Marie-Ève Croteau et Simone Boilard abordent la saison 2018 de cyclisme avec un grand sourire et de grandes ambitions.

Marie-Ève Croteau, une «lionne» résiliente

Si la malchance de Marie-Ève Croteau est quasi légendaire, sa résilience devrait l’être encore plus.

Dans les derniers mois, la paracycliste a ajouté l’attaque d’une bactérie mangeuse de chair à sa longue liste de mésaventures. Et ça ne l’a pas empêchée, mercredi, d’affirmer avec aplomb qu’elle allait enfin décrocher une médaille olympique, en 2020.

Depuis les Jeux de Rio, «j’ai probablement passé plus de temps à l’hôpital que chez moi. J’ai failli mourir à quelques reprises. Je pensais avoir tout vu, bien honnêtement», a raconté Croteau, en marge d’une conférence de presse de la Fédération québécoise des sports cyclistes pour lancer la nouvelle saison.

La cruelle bactérie lui a fait perdre l’usage de son bras gauche, déjà diminué par un accident de la route subi à 14 ans. Entre ces deux épreuves, toute une série d’autres malchances.

En 2010, un virus lui prend sa jambe gauche. En 2012, une commotion cérébrale subie à Baie-Comeau l’empêche de participer aux Jeux olympiques de Londres. Trois ans plus tard, un test à l’effort la plonge dans le coma pendant cinq jours.

Elle se réveille et se relève, direction Rio. Mais quelques semaines avant le début des JO de 2016, elle se fait voler les deux vélos spécialement conçus pour elle. Dans la même période, elle subit une série d’infections qui mettent sa présence au Brésil en péril. Elle décrochera finalement une quatrième place à Rio, sous antibiotiques, avec un cathéter inséré dans une veine.

Quelques mois plus tard, en avril 2017, elle annonce son retrait de la compétition pour un an. Sa santé est trop vacillante. Elle doit débarrasser son corps des bactéries qui l’habitent. Et c’était avant la visite de la mangeuse de chair, en juin.

«Évidemment, j’ai pogné la plus virulente, la plus méchante, la plus agressive. Un peu comme moi : agressive sur la route!» rigole Croteau, 38 ans. Elle subit un total de sept opérations.

Mais la lionne en Croteau n’a jamais cessé de rugir. Celle qui a toujours accepté de souffrir par choix à l’entraînement, même si elle a beaucoup souffert le reste du temps.

«Tu te dis tout le temps : après tout ça, est-ce qu’elle aura encore ce désir de se surpasser?» demande son entraîneur, Eric Van den Eynde. «Elle l’a toujours. Maintenant que j’ai vu ça, c’est facile pour moi de prédire que oui, on aura du succès.»

Mercredi, Croteau était tout sourire et débordait de confiance. Elle n’a pourtant repris la compétition que la fin de semaine dernière, décrochant deux troisièmes places en autant de courses mixtes à Montréal.

Des billets de loterie

Depuis le début de son retour progressif à l’entraînement, elle se surprend elle-même par sa bonne forme physique. Ce qui l’amène à parler de Tokyo et de 2020.

«On a réglé tous les problèmes de santé. Je ne regarde plus en arrière, je regarde en avant. […] Les Jeux de Tokyo, c’est vraiment l’objectif. Là, c’est de mettre la main sur la fameuse médaille. C’est la seule qui me manque. J’ai toutes les autres, mais elle, ça me le prend. Et je vais l’avoir», affirme celle qui n’a jamais cru sa carrière en vélo terminée, même lorsque sa vie ne tenait qu’à un fil.

La chance de Croteau est-elle en train de tourner? Peut-être bien. «À la blague, des médecins m’ont dit que je devrais peut-être me mettre à la loto. Depuis ce temps-là, avec mon fiancé, on joue à la 6/49 et on prend les dates des grosses malchances. Écoute, j’ai pas gagné le million, mais ça va bien quand même!» conclut-elle dans un éclat de rire.

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SIMONE BOILARD PLACE LA BARRE BIEN HAUT

En 2018, Simone Boilard doit à la fois concrétiser ses succès de 2017 et préparer sa saison 2019. Et la barre est placée bien haut, dans un cas comme dans l’autre. L’athlète de Limoilou a décroché la huitième place lors des Mondiaux juniors, l’an dernier, la meilleure performance canadienne en 17 ans. Elle aimerait faire encore mieux cette année.

«L’année passée, dès que j’ai terminé la compétition en Norvège, je me suis sentie d’attaque pour l’année prochaine, super motivée. J’ai de gros objectifs, mais il faut d’abord être sélectionnée. Mon objectif est donc avant tout les Championnats canadiens», a expliqué l’athlète de 17 ans, désormais étudiante à distance, ce qui lui a permis de s’entraîner en Arizona, en Californie et en Virginie pendant l’hiver. «À pareille date, je me sens encore plus d’attaque que les autres années.»

L’an prochain, c’est le grand saut. Comme il n’y a pas de compétitions U23 chez les femmes, Boilard se retrouvera au niveau senior, où elle tentera de faire sa place avec la crème de la crème. Elle participera au Grand Prix cycliste de Gatineau, en juin prochain, afin de côtoyer l’élite mondiale pour la première fois.