Jeannot Cormier, Véronique Dallaire, et leurs trois enfants
Jeannot Cormier, Véronique Dallaire, et leurs trois enfants

L’Ironman plus fort que la COVID [PHOTOS]

Carl Tardif
Carl Tardif
Le Soleil
Ça devait être un inspirant voyage en famille. En novembre, Jeannot Cormier, Véronique Dallaire, les trois enfants et les grands-parents devaient partir pour Cozumel, où l’on joignait l’utile à l’agréable. Pandémie oblige, le projet dans sa forme originale est tombé à l’eau, mais aucun obstacle n’était plus gros que tous les sacrifices réalisés pour s’empêcher de relever ce défi aux dimensions sportives et humaines! Récit d’une belle histoire.

Inscrit à un tout premier triathlon de longue distance afin de soutenir une cause qui leur tient à cœur depuis que sa femme a été diagnostiquée de la sclérose en plaques, Jeannot Cormier a dû changer ses plans même si l’événement n’a pas été officiellement annulé. Il était cependant hors de question pour le clan de s’envoler pour le Mexique dans la situation actuelle.

Fin septembre, le père de famille s’est donc farci un «Ironman» personnalisé à Québec afin d’amasser des fonds pour la Fondation canadienne de la sclérose en plaques. Au lieu de nager, rouler et courir au soleil, sous les palmiers et dans la mer turquoise de Cozumel, il l’a fait dans les couleurs de l’automne québécois, entre Lac-Delage, Portneuf et Québec.

«Je me suis entraîné pendant plus d’un an en me voyant nager à travers les poissons tropicaux, disons que c’était plutôt tranquille à ce niveau dans le lac Delage», raconte en riant ce professeur d’éducation physique de niveau secondaire spécialisé en hockey à l’Académie Saint-Louis, une école privée de Québec.

Au lieu de nager, rouler et courir au soleil, sous les palmiers et dans la mer turquoise de Cozumel, il l’a fait dans les couleurs de l’automne québécois, entre Lac-Delage, Portneuf et Québec.

Lui est originaire de Gaspé, elle de l’Abitibi. Ils habitent à Québec depuis huit ans avec leurs trois enfants, Nora (5 ans), Charlie (2 ans et demi) et Fred (le nouveau-né d’un mois).

Il y a quatre ans, leur vie a basculé dans l’inconnu lorsque Véronique a appris qu’elle était atteinte de la sclérose en plaques, une maladie «auto-immune qui s’attaque au système nerveux central (cerveau, moelle épinière et nerfs optiques), détectée le plus souvent chez les adultes de 20 et 49 ans, bien qu’elle se manifeste aussi chez des enfants et des adultes d’âge mûr», lit-on sur le site de la fondation. Le Canada afficherait l’un des plus hauts taux de personnes atteintes de cette maladie dans le monde.

«On ne connaissait pas la sclérose en plaques, on n’était pas proche de ça du tout. Depuis que le diagnostic est dans nos vies, beaucoup de choses ont changé. J’ai passé trois ans dans mon centre de yoga [aujourd’hui fermé] pour les personnes qui en sont atteintes ou les gens souffrant d’autres maladies. On a aussi participé à plusieurs activités de financement pour la fondation et Jeannot voulait faire une campagne de collecte de fonds. Un Ironman, c’est beaucoup de temps, c’est gros. Ça fait un an et demi que je perds mon chum et le père des enfants plusieurs heures par semaine, mais il a fait tout ça avec un minimum d’impacts sur nous. Je trouve ça magnifique de le voir se dépasser», confiait Véronique.

Il y a quatre ans, Véronique a appris qu’elle était atteinte de la sclérose en plaques, une maladie «auto-immune qui s’attaque au système nerveux central.

Où est papa?

Régulièrement pendant les semaines d’entraînement, les enfants demandaient à maman où était passé «papa»? «Il est parti nager», disait-elle. «Encore», répliquaient les jeunes, spontanément.

Car pour nager pendant 3,8 km, rouler sur 180 km et courir un marathon de 42,2 km, ça demande une longue préparation. Et le faire tout seul, sans l’entraide de centaines de participants comme ça devait être le cas au Mexique, ça exige aussi une volonté de fer.

«J’avais mis trop de temps à l’entraînement pour ne pas le faire et ça ne me tentait pas de reporter ma participation à l’année prochaine parce que c’est beaucoup trop demandant. Je l’ai fait tout seul, sauf pour la portion du marathon, où mon coach [Kevin Després] m’a accompagné», expliquait celui qui a eu droit au support technique de son «patenteux» de père, qui était là du début à la fin. Il lui a d’ailleurs donné des croquettes de poulet et des frites, l’une des recettes du succès de l’épreuve, selon lui…


« On a participé à plusieurs activités de financement pour la fondation et Jeannot voulait faire une campagne de collecte de fonds. Un Ironman, c’est beaucoup de temps, c’est gros. Ça fait un an et demi que je perds mon chum et le père des enfants plusieurs heures par semaine, mais il a fait tout ça avec un minimum d’impacts sur nous. Je trouve ça magnifique de le voir se dépasser »
Véronique Dallaire, conjointe de Jeannot Cormier

Celui qui se décrit comme étant une roche dans l’eau estimait avoir bien nagé dans le lac Delage en première partie. Il a ressenti un malaise au genou droit une fois sur son vélo, sur lequel il a roulé en direction de Trois-Rivières pour revenir s’arrêter à Cap-Santé, où 42,2 km le séparaient de la Base de plein air Sainte-Foy.

«J’ai pensé abandonner pendant le marathon, j’ai marché pendant un petit bout. Je ne suis pas un grand coureur, mais dans les trois disciplines, c’était ma force. Cet été, j’avais fait 3h18 sur un marathon, là, je l’ai complété en cinq heures, ça me dit que sans ma blessure, j’aurais peut-être atteint mon objectif de 11h30. Je l’ai fait en 12h40, mais il n’y a qu’un crinqué comme moi pour s’intéresser à mon temps. La première fois que j’avais fait un marathon, en 2010 à Québec, un habitué m’avait dit que sur de longues distances, on sait quand on commence, mais on ignore quand on finit. Je suis fier de l’avoir fait pour faire connaître la maladie de Véro et c’était un beau défi de dépassement de soi», disait celui qui a fait un premier triathlon de canot-vélo-course à Gaspé à l’adolescence et qui s’est déjà tapé les 24 km du Bic, une course en sentier.

Motivé par la famille

Sur le bord de la route, Véronique et les enfants étaient là, ses parents et beaux-parents, des amis aussi.

«Il m’a dit qu’on avait été son moteur qui l’a fait continuer alors qu’il pensait arrêter. Je trouve ça impressionnant ce qu’il a fait et j’ai trouvé extraordinaire le soutien de notre communauté», admettait Véronique, touchée par l’appui de tous.

Déjà bien occupée avec deux jeunes enfants et un bébé dans les bras, elle pensait bien avoir à dorloter aussi Jeannot après son effort d’une douzaine d’heures.

«Je pensais de devoir le veiller toute la nuit, de m’occuper à la fois de mon bébé et de mon chum. Mais lorsqu’il s’est réveillé, le lendemain matin, il était frais comme une rose. En fait, je pense qu’il était plus raqué après avoir joué au hockey, la semaine suivante», rigolait-elle.

Le triathlon de longue distance qu’il s’est offert s’inscrivait dans le cadre du Vélotour SP, une activité de financement de la Fondation canadienne de sclérose en plaques à laquelle la famille avait déjà participé. Cette année, il avait lieu virtuellement pour la raison que l’on connaît. Jusqu’à présent, Jeannot Cormier a déjà amassé 5300 $ et il est encore possible d’y faire des dons ici.

Sur son vélo, Jeannot Cormier a roulé en direction de Trois-Rivières pour revenir s’arrêter à Cap-Santé, où 42,2 km le séparaient de la Base de plein air Sainte-Foy.

«Lorsqu’on a rencontré la neurologue, on était abasourdi. On n’avait aucune idée ce qu’était la sclérose en plaques. Véro se voyait en chaise roulante, mais oubliez cette image-là. Depuis 10 ans, ils ont développé de nouveaux médicaments qui permettent de ralentir sa progression. Heureusement, ce n’est pas une maladie mortelle, mais elle peut être extrêmement invalidante», expliquait-il à propos de cette maladie qui fait désormais partie de leur vie.

Après plusieurs démarches, la compagnie Ironman n’a remboursé à Jeannot Cormier que 150 $ des 700 $ du coût d’inscription. Heureusement, la famille n’avait pas encore acheté la dizaine de forfaits pour le voyage qui était prévu dans quelques semaines. Il a investi la petite somme reçue dans le tournage d’une vidéo de cette belle journée où le mercure s’élevait à 28 degrés Celsius, qui pouvait lui donner un aperçu de la fournaise où il aurait sué, à Cozumel.

Maintenant que cette réalisation est derrière lui, Jeannot Cormier n’a pas l’intention d’arrêter de bouger.

Est-ce qu’il y aurait déjà un nouveau projet dans l’air?

«Je ne peux pas le dire publiquement, ma femme va me tuer... Il y a des gens qui font des affaires de fou, j’ai aimé ça me préparer pour l’Ironman et je peux comprendre qu’il s’agisse d’un mode de vie pour plusieurs, mais dans mon cas, c’est incompatible avec le fait d’avoir trois enfants en bas âge. Mon prochain projet sera de m’occuper de la famille.»