Après avoir dirigé l'équipe de basketball féminin du Rouge et Or, Linda Marquis file le parfait bonheur en tant que coordonnatrice aux opérations des activités d’excellence de l’Université Laval, un travail qui a beaucoup d'affinité avec son travail d'entraîneure et à travers lequel elle peut œuvrer au bien-être de la personne.
Après avoir dirigé l'équipe de basketball féminin du Rouge et Or, Linda Marquis file le parfait bonheur en tant que coordonnatrice aux opérations des activités d’excellence de l’Université Laval, un travail qui a beaucoup d'affinité avec son travail d'entraîneure et à travers lequel elle peut œuvrer au bien-être de la personne.

Linda Marquis: la personne avant toute chose

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
Il y maintenant cinq ans que Linda Marquis a abandonné ses fonctions d’entraîneure-chef de l’équipe de basket féminin du Rouge et Or pour se concentrer sur son poste de coordonnatrice aux opérations des activités d’excellence de l’Université Laval. Et si au premier coup d’œil, les deux emplois sont fort différents, ils ont beaucoup de points communs pour l’ex-coach.

«J’ai toujours coaché en pensant avant tout à la personne», explique Linda qui a aussi travaillé au sein du programme Basketball Canada. «J’étais à l’écoute. Ma porte était toujours ouverte. Je travaillais avec les filles afin de les aider dans leur développement sportif, mais aussi personnel. J’ai ainsi toujours prôné l’importance des études. C’était important que les filles graduent et qu’elles évoluent à travers ça et qu’elles apprennent à s’apprécier. 

«Aujourd’hui, je continue à être là pour les étudiants-athlètes. C’est certain que je ne le fais pas dans le même contexte. Je n’ai plus la même proximité avec les étudiants-athlètes que j’en avais avec les filles de mon équipe. Les émotions que je vis ne sont pas les mêmes. Et ce n’est pas la même façon d’intervenir. Mais mon focus demeure le même. L’être humain.»

Linda est d’avis qu’il y a plein d’aspects de sa carrière d’entraîneure qui l’ont bien préparée pour occuper son emploi actuel. Elle a ainsi développé des antennes pour sentir si les gens qui vont la voir dans son bureau ont un problème plus profond que celui qu’ils veulent bien lui confier. Elle a aussi l’habitude de travailler en dehors des horaires réguliers et elle a toujours été une personne qui désirait améliorer la façon de faire. 

«Mon vécu me permet aussi de mieux comprendre la vision de l’administration, des entraîneurs et des étudiants-athlètes, moi qui suis à cheval entre les deux groupes. Et à travers tout ça, je suis sans un feu roulant d’adrénaline parce que je dois composer avec toutes sortes de délais. C’est exigeant, mais c’est un beau défi.»

Une opportunité

Linda a dirigé son dernier match de basketball en avril 2015. Quelques mois auparavant, au beau milieu de la saison, elle avait pris tout le monde par surprise en annonçant que la campagne 2014-2015 serait sa dernière, car elle avait accepté un poste administratif avec le Rouge et Or. Une décision qu’elle avait bien mûrie, mais qui soulevait néanmoins chez elle un doute bien légitime. Faisait-elle le bon choix?

«C’est la première question que je me suis posée. Puis je me suis dit: ‘‘je fonce’’. C’est ce que je retiens de la journée de l’annonce de ma retraite. Et ça m’a fait réaliser que j’avais coaché pendant 30 ans. Je ne comptais pas les années et je ne les sentais pas. Mais à ce moment-là, ce qui m’a frappée c’est 30 ans. Et j’ai fait ‘‘OK, je passe à autre chose’’».

«C’est l’opportunité qui m’était offerte qui a vraiment orienté ma décision. J’avais l’occasion de faire une belle transition vers ma vraie retraite du monde du travail. Je restais dans le même milieu et je gardais le contact avec les étudiants-athlètes. Si je n’avais pas eu l’occasion de travailler dans un tel contexte, je n’aurais probablement pas arrêté de coacher.»

Linda indique que c’est dans les mois qui ont suivi sa retraite qu’elle avait réalisé toute la place que le basket prenait dans sa vie et tout ce qu’elle lui avait donné. Elle est d’avis que comme bien d’autres entraineurs passionnés, elle n’avait peut-être pas aidé sa profession en disant toujours oui et ne comptant pas les heures supplémentaires non-rémunérées qu’elle s’était tapée. «Mais j’ai aussi réalisé combien tout ce que j’avais fait m’avait apporté. J’aurais pu quitter le coaching bien avant. Mais si j’ai continué, c’est parce que j’avais la passion. Ce qui me nourrissait le plus, c’était le contant avec les personnes. 

«J’ai d’ailleurs constaté la semaine dernière quand je suis allée frapper des balles de golf comment la pandémie m’avait fait sortir de ma zone de confort. J’ai croisé plusieurs athlètes et je me suis aperçu comment leur contact me manquait.»

Parlant de son deuil, l’ex-coach explique qu’elle l’avait fait petit à petit, au fur et à mesure qu’elle s’était approchée de son dernier match. Par la suite, le fait d’avoir pris ses distances vis-à-vis l’équipe, et ce, même si elle était une spectatrice assidue aux rencontres, lui avait permis de faire une transition toute en douceur. «Je ne voulais pas être la belle-mère déplaisante. J’avais dit à Guillaume (Giroux) ‘‘c’est ton équipe, je ne me mêlerai pas de rien’’. Ça m’a aidée à faire mon deuil, comme le fait de voir l’équipe continuer à bien aller.» 

Comblée dans ses nouvelles fonctions, l’ex-entraîneure ne cache pas qu’elle s’ennuie de certains aspects de son ancien travail. Le feeling d’être dans le gymnase, la satisfaction ressentie après un bon entraînement, voir la progression d’une étudiante-athlète et bien sûr, toute l’émotion ressentie lors d’un match. «Il faut l’avoir vécu pour réaliser combien c’est intense. Mais ce que j’aimais avant tout, c’était le processus, du premier au dernier jour.»

Interrogée si elle s’ennuyait du basket, Linda mentionne qu’il y a des jours oui et que d’autres non. Elle ajoute que d’assister aux matchs des autres formations du Rouge et Or, de découvrir d’autres sports et d’autres façons de faire, lui procurent énormément de satisfaction. «Et il n’y a plus de stress. C’est quand j’ai arrêté de coacher que j’ai constaté combien je pouvais me mettre de la pression. Mais j’ai toujours gardé la même philosophie. Je focalisais sur ce que je pouvais contrôler. C’est ce qui m’a permis de passer à travers les années. Le regard des autres, ça peut-être dangereux quand tu es évalué en fonction des victoires et des défaites. Pour moi, ce n’était pas le résultat qui comptait, mais le processus. Si j’avais juste coaché pour la bannière, je n’aurais pas fait 30 ans.

«Quand je pense à ma carrière, je ressens une grande fierté. J’ai beaucoup donné mais j’ai aussi beaucoup reçu. J’ai rencontré des personnes extraordinaires qui m’ont aidée à évoluer et à prendre de bonnes décisions. Mais je n’ai pas fait tout ce que j’ai fait toute seule. J’avais une équipe, des adjointes et des étudiantes-athlètes. Oui je ressens une grande fierté mais je la partage avec toutes ce personnes.»

Même si elle est à la retraite, Linda n’a pas remisé son chapeau d’entraîneure pour autant. Lorsqu’elle assiste à des matchs de basket, elle peut le faire en tant que simple spectatrice, mais il lui arrive aussi de redevenir l’experte qui voit tout et analyse tout. Comme on dit : «chassez le naturel et il revient au galop».

«Ça dépend des jours. Mais je travaille fort pour ne pas devenir une gérante d’estrade. J’avoue cependant avoir assisté à tous les matchs du Championnat canadien de 2019 parce que j’ai encore des amies qui sont entraîneures. Et je l’ai fait avec mon chapeau de coach. Quand tu te retrouves dans un évènement comme celui-là, ça te ramène rapidement dans ce que tu faisais.»

Linda pourrait-elle un jour revenir au coaching? Elle dit s’être posé la question quand elle a été approchée pour diriger une équipe. «Mais j’ai un emploi qui est trop exigeant. Je n’ai pas le temps nécessaire pour faire autre chose. Peut-être qu’à ma préretraite, j’irai donner un coup de main à un entraîneur. Mais je ne me vois pas prendre en main une équipe.»

Linda Marquis en 2003

QUESTIONS/RÉPONSES

Q Faits marquants de ta carrière

R C’est une question à laquelle c’est difficile de répondre. D’abord parce que mon focus n’était pas à 100 % sur le résultat. Mais aussi parce que des faits marquants, il y en a eu plein avec le Rouge et Or. Je dirais donc ma carrière de 30 ans, les athlètes que j’ai dirigées et toutes les rencontres que j’ai faites. Mon premier championnat provincial (1987) est aussi un évènement auquel je pense. Et je ne peux pas non plus passer à côté du fait que je sois allée aux Jeux olympiques en 2000, 

Q Les athlètes t’ayant le plus marquées

R Il y en a plusieurs. Mais je te dirais que Chantale Vachon-Marceau et Marie-Michelle Genois m’ont marquée avec leur conciliation études, sports et autres activités tout en performant de façon exceptionnelle partout! Je n’ai pas vu beaucoup d’étudiantes-athlètes réussir avec ce genre d’horaire. Elles répondaient bien au dicton que «si tu veux que ce soit fait, tu le demandes aux plus occupées....»

Q De quoi tu t’ennuies le plus

R Les relations avec les athlètes, les entraînements, l’adrénaline du coaching et les émotions que tu vas chercher. 

Q Ce dont tu ne t’ennuies pas

R Les levées de fonds. C’était tellement exigeant. C’est incroyable l’énergie que ça venait chercher, une énergie que j’aurais aimé mettre ailleurs comme sur le recrutement, mon perfectionnement, etc.. Et j’en ai probablement payé en étant moins efficace dans le reste. Mais il fallait le faire. Et certaines activités m’ont permis de vivre des moments riches que je ne remplacerais pas.

Q Des regrets

R Certaines décisions pendant des matchs. On n’est pas parfait. Il y en a plein de décisions que je reprendrais et de choses que je referais si j’en avais la chance. Mais en même temps, je me dis que c’est comme ça que j’ai appris. On était un peu autodidacte au début. On n’avait pas les mêmes formations que les coachs d’aujourd’hui. L’important c’est de ne pas répéter les mêmes erreurs.

Q Plus grande qualité de coach

R J’aurais tendance à dire mon approche globale, mon écoute et les relations humaines.

Q Le point que tu aurais dû améliorer

R Certaines personnes me reprochaient de ne pas être assez sévère ou exigeante. C’est l’image que je projetais. Mais j’ai toujours pensé que l’on n’est pas obligé de crier pour l’être. Mais si des gens le disaient, c’est sûrement que par moment, j’aurais pu être plus exigeante. Mais je ne voulais pas être contrôlante. Je désirais que les femmes que je dirigeais deviennent indépendantes. Pour moi, les années universitaires, c’était la phase transitionnelle vers la vraie vie. Et je me servais du coaching pour les préparer pour ça. Donc qu’elles prennent le match en main et que je n’aie rien à dire, pour moi c’était le but ultime.

Q Dans 10 ans

R J’espère être en santé et être capable de bouger et de jouer au golf souvent.

Q Rêve que tu aimerais réaliser

R S’il n’y avait eu pas la pandémie, je serais actuellement en Irlande. J’espère donc pouvoir revoyager un jour.