Après une carrière en ultra-marathon, Marcel Gagnon a fondé le club d’athlétisme Filoup de Rivière-du-Loup, où il œuvre comme entraîneur parallèlement à sa carrière de massothérapeute.

Marcel Gagnon fidèle à ses origines

Natif de Rivière-du-Loup, Marcel Gagnon a parcouru la planète pendant une quinzaine d’années afin de prendre part à des ultra-marathons. Après des détours qui l’ont mené à Québec, dans l’Outaouais et dans la région de Montréal, il est retourné s’installer dans sa ville natale où il a renoué avec ses anciennes amours : l’athlétisme.

«J’ai fondé le club Filoup en 2003, mentionne le coureur de fond. Au début, c’était un club de course à pied pour les adultes. Mais dans ma tête, je voulais aussi avoir des jeunes et offrir la facette de l’athlétisme. Mon but, ce n’était pas d’avoir des athlètes d’élite. Je désirais donner aux jeunes les outils nécessaires pour progresser de manière à ce qu’à leur arrivée au cégep ou à l’université, ils puissent se développer encore plus et aller vers les hauts niveaux, mais toujours dans un but de plaisir et d’amusement.»

Gagnon s’est initié à l’athlétisme à l’école secondaire. Il était attiré par les sauts, mais son entraîneur avait vu chez lui les qualités physiques nécessaires pour la pratique des lancers. Il a dû attendre deux ans et une poussée de croissance qui lui a permis de gagner quelques centimètres avant de finalement réaliser son rêve.

Le Louperivois se destinait à une carrière de sauteur quand une sérieuse blessure à une jambe l’a obligé à renoncer à ses ambitions. Il s’est alors tourné vers les épreuves de demi-fond.

«J’ai un jour décidé de prendre part à mon premier marathon. Comme je n’avais jamais couru des épreuves de plus de 1500 m, ce fut physiquement très difficile. Sauf que mentalement, j’ai trouvé ça le fun d’être avec moi-même, d’écouter mon corps, être attentif à ses signaux et me dépasser. Et tranquillement, j’ai réalisé que j’avais du potentiel pour les courses de longue distance.»

Interpellé par les ultra-marathons et fan de Yiannis Kouros, roi de la discipline à l’époque, Gagnon a aussi eu l’occasion de jaser avec Phil Latulippe qui a fait naître chez lui le goût de pendre part à des épreuves de longue distance. Il s’est spécialisé dans les 100 km.

«À l’époque, les gens me voyaient un peu comme un zombie. Mais j’avais un bon entraîneur, Richard Chouinard, qui avait déjà fait des ultra-marathons. Il connaissait mes objectifs et savait comment doser mes entraînements pour me permettre de progresser parallèlement à mes études universitaires.»

Pour arriver à ses objectifs, Gagnon courait en moyenne entre 150 et 160 km par semaine. Pour lui, le défi n’a jamais été physique. «Que l’on prenne part à un 10 km, un marathon ou un ultra-marathon, tout se passe entre les deux oreilles. Et sur des distances de 100 km ou plus, c’est au niveau mental qu’est la différence.»

La retraite

Gagnon a couru des ultra-marathons jusqu’en 2004. Encore aujourd’hui, il n’a qu’un seul regret. Qualifié pour le Championnat du monde de 100 km disputé en Belgique en 1994, il se demande quelle aurait été sa performance s’il ne s’était pas blessé au départ de la compétition.

«Est-ce que j’aurais fait mieux? Probablement. C’est pour cette raison que, par la suite, j’ai fait des 24 et des 48 heures. Je désirais voir où je pouvais me situer au niveau mondial.»

C’est au moment de jeter les bases du club Filoup que Gagnon a remis en question sa carrière de coureur longue distance. Préférait-il être athlète ou entraîneur? Il a opté pour aider les jeunes. Une déchirure au quadriceps l’a conforté dans sa décision. «Je n’ai jamais regretté d’être devenu coach. J’aime vraiment aider les jeunes.»

Aujourd’hui massothérapeute, Gagnon se destinait à une carrière de policier. Mais lors d’un examen médical pour entrer dans la Sûreté du Québec, on lui a diagnostiqué un souffle au cœur. Il n’a donc jamais pu travailler dans un corps policier. «Ça ne m’a jamais empêché de courir. Je savais que j’avais une arythmie cardiaque quand j’étais entre 120 et 140 pulsations minute. Quand ça n’allait pas, mon organisme me le disait. Et je répondais. J’étais en contrôle de ma situation. Les risques qu’il m’arrive quelque chose étaient réduits au minimum.»

Gagnon a aussi mis son talent au profit de bonnes causes. Alors qu’il travaillait chez Walmart, il a organisé quatre levées de fonds. Il a couru autour du magasin où il travaillait de l’ouverture à la fermeture, franchissant presque 110 km. Il a aussi couru 660 km en 15 jours, et a traversé le Québec à vélo, un périple de 3500 km.

«Je suis fier de ma carrière sportive. Si c’était à recommencer, je referais exactement les mêmes choses. Mais avec le bagage que j’ai comme entraîneur, je les referais de manière différente. Au niveau des techniques d’entraînement et de la préparation mentale, par exemple. À l’époque, c’était let’s go, on y va. Quand un pépin arrivait, on se virait sur un 10 cents et on espérait que ça marche. Aujourd’hui, j’apprends à mes athlètes que si ça ne fonctionne pas là, il y aura une prochaine fois.»

Une prochaine fois, il pourrait y en avoir une pour Gagnon. «Dans ma tête d’ancien athlète, je me dis que je pourrais me réessayer à courir un 24 heures. Juste pour faire une distance potable. Pour le moment, mon but, c’est de recommencer l’entraînement progressivement afin de reprendre le beat de me mettre en forme.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Q  Fait marquant

Le 24 heures à Montmagny en 1987. C’est là que j’ai couru avec Yiannis Kouros, Al Howie, le meilleur Canadien, et Simon Laporte, le meilleur Québécois. C’était mon premier ultra-marathon, mon premier 24. J’avais passé les 100 km en 7h33, ce qui est encore à ce jour mon meilleur temps.

Q  Ce qui vous manque le plus

R  Les athlètes. Lors des 100 km, des 24 heures et des 48 heures, c’est de pouvoir dialoguer avec les gens qui couraient et qui avaient couru. Et une des choses que j’aime dans mon rôle de coach auprès des jeunes, c’est de pouvoir dialoguer avec des entraîneurs et des athlètes d’autres clubs.

Q  Personnalités marquantes

R  Richard Chouinard et Phil Latulippe, les deux personnes qui m’ont le plus aidé dans la course longue distance. Et c’est sûr que ma conjointe n’est pas loin derrière.

Q  Performance marquante

R  Mon 100 km à New York en 1992. Malgré les embûches (j’étais malade, je me suis fait voler pendant ma course, etc.), j’ai quand même réussi à performer et à me qualifier pour le Championnat du monde. J’étais fier de moi.

Q  Défi

R  Présentement, je veux vraiment aider le club Filoup à trouver la personne la plus adéquate pour prendre ma relève pour que le club puisse, au niveau de l’entraînement, avoir les meilleurs éléments possibles.