Le Kényan Eliud Kipchoge franchit la ligne d'arrivée sur le circuit de F1 de Monza en Italie. Le champion olympique a arrêté le chronomètre à 2h00:25 lors de sa tentative de courir le marathon en moins de deux heures.

Marathon: Kipchoge rate l'histoire par 26 secondes

Soixante-trois ans jour pour jour après que Roger Bannister ait franchi la mythique barrière des quatre minutes au mille, le Kényan Eliud Kipchoge a échoué dans sa tentative de briser le mur des deux heures du marathon... par 26 secondes.
Sur le circuit de Formule 1 de Monza, le Kényan de 32 ans a entrepris sa course contre l'histoire à 5h45 (23h45, heure du Québec) pour s'arrêter deux heures et 25 secondes plus tard. Après trois ans de préparation dans le cadre du projet «Breaking2», la tentative commanditée par Nike pour passer sous le seuil mythique des deux heures est donc restée une simple tentative, mais Kipchoge n'en a pas moins ouvert une nouvelle ère en repoussant le curseur des limites humaines.
«Peut-être la prochaine fois... Mais je peux désormais dire qu'il est possible pour un humain de courir en dessous des deux heures. Nous grimpons un arbre. J'ai atteint une branche et je vais passer à la suivante. Ce n'est pas la fin de ma marche vers la marque des deux heures», a déclaré Kipchoge, maillot rouge et short noir, qui s'est affalé sur la ligne d'arrivée avant de se relever rapidement.
«Ce que j'essaie de faire c'est en fait d'effacer cette pensée dans l'esprit de chacun que l'être humain a des limites», avait expliqué début avril Kipchoge. Il a presque vu juste.
Si le champion olympique sur la distance de 42,195 km a bénéficié de conditions particulières et d'une technologie d'avant-garde qui empêchent l'homologation de la performance par la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF), il a néanmoins retranché 152 secondes au record du monde de son compatriote Dennis Kimetto établi à Berlin le 28 septembre 2014.
Le juge italien Luca Verrascina, du comité technique de l'IAAF, a qualifié la course «d'exhibition» assortie d'une «grande performance». Mais il a aussi rappelé que, si la distance avait été contrôlée et certifiée, «l'action» des lièvres qui pouvaient se reposer pour se relayer par groupe de six en flèche, le ravitaillement sans restriction depuis les bicyclettes et la voiture ouvreuse «trop proche» des athlètes constituaient autant de raisons de ne pas inscrire le chrono dans le livre officiel des records. 
Outre Kipchoge, deux autres marathoniens de très haut niveau ont pris part à la tentative : l'Éthiopien Lelisa Desisa, vice-champion du monde 2013 et double vainqueur du marathon de Boston, et l'Érythréen Zernesay Tadese, détenteur du record du monde du semi-marathon (58:23). Mais Desisa, qui a terminé en 2h14:10, n'a pas tenu le rythme imposé au-delà du cap de la première heure, tandis que Tadese a lâché juste après, signant néanmoins son record personnel en 2h06:51.
«Nous ne sommes pas des machines»
Sans surprise, la tentative reposait alors sur les jambes d'un seul homme. Mais le champion du monde du 5000 m en 2003, à seulement 18 ans, est aussi humain. Pas comme la voiture qui avançait devant lui à vitesse constante en indiquant le seuil des deux heures avec un rayon laser de couleur verte projeté au sol.
Kipchoge a franchi la mi-parcours en 59:54. Après 30 km, il était encore à la seconde près sur la base de deux heures pile. Il avait toutefois cinq secondes de retard au bout de 35 km et quelques signes de souffrance sont alors apparus sur son visage et dans sa foulée jusque-là irréprochable.
Les organisateurs ont d'abord chronométré son temps une seconde plus vite, avant de le corriger à 2h00:25. Kipchoge fracassait du même coup  sa marque personnelle de 2:03:05, établie au marathon de Londres, l'an dernier.
«J'ai essayé de garder le bon rythme. Mais nous ne sommes pas des machines et il est difficile de garder le bon rythme. Chaque fraction de seconde a un impact réel.»
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Conditions parfaites
Nike avait mis le paquet pour gagner son pari du marathon en moins de deux heures en recrutant trois coureurs de très haut niveau et, surtout, en les aidant avec des innovations technologiques.
Tout commence par la chaussure «Zoom Elite» dessinée pour pénétrer l'air. Une plaque en carbone glissée dans la semelle fait économiser de l'énergie à l'athlète et, de plus, en restitue dans la phase de propulsion. Cette chaussure aiderait les coureurs à être 4 % plus efficaces. Le maillot et le short caleçon ont été conçus également avec le souci majeur de l'écoulement de l'air. Le marathonien «bionique» est en outre équipé de deux plaques sur les mollets qui fonctionnent comme des ailerons. 
Par ailleurs, le jour et le créneau horaire du départ ont été décidés en fonction des prévisions météo (température et humidité de l'air, force du vent). Le choix du circuit de F1 de Monza n'est pas anodin non plus : température tournant aux alentours de 12°C; revêtement de bitume de grande qualité; espace protégé par une forêt mettant à l'abri de changements brusques des mouvements de l'air; boucle de 2,4 km parfaite pour gérer l'allure des marathoniens, les ravitaillements et les changements de lièvres pendant les 17 tours et demi...  Avec AP