La LHJMQ en région: chaque spectateur compte

Loin des grands centres, certaines équipes de la Ligue junior majeur du Québec doivent rivaliser d'ingéniosité pour assurer la viabilité financière de leur entreprise. Chaque spectateur compte pour arriver à boucler le budget annuellement. Le Drakkar de Baie-Comeau et l'Océanic de Rimouski ne font pas exception à ce régime serré. Portrait économique d'une réalité régionale.
>> DRAKKAR DE BAIE-COMEAU
Sous gestion municipale
Comme bien d'autres formations de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ), le Drakkar de Baie-Comeau ne roule pas sur l'or, malgré le fait que l'équipe fasse partie de l'élite du circuit dans les dernières années.
«Avec un club junior majeur en région, c'est pratiquement impossible de générer des profits», lance Serge Proulx, directeur administratif du Drakkar. «L'objectif n'est d'ailleurs pas de faire de l'argent, c'est d'améliorer la qualité de vie des citoyens et donner une visibilité extraordinaire à la ville. Le nom de Baie-Comeau a été entendu partout au Canada et même en Europe. Une visibilité comme ça, ça vaut des millions.»
C'est entre autres pour cette raison que le Drakkar n'appartient pas à un groupe d'investisseurs, mais bien à la Ville de Baie-Comeau, qui a acheté l'équipe des anciens propriétaires en octobre 2007 au coût de 2 millions $. Après son achat, la Ville avait cédé les opérations du club à un gestionnaire privé, mais l'expérience n'avait pas fonctionné. Depuis mai 2010, le Drakkar est géré par un conseil d'administration bénévole. Deux représentants de la municipalité y siègent.
Sur le budget d'exploitation de l'équipe, qui tourne autour des 2 millions $ par année, 60 % des revenus proviennent de la billetterie et des concessions alimentaires du Centre Henry-Leonard. De plus, chaque année, la Ville de Baie-Comeau verse 300 000 $ à l'organisme sans but lucratif qui gère l'équipe.
«Sans la Ville, on ne pourrait pas fonctionner, du moins très difficilement. Un autre des avantages que ça nous apporte, c'est qu'on n'a pas à payer de loyer à l'aréna. Un club junior majeur, ça se gère comme un club professionnel, mais les moyens ne sont vraiment pas les mêmes», poursuit le dirigeant.
Le reste des revenus provient en grande partie des commanditaires de l'équipe, et ces derniers seront appelés à en faire plus. «L'horizon qu'on tente de développer, c'est de multiplier nos sources de revenus avec des annonceurs», enchaîne Serge Proulx. «On continue à pousser dans cette voie, à l'année, car c'est de ce côté qu'on pourra augmenter nos revenus. Tout comme les autres équipes, on dépend de plus en plus du corporatif.»
Le chiffre magique : 2400
Le directeur administratif du Drakkar estime à 2400 spectateurs par match la limite pour que l'équipe puisse faire ses frais. On a atteint cette marque l'an dernier avec 2463 personnes en moyenne par rencontre locale et, jusqu'à présent en 2013-2014, cette moyenne est demeurée la même. Lors des années de vaches maigres (1651 spectateurs en 2010-2011), on était très loin du seuil de rentabilité.
L'existence du Drakkar n'est donc pas liée à sa rentabilité, a rappelé M. Proulx en conclusion. «Baie-Comeau vit des coups durs économiquement depuis quelques années, et assister à un match du Drakkar, c'est un peu l'opium du peuple. Bien des villes de 22 000 habitants aimeraient avoir une équipe junior majeur, mais ce n'est plus possible aujourd'hui. On est privilégié d'avoir notre équipe.»
>> OCÉANIC DE RIMOUSKI
Rentabilité fragile
Les finances de l'Océanic sont sorties du rouge après un creux de vague qui aura duré la moitié des 18 saisons de l'équipe. Mais l'équilibre financier, avec un budget de 2 millions $, demeure fragile.
«La situation a viré de l'autre bord, mais il ne faut pas lâcher. Nous étions déficitaires depuis 2005. On a retrouvé la rentabilité la saison dernière avec un surplus de 100 000 $. Nous avons déjà eu des déficits de 100 000 $ à 200 000 $ par année. Nous sommes la quatrième assistance de la ligue cette année après Québec, Halifax, Moncton, alors qu'on n'est pas la quatrième plus grosse ville du circuit», explique Éric Boucher, président et directeur administrateur de l'Océanic.
Le seuil de rentabilité est de 3500 spectateurs. En 2012-2013, l'équipe a accueilli une moyenne de 3665 personnes par match, alors que la capacité du Colisée de Rimouski est de 4415 sièges. Après 24 matchs cette saison, la moyenne est de 3486, tout près d'une autre saison rentable. L'Océanic a connu des années fastes, avec plus de 4000 spectateurs par match, au cours de 13 de ses 18 saisons complètes.
Les revenus proviennent moitié-moitié de l'assistance et des commandites d'entreprise. L'équipe est la propriété d'une compagnie à but lucratif - mais qui a réinvesti tous ses surplus - propriété à 50 % du Groupe Tanguay et pour l'autre moitié d'actionnaires rimouskois.
L'effort pour le redressement financier est venu des nouveaux actionnaires et de l'ajout d'argent par les actionnaires historiques. La hausse de l'assistance et des revenus d'entreprise, qui ont augmenté de plus de 200 000 $, ont fait le reste. La Ville de Rimouski fournit depuis 2012 90 000 $ par année, mais la municipalité perçoit du club un loyer annuel de 94 491 $.
Sans le corporatif...
«Le hockey junior dépendra de plus en plus du corporatif, en plus de l'aide de la municipalité. Pas de corporatif, tu ne passes pas au travers, souligne Éric Boucher. Dans le sport majeur, il y a 90 % de corporatif. J'ai à Rimouski une implication extraordinaire du corporatif en plus de notre club des ambassadeurs, qui met plusieurs milliers de dollars par année, et la commandite de la Ville de 90 000 $. On a travaillé fort pour aller les chercher». L'an prochain, un nouvel éclairage à faible consommation d'énergie ajoutera au spectacle avec des effets spéciaux.
«Notre objectif est de rajeunir notre clientèle. Il est difficile d'amener les 20-40 ans [...] pour un billet de saison de 34 matchs. Il faut aussi essayer de créer une atmosphère de fête, d'avoir éventuellement une section, par exemple, pour un cinq à sept social avec des tables où les gens resteraient debout.»