Jelena Ostapenko argumente avec une arbitre lors de son match contre Caroline Wozniacki, mardi. La Lettone de 20 ans traîne une mauvaise réputation sur le circuit WTA.

L'irascible Jelena Ostapenko

Sensation de la quinzaine à Roland-Garros, Jelena Ostapenko a fait vibrer les amateurs de tennis de Québec, il y a moins de deux ans. La Lettonne, 20 ans jeudi, avait marqué les esprits par son talent... et son caractère.
En septembre 2015, Ostapenko a atteint sa première finale de la WTA lors de la 23e Coupe Banque Nationale, présentée au PEPS. Incapable de trouver réponse au jeu sans faille de l'Allemande Annika Beck, elle s'était toutefois inclinée en deux manches de 6-2.
Jeudi, elle affrontera une ancienne partenaire de double, la Suissesse Timea Bacsinszky, en demi-finale des Internationaux de France. L'une des deux femmes se fera un beau cadeau d'anniversaire : une première présence en finale d'un tournoi majeur. Bacsinszky aura 28 ans, jeudi.
Puissante cogneuse et agile coureuse, Ostapenko fait figure de prodige depuis sa victoire lors du tournoi junior de Wimbledon, en 2014.
Derrière son talent indéniable semble toutefois se cacher une jeune femme irritable. Sur le circuit, elle traîne une mauvaise réputation.
En janvier 2016, à Auckland, elle lance une raquette et atteint un coureur de balle, soulevant l'indignation de son adversaire du jour, Naomi Broady, sa victime en demi-finale à Québec. Auprès de l'arbitre, la Britannique plaide en vain pour la disqualification de sa rivale. Après la rencontre remportée par Broady et une poignée de main tendue, les deux femmes s'échangent quelques invectives, une scène rare au tennis.
Quelques mois plus tard, au milieu d'un match à Eastbourne, la Lettonne est dépitée pendant un arrêt de jeu. Elle lance à son entraîneur : «Je me fous complètement de ce tournoi.» (Traduction édulcorée pour oreilles sensibles)
À Québec, elle avait critiqué le travail des arbitres en finale, mais aussi pour l'ensemble de la compétition. «On l'avait trouvée agressive dans le bon sens, mais ça pouvait aller vers la perte de contrôle», s'est souvenu mercredi le directeur du tournoi québécois, Jacques Hérisset. «À ce moment-là, on avait blâmé l'âge. "Elle est jeune, elle veut y arriver." [...] Elle était dans l'étape d'apprentissage.»
Apprentissage qui s'est poursuivi en 2016. Ostapenko a connu une saison ardue l'an dernier, présentant au final une fiche de 20 victoires contre 28 défaites.
Résiliente
Ses résultats à Paris sont-ils signe d'humilité, de maturité? Une chose est sûre, Ostapenko ne se laisse plus abattre par une mauvaise séquence. À Roland-Garros cette année, elle a remporté trois matchs après avoir perdu la première manche.
En battant Caroline Wozniacki (4-6, 6-2 et 6-2) mardi, elle est devenue la première Lettonne à atteindre le carré d'as en grand chelem. Depuis Québec, elle a fait deux autres finales de la WTA, mais s'est toujours retrouvée du mauvais côté du résultat.
Aujourd'hui 47e joueuse mondiale, elle fera un joli bond au classement la semaine prochaine, peu importe sa tenue dans les prochains jours. Hérisset prend des notes. Il espère revoir Ostapenko en septembre pour la 25e présentation du tournoi qu'il a fondé.
«Elle a sûrement un bon souvenir de Québec. Habituellement, les deux finalistes sont contentes et veulent revenir», a dit l'homme de tennis.
Laissez-passer possible à Québec pour Sharapova
La situation demeure hypothétique, mais Jacques Hérisset se dit ouvert à accorder une invitation à Maria Sharapova pour la Coupe Banque Nationale, en septembre. La grande Russe a reçu pareille faveur de Tennis Canada pour la Coupe Rogers de Toronto. Or, l'organisme est propriétaire du tournoi de Québec. Hérisset admet une certaine indécision à ce propos depuis le retour au jeu de Sharapova après une suspension de 15 mois pour dopage. «Je pense que quelqu'un qui a payé sa peine a droit à une autre chance. Par contre, j'hésitais à faire passer cette personne-là en avant d'une joueuse qui se bat pour des miettes de points et de bourses», a dit le directeur de la Coupe Banque Nationale, à propos de la gagnante du tournoi en 2003.
«Je ne suis pas rendu à décider, mais sûrement que je vais en parler avec Eugène Lapierre [vice-président chez Tennis Canada] pour voir quelle serait notre position, si ça en arrive là.» Ce qui est loin d'être fait. La Russe doit d'abord souhaiter revenir à Québec. Et si elle joue à la hauteur de son talent cet été, la question du laissez-passer ne se posera même pas. Actuellement 178e joueuse mondiale, Sharapova pourrait bondir suffisamment au classement pour se tailler une place dans le tableau principal.