«Je ne suis plus prêt à en payer le prix», a expliqué Marcel Hirscher qui s'est dit «heureux de pouvoir encore s'asseoir sur deux genoux valides» après la pression physique endurée depuis son plus jeune âge.

Marcel Hirscher raccroche les skis

SALZBOURG — Le numéro un mondial du ski alpin, l'Autrichien Marcel Hirscher, raccroche les spatules après huit sacres en Coupe du monde qui l'ont fait entrer dans la légende de son sport, et au terme d'une réflexion difficile sur la suite de sa carrière.

Marcel Hirscher, 30 ans, a mis fin à un suspense qu'il avait lui-même alimenté de longs mois, assurant avoir eu du mal à trancher sur son avenir sportif.

Lors d'une brève conférence organisée à Salzbourg, sa région d'origine, il est cette fois allé droit au but : «Je fais court, j'arrête», a-t-il déclaré à peine arrivé sur scène, assurant avoir pris sa décision il y a deux semaines, «des semaines très turbulentes», a-t-il précisé.

«C'est toute une vie qui s'arrête d'un jour à l'autre», a décrit le champion visiblement ému, mais aussi soulagé de revenir à une vie normale, loin des exigences démesurées du haut niveau.

«Je ne suis plus prêt à en payer le prix», a expliqué le roi du slalom qui s'est dit «heureux de pouvoir encore s'asseoir sur deux genoux valides» après la pression physique endurée depuis son plus jeune âge.

«Alors même que je remportais des épreuves, je songeais à arrêter», a-t-il encore confié.

Pour l'histoire

Depuis sa première saison sur le circuit, l'Autrichien a tout gagné, ne laissant que des miettes à ses adversaires. Il peut prétendre au titre de meilleur skieur de l'histoire grâce à ses huit victoires au classement général de la Coupe du monde, ce que personne n'a réalisé avant lui (le Luxembourgeois Marc Girardelli s'était arrêté à cinq, l'Autrichienne Annemarie Moser-Pröll à six).

«Un record que personne ne battra jamais», a assuré mercredi l'Américaine Lindsey Vonn, reine de la vitesse jusqu'à sa récente retraite, qui a salué «la carrière incroyable» de Hirscher.


« Alors même que je remportais des épreuves, je songeais à arrêter »
Marcel Hirscher

L'Autrichien a également remporté deux titres de champion olympique (slalom et combiné alpin) en 2018 à Pyeongchang (Corée du Sud), cinq titres de champion du monde (trois en slalom, un en combiné alpin et un en slalom géant) et six petits globes (Coupe du monde de la spécialité) de slalom et autant en slalom géant.

Avec 67 victoires de Coupe du monde, il ne lui a manqué que le graal du cirque blanc : la marque du Suédois Ingemar Stenmark, référence absolue avec 86 courses remportées.

Cette course au record n'a pas suffi à le retenir sur le circuit. Marié et père de famille depuis un an, Hirscher n'avait pas caché qu'il n'avait plus la même motivation qu'auparavant quand il s'agit de quitter ses proches pour repartir à l'entraînement ou en compétition.

Foot et moto 

«Je veux jouer au foot avec le petit, faire de la moto et je suis heureux de pouvoir le faire désormais», s'est réjoui le jeune retraité, visiblement sans idée précise pour sa nouvelle vie mais confiant dans l'avenir «pour (lui) montrer le chemin».

Sa dernière course et victoire à domicile, sur le slalom nocturne de Schladming en janvier, a rassemblé près de deux millions de téléspectateurs en Autriche, pays de 8,8 millions d'habitants où le ski est le roi des sports.

Épargné par les graves blessures durant sa carrière, Hirscher avait été victime fin août 2017 d'une fracture à une cheville, restant convalescent durant deux mois. Il avait quand même écrasé la concurrence au classement général et réalisé l'une de ses meilleures saisons.

Impressionnant de perfectionnisme et de régularité, il n'avait cessé d'élever son niveau au fil des ans, suscitant le respect et l'admiration chez ses adversaires.

Comme le Français Alexis Pinturault, dauphin d'Hirscher la saison dernière : «J'aurais aimé qu'il continue parce que j'aimais la rivalité, la confrontation et le challenge de courir avec Marcel», a-t-il déclaré à l'AFP.

Également jeune retraité des pistes et devancé par l'Autrichien au classement général en 2013 et 2014, le Norvégien Aksel Lund Svindal voyait mercredi dans son éternel rival «peut-être le meilleur skieur de tous les temps».

Comme le Norvégien, l'actuelle vedette du circuit féminin, Mikaela Schiffrin, s'est fendue d'une vidéo d'hommage à Hirscher pour sa «carrière sensationnelle» et «l'inspiration» qu'il représentait.