Jonathan Hazen a connu une Coupe suisse du tonnerre, inscrivant un tour du chapeau, dont le but en prolongation, dans la victoire de 4-3 contre Lausanne en huitième de finale. Dans le match ultime, il a servi cinq passes sur les sept buts des siens.

L’inoubliable saison de Jonathan Hazen

Inoubliable, voilà le mot qui vient à l’esprit de Jonathan Hazen pour résumer sa dernière saison dans la Ligue suisse de hockey. Rentré à Québec à la vitesse de l’éclair avec sa femme et ses deux jeunes enfants, l’attaquant a profité de la première semaine de sa quarantaine volontaire pour s’ériger un petit temple de la renommée bien personnel dans la résidence familiale de Val-Bélair.

Aussi bien joindre l’utile à l’agréable, donc, d’autant plus que l’un des souvenirs accrochés au mur est l’un des plus rares du monde du hockey en 2019-2020. À la surprise générale, le club de hockey d’Ajoie a remporté la Coupe suisse, un tournoi national regroupant des équipes de la Ligue nationale A, de la Ligue suisse et d’autres de niveau intermédiaire.

Le 2 février, le HC Ajoie, qui évolue dans un circuit situé un cran sous celui de la LNA, a réussi l’exploit en liquidant le riche HC Davos de première division par 7-3 devant plus de 9000 spectateurs, à Lausanne, parce que leur aréna régulier, Voyeboeuf, était trop petit pour répondre à la demande.

«Pour un club provenant d’un petit canton comme nous, c’est exceptionnel d’avoir réalisé cela. La masse salariale des cinq joueurs sur la glace pour Davos en début de match était plus élevée que celle de notre équipe au complet. Je pense qu’on a réussi un petit miracle», racontait Hazen, en fin de semaine, dans une entrevue réalisée par appel vidéo, quarantaine oblige.

En fait, leur victoire a un cachet historique. Il s’agissait de la première victoire d’une équipe romande à l’emporter depuis 1972, et la formation avec le plus mince budget à le faire depuis la relance du tournoi, en 2015.

«On avait un budget de 3,7 millions [de francs suisses] à comparer à d’autres variant de 8 à 12 millions. Il y a deux ans, un autre club de la Ligue nationale B l’a gagné, mais son budget était plus important parce qu’il préparait son passage en LNA. Je peux dire que nous avons écrit l’histoire.»

«Monumental»

En Suisse, Le Matin coiffait le résumé du match ultime avec le titre «Monumental», c’est tout dire. À compter de la ronde des huitièmes de finale, les Ajoulots ont battu tour à tour quatre clubs de la Ligue nationale A, soit Lausanne (4-3 en prolongation), Zurich (6-3), Bienne (4-3) et, finalement, Davos (7-3) en finale.

«C’est comme si un club de la Ligue américaine avait remporté quatre victoires de suite contre de bonnes formations de la LNH. Je n’avais jamais été aussi stressé de ma vie pour un match comme je l’ai été avant la finale. Je n’oublierai jamais ce qu’on a vécu et si j’avais un autre titre à gagner à nouveau, ce serait celui-là. Mais ça ne paraît pas bien pour la LNA de perdre deux fois en trois ans, je pense qu’ils vont vouloir se reprendre dans l’avenir…»

Hazen, un produit du Blizzard du Séminaire Saint-François et des Foreurs de Val-d’Or, est l’un des deux joueurs étrangers du HC Ajoie, avec Philip-Michaël Devos, un ancien des Tigres de Victoriaville et des Olympiques de Gatineau. Ils sont dirigés par l’entraîneur-chef Gary Sheehan, un type de Loretteville basé en Suisse depuis une vingtaine d’années.

«Ça fait cinq ans qu’on joue ensemble, lui et moi, on s’entend très bien. Même chose avec notre entraîneur, qui nous fait confiance. La saison a pris fin tout juste avant le début des demi-finales. C’est dommage, parce que ça allait très bien. On venait d’éliminer La Chaux-de-Fonds et on croyait en nos chances. Mais on ne peut pas se plaindre parce qu’on a disputé toute notre saison régulière, on a été payé au complet et on a gagné la Coupe suisse.»

Devos et Hazen ont terminé aux deux premiers rangs des marqueurs de la Ligue suisse avec 98 et 83 points. Hazen, qui a inscrit 39 buts en 38 matchs, a raté six parties en raison d'une blessures. Il a connu une Coupe suisse du tonnerre, inscrivant un tour du chapeau, dont le but en prolongation, dans la victoire de 4-3 contre Lausanne en huitième de finale. Dans le match ultime, le joueur de 29 ans a servi cinq passes sur les sept buts des siens.

En cinq saisons dans la Ligue suisse, Hazen a produit 163 buts et 350 points en 218 matchs. Il a remporté le championnat des marqueurs en 2017-2018. Il a aussi terminé au deuxième rang à trois reprises et une fois au troisième échelon. Son coéquipier Devos a été champion marqueur quatre fois lors des cinq dernières saisons.

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«ON S'EST VIRÉ DE BORD SUR UN 10 CENNES»

L’ailier droit Jonathan Hazen évolue avec le HC Ajoie, en Suisse, depuis cinq ans.

Le HC Ajoie venait d’éliminer les Loups de La Chaux-de-Fonds en quart de finale lorsque la saison de la Ligue suisse a été mise en suspens, puis annulée. Dès le lendemain, le clan Hazen fermait la maisonnette suisse et rentrait au pays.

«On s’est viré de bord sur un 10 cennes. C’était assez stressant et intense pour revenir. Les bagages, on a perdu la poussette, etc. Ici, on a aussi notre maison, alors on peut faire notre quarantaine. Mes parents et ma sœur habitent tout près, ils peuvent nous laisser des sacs d’épicerie à la porte», raconte celui qui passera encore la semaine en isolement avec les siens.

Dans le canton du Jura, où se trouve la commune de Porrentruy où évolue le HC Ajoie, la situation se passe relativement bien, selon les informations qu’il reçoit de la part de ses coéquipiers et amis toujours en Suisse.

«Ça va quand même assez bien dans le Jura. Il n’y a pas trop de cas de coronavirus. Mais en Suisse, le confinement est maintenant comme ici. Je pense qu’ils étaient un peu en retard sur nous à propos des mesures. Je suis fier de voir comment ça se passe au Québec», dit-il, selon ce qu’il voit et entend.

Le problème ayant causé la réaction plus tardive, en Europe, fut le beau temps, pense-t-il.

«Là-bas, il fait beau. Et lorsqu’il fait beau, c’est tentant d’aller sur une terrasse, alors pas mal de monde s’est retrouvé sur des terrasses», dit le père d’un garçon de 4 ans et d’une fillette de 2 ans.

Prochaine saison

À 29 ans, Hazen n’en a pas terminé avec le hockey suisse. Il y retournera lorsque les activités reprendront. Il n’a jamais regretté d’avoir mis le cap sur l’Europe après un essai de trois ans dans le hockey professionnel mineur nord-américain.

«J’avais signé un contrat de trois ans avec les Panthers de la Floride après mon stage junior à Val-d’Or, mais ça n’a pas super bien été. Je n’ai jamais été capable de me trouver un contrat one way de la Ligue américaine, on ne m’offrait que des contrats à deux volets dans la Ligue américaine et la Ligue East Coast. En fait, j’étais pas mal “étiqueté” comme un joueur de la East Coast», circuit inférieur à la LAH.

Malgré une troisième saison de 50 points en 58 matchs dans la ECHL, Patrice Lefebvre lui propose d’aller jouer en Italie. Il l’avait connu à Val-d’Or, où le meilleur compteur de l’histoire de la LHJMQ était l’entraîneur adjoint.

«Je suis parti en Italie pour un salaire de 25 000 $. J’ai dit à ma femme, qui était infirmière : laisse-nous une année de plus. Si ça ne marche pas, on reviendra à Québec et je me trouverai un emploi. Deux semaines avant la fin de la saison, Ajoie est venu me chercher. On a tout gagné en 2016, j’ai signé ensuite pour deux ans et ça continue depuis. Quand ça va bien, en Suisse, tu peux t’établir et gagner un bon salaire.»

Il se voit évoluer là-bas encore cinq ou six ans. Son seul regret est de ne pas y avoir été plus tôt dans sa carrière.

«Les calendriers ne sont pas trop chargés, on revient dormir à la maison après chaque match. Quand tu as des enfants, tu mènes une belle vie et tu t’en rends compte. Il faut en profiter le plus possible, parce que la fin peut venir plus vite qu’on pense. Si c’était à refaire, je serais parti en Europe plus jeune. Mais on rêve tous à la LNH, et même quand tu penses être proche, t’es loin de ça.»