Un des anciens entraîneurs de Lionel Messi n'hésite pas à dire que la Pulga est le meilleur joueur de l'histoire. Reste que la vedette argentine n'a jamais gagné le Mondial...

Lionel Messi, un cadeau de la vie

ROSARIO — Lionel Messi vient d’avoir 31 ans et c’est sans doute sa dernière chance de gagner une Coupe du monde. Pour y parvenir, il lui reste quatre matchs contre des colosses du football mondial. Ça commence par la France, vice-championne d’Europe, samedi à Kazan (10h).

Voici 20 ans, Enrique Dominguez était entraîneur des joueurs nés en 1987 à l’école de football du club de Newell’s Old Boys à Rosario, en Argentine, quand il a vu arriver un gamin de 10 ans nommé Lionel Messi. «Un cadeau de la vie», savoure encore cet entraîneur aujourd’hui âgé de 67 ans.

Assis dans les tribunes du stade Marcelo Bielsa, Enrique Dominguez se souvient, avec émotion. «Ce qui était spécial avec lui, c’est le naturel. C’était un leader naturel.»

Pendant que Dominguez égrenait ses directives, Messi écoutait, tout en jonglant avec le ballon, tant il avait hâte de commencer l’entraînement. «Messi est hors catégorie, le meilleur de l’histoire.  Il n’a de rival que lui-même», assure-t-il.

Discret et humble

Si Messi n’est pas le charismatique leader qu’était Diego Maradona, vainqueur du Mondial de 1986, il est un indiscutable meneur technique. Cela n’empêche pas les Argentins d’être exigeants envers leur «Pulga» (La Puce), à qui certains reprochent par moment d’être «pecho frio».

«C’est une expression qu’ils ont en Argentine, ça veut dire quelque chose comme rester froid au moment où il faudrait être chaud», décrypte Alexandre Juillard, auteur d’une biographie de Messi intitulée Insubmersible Messi. «C’est un peu ça, son problème, dans sa personnalité, dans sa manière d’être, il n’est pas Argentin dans le stéréotype que se font les Argentins d’eux-mêmes. C’est quelqu’un de discret, qui n’aime pas trop parler et c’est la grande différence avec Maradona, qui aime accaparer l’attention.»

Marcelo Roffé, psychologue de la sélection argentine lors du Mondial de 2006, se souvient que le joueur de tennis espagnol Rafael Nadal a dit un jour à Messi : «Tu ne ressembles pas à un Argentin, car tu es humble.» Les Argentins ont en général la réputation d’être prétentieux.

«Il est très Argentin», assure son ami d’enfance Walter Barrera. «Il a la passion de l’Argentine à fleur de peau, c’est un gagnant. Il est très Argentin quand il s’énerve, quand il perd.»

Il faut dire que Messi a passé 13 ans à Rosario et 18 à Barcelone, où il a mis le cap en 2000. La famille était alors dans une situation économique difficile. Le père était au chômage et sans couverture médicale pour prendre en charge le traitement hormonal devant aider la croissance de l’apprenti footballeur, sans avenir dans les clubs argentins. 

Les Messi décident de partir vers Barcelone. Quelques mois plus tard, Messi signe au Barça. Le début de la gloire. En Catalogne, il commence un traitement qui lui permet d’atteindre 1m69.

En 1997, l’endocrinologue Diego Schwarsztein avait détecté un déficit hormonal et lui avait prescrit des injections quotidiennes. Lors d’un entretien avec une journaliste, il affirme avoir dit à Messi : «Ne t’inquiète pas, tu seras plus grand que Maradona, je ne sais pas si tu seras meilleur, mais plus grand, si.» Maradona mesure 1m65.

Attaché à sa ville natale

Malgré cet «exil», le quintuple Ballon d’or maintient un lien fort avec sa ville natale. Quand le championnat d’Espagne fait relâche pour Noël, il passe quelques jours à Rosario, en plein été austral. Lors de la trêve estivale européenne, en juin, il s’installe dans sa propriété, à l’abri des regards. Famille, amis et asado (barbecue) au programme.

En juin 2017, il s’est marié avec Antonella Roccuzzo, amour d’enfance, compagne de toujours et mère de ses enfants, Thiago et Mateo. Il s’est marié à Rosario, où ses amis d’enfance ont côtoyé pendant la soirée ses coéquipiers de Barcelone Neymar et Piqué, ceux de la sélection argentine Di Maria et Agüero, et la chanteuse Shakira, femme de Piqué. Le mariage du siècle pour la troisième ville d’Argentine.

Le long de la rive droite du Rio Parana, le fleuve qui borde Rosario, des immeubles modernes s’élèvent. Plusieurs d’entre eux lui appartiennent. Il a aussi investi dans des terres agricoles, dans les plaines fertiles de la Pampa. La Fondation Leo Messi finance des projets sociaux : construction d’un gymnase ou d’un terrain de foot, rénovation d’une école...

Voisin et ami de Messi dès les années 90, Diego Vallejos habite toujours dans sa maison de la rue Estado de Israel. Il se souvient que «La Pulga» et lui soutiraient quelques pièces au grand-père de Leo pour aller s’acheter des gâteaux pour le goûter.

«Leo était espiègle et coquin. Et au foot, le meilleur de tous. Quand les rues du quartier s’inondaient on jouait à l’aquabut, avec de l’eau jusqu’aux genoux», relate Vallejos, un ami «de toute la vie» de la vedette de Barcelone et de la sélection argentine. Comme tout le peuple de Rosario, il désire qu’il gagne un Mondial, et que ce soit son œuvre».