Marie-Ève Dicaire tient à sa ceinture [VIDÉO]

Une petite phrase lancée en espagnol à l’endroit de sa rivale à la toute fin de la conférence de presse résumait bien l’état d’esprit de Marie-Ève Dicaire à l’approche de la troisième défense de son titre de championne du monde de la Fédération internationale de boxe (IBF). «Cette ceinture est la mienne», a-t-elle pris soin d’avertir poliment Olgeidis Suarez, tout en se réjouissant de sa venue au Québec.

Dicaire revient au Centre Vidéotron, samedi, tout près d’un an après avoir mis la main sur cette fameuse ceinture féminine des poids super mi-moyens. Pour l’occasion, l’invaincue pugiliste (16-0-0) de Terrebonne croisera avec une ancienne double championne du monde du Venezuela à la fiche de 29-3-1.

Pour Dicaire, l’enjeu dépasse la protection de ce titre, car des projets ambitieux reposent déjà sur sa planche à dessin. Ce combat se veut un premier pas vers une éventuelle unification de titres.

«De beaux combats et de belles opportunités s’en viennent, on est en train de mettre en branle la possibilité d’avoir une autre ceinture et j’en suis emballée. Je suis une fille de défi, et samedi, j’en ai un devant moi : si je ne domine pas ce combat-là, je ne mérite pas la suite des choses. Il est important pour moi de prouver que j’ai ma place comme championne du monde», admet la boxeuse de 33 ans.

Pour l’occasion, Dicaire a pris tous les moyens pour être au sommet de son art. Elle rentre d’un camp d’entraînement à Philadelphie où elle admet avoir souffert le martyre, repoussé ses limites, sortie de sa zone de confort et où elle dit avoir découvert des ressources qu’elle ne pensait pas avoir.

Nerveuse pour samedi? «Pantoute!» répond-elle à sa propre question. «Ma préparation a été optimale, ma confiance l’est aussi.»

Pour elle, le combat contre Suarez représente un rêve d’enfance, soit celui d’être la tête d’affiche d’un gala de boxe. Comble de bonheur, il se tiendra sur le même ring où sa vie a changé, le 1er décembre 2018, lorsqu’elle avait renversé Chris Namus par décision unanime pour devenir championne du monde.

«Depuis que je suis toute petite qu’on me dit, Marie-Ève, trouve-toi un autre rêve, aucune femme ne gagnera sa vie avec la boxe. J’ai prouvé le contraire, je suis en finale au Centre Vidéotron, et je compte une fois de plus être à la hauteur des attentes», dit-elle avec détermination.

Baptême de neige

Devant elle, Dicaire retrouvera une adversaire dont le style s’apparente au sien, d’où l’importance du récent camp d’entraînement l’ayant forcé à se mesurer à des partenaires qui lui donnaient de l’espace, qui la forçaient à lancer les attaques.

Sa rivale a livré un premier round contre le froid dans le hall d’entrée du Centre Vidéotron, mercredi, bien emmitouflée dans son manteau.

«C’est la première fois que je vois de la neige. Je suis heureuse d’être ici et d’avoir été invitée par la reine du Canada», disait-elle d’entrée de jeu dans sa langue maternelle.

Mais la boxeuse de 32 ans n’est pas venue ici pour parader, bien qu’elle trace un parallèle entre la boxe féminine et la mode. Elle arrive bien préparée et motivée comme jamais.

«J’ai été la première à me battre à l’extérieur du Venezuela. Un troisième titre mondial me permettrait de faire l’histoire dans mon pays», ajoutait-elle via l’interprète du jour, Catherine Vallières.

Suarez n’a pas perdu depuis 2013 et elle a signé 3 KO en carrière. À quoi doit-on s’attendre de sa part, samedi? «J’ai beaucoup de style, je vous réserve la surprise», dit la sportive de 32 ans qui pratique la boxe depuis 9 ans.

Et qui doit-on établir comme favorite?

«Les deux, parce qu’on s’est entraînées fort. Nous avons des chances égales de l’emporter. Je vais tout donner pendant chaque round de deux minutes, je suis venue pour gagner», répondait «La Nina».

Pourrait-on assister à la première victoire par KO de Dicaire? «Je veux être fidèle à mon plan de match, qui est fait en fonction du résultat qu’on veut, et de l’exécuter à la lettre», disait Dicaire.

Le gala de samedi compte neuf combats, dont cinq de championnat. L’un d’eux implique Mikaël Zewski, de Trois-Rivières. Sébastien Bouchard (Québec) est également l’un des points de mire de cette soirée dont la première cloche sera entendue à 19h.

+

SUR LE RING

Il s’agit du premier événement de boxe à être présenté au Centre Vidéotron depuis le gala du 1er décembre 2018, lorsque Dicaire avait remporté son titre mondial et qu’Adonis Stevenson avait été hospitalisé après sa défaite. Stevenson doit effectuer sa première sortie publique à un gala de boxe, en fin de semaine, à Québec… Le boxeur local Sébastien Bouchard tentera de remporter sa première ceinture contre le Montréalais Ayaz Hussein. «Ça fait longtemps que j’attends pour rentrer dans le top 15 mondial, samedi, c’est ma chance», affirmait-il… Mikaël Zewski estime se sentir mieux que jamais à l’approche de son combat contre Alejandro Davila (19-0-2). «Le gars ne vient pas ici en touriste, il a la chance de retourner au Mexique dans le top 15 mondial, mais il n’y a rien sur mon chemin pour m’empêcher de livrer une bonne performance», notait le Trifluvien… Marie-Ève Dicaire ne ressent pas la pression d’être la tête d’affiche de ce gala, et par ricochet, d’être responsable de la taille de la foule de cette salle dont la configuration peut 5000 spectateurs. «Je suis en début de carrière, il faut bâtir. J’ai réalisé que s’il y a 2000 ou 3000 personnes, elles seront là pour moi, pour Sébastien, pour Mikaël. Je le sens plus comme un appui et non pas de la pression.»