boxe ne payait pas les factures. Maintenant, j’ai d’autres projets parce que je suis hyperactive et que je suis incapable de rester en place. Mais je les fais parce que j’ai envie de les faire.»

Plusieurs estiment que les bourses sont moindres parce que l’intérêt est moindre. À Québec, Michel indique avoir vendu quelque 2500 billets.

«Combien y avait-il de spectateurs pour le dernier combat de David Lemieux, qui comptait sur une super sous-carte, au Centre Bell? questionne Dicaire. (La réponse est un peu plus de 5500). Artur Beterbiev, pour un combat d’unification à Philadelphie, s’est battu devant un peu plus de 3000 personnes. Je pense que (2500 billets pour une finale féminine) c’est une belle victoire.»

«On ne s’est jamais caché : ça n’a pas été un succès financier, a admis Michel. Mais nous étions satisfaits de ce qu’on a eu.»

Certains ont aussi remis en question la pertinence du sport, ne croyant pas que les femmes avaient leur place dans un ring de boxe.

«Ce qui m’a encouragée après les propos tenus par Michel Villeneuve [le chroniqueur radiophonique], c’est la montée de boucliers qui a suivi, a souligné Dicaire. Les gens sont allés au front pour défendre la boxe féminine. Que des gens n’aiment pas la boxe ou la boxe féminine, c’est correct. Mais le débat a été alimenté par des arguments de poids. C’est toute une victoire.»

«Il y a aussi une chose très importante à se rappeler : la boxe masculine a de profondes racines au Québec. On regarde donc la boxe féminine avec nos yeux d’amateurs et d’observateurs de boxe masculine, a souligné Michel. Il faudra s’habituer à la perspective complètement nouvelle qu’offre la boxe féminine. [...] La meilleure comparaison qu’on peut faire, c’est de regarder ce qu’est le tennis féminin par rapport au tennis masculin.»

Au Québec, Dicaire n’est plus seule : Kim Clavel détient maintenant la ceinture NABF des mi-mouches. Les Marie-Pier Houle, Laila Beaudoin et autres Martine Vallières-Bisson suivent ses traces.

«Il y a vraiment quelque chose qui se passe, a dit Dicaire. [...] Je pense qu’après les prochains JO, ça va être intéressant de voir les boxeuses qui vont choisir de devenir professionnelles.»

Voici, en rafale, quelques autres moments qui ont retenu l’attention sur la scène de la boxe québécoise en 2019 :

Eleider Alvarez perd son titre

Après avoir causé toute une surprise en août 2018 en passant le K.-O. à Sergey Kovalev pour s’emparer du titre de la World Boxing Organization (WBO) des mi-lourds, Eleider Alvarez (24-1, 12 K.-O.) a oublié de se présenter pour le combat revanche, présenté le 2 février à Frisco, au Texas.

Après une performance sans éclat, Alvarez a perdu une décision unanime sans équivoque, la juge Lina Giampa marquant le combat 120-108. Les deux autres juges ont vu 116-112.

Maintenant classé septième aspirant à la WBO et neuvième au WBC, le Colombien disputera son prochain combat le 18 janvier, face à Michael Seals (24-2, 18 K.-O.) pour le titre vacant Continental des Amériques du WBC. Le combat aura lieu au Turning Point Casino, de Verona, dans l’État de New York.

Oscar Rivas perd dans la controverse

Oscar Rivas, le compatriote d’Alvarez, a aussi eu l’occasion de mettre la main sur un titre du WBC, mais chez les lourds. Pour ce titre intérimaire face à Dillian Whyte, Rivas (26-1, 18 K.-O.) s’est également incliné par décision unanime.

La controverse ne se trouve pas dans la décision, mais bien dans le fait que quelques jours avant le combat, Whyte a échoué un test antidopage. Mis au courant, l’Agence britannique antidopage (UKAD), la Régie de boxe britannique, le British Boxing Board of Control (BBBC), ainsi que son promoteur, Eddie Hearn, n’ont pas cru bon avertir le clan Rivas et ont laissé le combat aller de l’avant.

Groupe Yvon Michel a intenté des recours légaux contre Matchroom Boxing, l’UKAD et le WBC, en vain. Après plusieurs mois, l’UKAD a finalement blanchi Whyte, «faute de preuve suffisante confirmant que Whyte avait ingéré une substance interdite dans le but d’améliorer ses performances».

Rivas devrait lui aussi remonter sur le ring à la fin janvier.

Beterbiev champion unifié

On ne le voit pas souvent à l’œuvre à Montréal, mais le meilleur boxeur basé dans la Belle Province par les temps qui courent est possiblement Artur Beterbiev (15-0, 15 K.-O.).

Le boxeur originaire de Khassaviourt, en Russie, a défendu son titre IBF acquis en novembre 2017 à deux reprises en 2019, en plus d’ajouter celui du WBC quand il a passé le K.-O. à Oleksandr Gvozdyk, tombeur d’Adonis Stevenson à Québec en décembre 2018.

Beterbiev doit défendre son titre IBF face à l’aspirant no 1, le Chinois Fanlong Meng (16-0, 10 K.-O.), en mars prochain, un combat qui pourrait avoir lieu à Montréal.

Entrée en matière difficile pour Lemieux

Après 15 mois sans boxer, David Lemieux (41-4, 34 K.-O.) a fait le saut chez les super-moyens, un passage chez les 168 livres qui ne s’est pas fait sans heurt.

Lors de son affrontement contre l’Ukrainien Maksym Bursak — choisi par le clan Lemieux afin de lui assurer une transition en douceur —, Lemieux a visité deux fois le tapis et a dû puiser au fond de ses ressources pour remporter une décision partagée controversée face à Bursak.

Le verdict n’est pas encore tombé au sujet de cette réorientation, mais Lemieux devra être plus convaincant à sa prochaine sortie chez les super-moyens, où les boxeurs sont plus imposants, ont une meilleure force de frappe et encaissent davantage qu’à 160 livres

Pascal et Butler en championnats du monde

Champion des mi-lourds de la WBA, Jean Pascal (34-6-1, 20 K.-O.) mettra ce titre, en plus de la ceinture Silver du WBC, en jeu face à Badou Jack (22-2-3, 13 K.-O.), le 28 décembre, au State Farm Arena d’Atlanta.

Pascal a mis la main sur ces titres en janvier, quand il vaincu par décision technique Marcus Browne après huit rounds. Browne a subi une sévère coupure au-dessus de l’œil gauche au huitième engagement à la suite d’un coup de tête accidentel, forçant l’arbitre Gary Rosato à se fier à la carte des juges, qui avaient tous Pascal en avance 75-74 à ce moment.

Steven Butler (28-1-1, 24 K.-O.) obtiendra quant à lui une première chance de remporter un titre mondial, celui de la WBA des moyens, détenu par le Japonais Ryota Murata (15-2, 12 K.-O.).

Détenteur du titre depuis mai 2017, Murata effectuera cette cinquième défense chez lui, à Yokohama, le 23 décembre.