Fort d’une solide campagne avec l’équipe de réserve du Dynamo en 2017, Lukumbi Tshindaye part jeudi pour l’Allemagne, où l’attendent des essais avec des équipes de la Bundesliga : l’Académie du Bayern Munich, l’Union de Berlin et le Hambourg SV.

Lukumbi à la conquête de l'Allemagne

Lukumbi Tshindaye vient d’ouvrir une porte : pour la première fois, des formations européennes de soccer viennent recruter un joueur de la région de Québec.

Fort d’une solide campagne avec l’équipe de réserve du Dynamo en 2017, l’athlète de 18 ans part jeudi pour l’Allemagne, où l’attendent des essais avec des équipes de la Bundesliga : l’Académie du Bayern Munich, l’Union de Berlin et le Hambourg SV.

«Stressé, mais un bon stress», a commenté Tshindaye, rencontré mercredi au Complexe Honco de Lévis. «L’an dernier, j’étais allé [en Angleterre], mais c’est ma famille qui avait cherché [les opportunités]. Mais là, c’est l’inverse : ce sont les clubs qui viennent me chercher. Ça fait du bien de voir qu’à Québec on a des gens qui peuvent jouer en Europe.»

Le directeur technique de l’Association régionale de soccer de Québec (ARSQ), Helder Duarte, confirme le côté exceptionnel de la nouvelle. «On a déjà eu des joueurs qui sont partis de leur propre chef. Mais que quelqu’un contacte l’un de nos joueurs et l’amène faire des essais dans un club allemand, toutes dépenses payées… C’est gros», dit-il.

Un développement étonnant, même pour les principaux intéressés. Le Dynamo vient à peine d’arriver dans la Première Ligue de soccer du Québec (PLSQ) et déjà il permet à l’un de ses athlètes de vivre le rêve européen, où le soccer est roi.

«Ça montre à quel point, avec du travail et du talent, si on arrive à canaliser ça, on peut faire des choses à Québec», affirme l’entraîneur-chef Edmond Foyé, avec son enthousiasme habituel. «Aujourd’hui, le rêve est permis entre le Québec et l’Europe au niveau football.»

Un gros 10 %

Selon Foyé, la percée du Québécois de l’Impact de Montréal Ballou Jean-Yves Tabla avec le FC Barcelone provoque déjà «un effet», dont Tshindaye est une preuve. Un effet qui pourrait faire boule de neige, souhaite-t-on.

«Ici, on joue avec un certain complexe en se disant : c’est juste le fun. Parce qu’on n’imagine pas que ça peut être possible d’intéresser un club européen, analyse Foyé. Le fait que Ballou l’ait fait, ça a décomplexé certains joueurs. Et vice-versa. Certains clubs se sont dits : hey, on peut peut-être faire des bonnes affaires ici.»

Le voyage de Tshindaye en Allemagne est «à durée indéterminée», illustre Foyé. L’agence allemande Sapad International Consulting paie toutes les dépenses du Québécois, un investissement éloquent sur l’intérêt qu’il suscite de l’autre côté de l’Atlantique. Selon l’entraîneur français, 90 % du travail est déjà accompli. Le 10 % qui reste dépend entièrement du jeune homme. «C’est ce qui va faire que ça se réalise ou pas», dit Foyé. Un gros 10 %, donc.

Tshindaye a provoqué sa chance. En connaissant une excellente saison 2017, d’abord, mais aussi en produisant une vidéo de ses exploits, vue de l’autre côté de l’Atlantique. Tous les matchs en PLSQ sont par ailleurs filmés, donc accessibles partout dans le monde. Bref, les images ont parlé pour lui.

En Allemagne, il habitera Berlin. Il participera d’abord à un camp d’entraînement «intense» d’environ un mois, histoire d’atteindre une forme maximale et de chasser les contrecoups de l’hiver québécois. Ensuite, les essais devant le Bayern Munich et compagnie. «Là, on va voir si ça passe ou si ça casse», lance-t-il.

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LES JOIES DES CRAMPONS!

Né dans la tourmente de la République démocratique du Congo en 1999, Lukumbi Tshindaye a grandi dans un Rwanda plus paisible, où la situation était malgré tout précaire, à la suite de la guerre civile et du génocide ayant déchiré le pays au début des années 1990. C’est là qu’il découvre le soccer, à cinq ans. À son arrivée au Québec à la fin de 2009, il vit déjà une sorte de rêve lorsqu’il est recruté par le club de soccer Québec-Centre, là où s’est aussi développé Anthony Jackson-Hamel, de l’Impact de Montréal. «En Afrique, il n’y a pas vraiment de clubs qui te prennent quand t’es jeune. C’est vraiment quand tu vieillis que tu vas signer pro, si t’as du talent. Je n’avais jamais vu ça : porter un jersey, avoir des crampons. C’était spécial.»

Selon l’entraîneur du Dynamo, Edmond Foyé, l’athlète de 5’7’’ se distingue des autres joueurs québécois par sa capacité à se démarquer. «Au Québec, les joueurs sont bons techniquement, il n’y a pas de problème. La grosse différence avec Lukumbi, c’est son activité sans le ballon, sa disponibilité, les courses qu’il fait pour être dans des intervalles. C’est vraiment ce qui fait qu’il est différent.»