À 29 ans, Audrey Robichaud est consciente qu’il est temps de passer à autre chose. La skieuse de Val-Bélair dévalera les pistes dans un contexte compétitif pour la dernière fois ce week-end, à Jasper.

L'heure des adieux pour Audrey Robichaud

Elle a encore un petit doute dans la voix. Car dire adieu à 23 ans de ski acrobatique s’avère ardu, même lorsqu’on sait que le moment est venu.

La bosseuse Audrey Robichaud s’élancera pour la dernière fois en compétition, cette fin de semaine, lors des Championnats canadiens disputés à Jasper. L’épreuve «traditionnelle» aura lieu samedi, celle en duel dimanche.

L’athlète de 29 ans n’a plus rien à prouver dans une compétition nationale, mais elle tenait à y participer. Même si elle n’a pas mis les pieds à la maison depuis deux mois; même si la saison a été épuisante, Jeux olympiques obligent.

«C’était pour me retrouver une dernière fois au départ... Je ne sais pas trop!» lance Robichaud en riant pour expliquer sa présence en Alberta. Ses parents ont d’ailleurs fait le voyage pour la voir à l’œuvre. Une dernière pour eux aussi…

Mais il reste ce petit doute. Cette petite nuance dans le propos, souvent l’apanage de ces athlètes amoureux de leur sport qui peinent à voir la fin arriver si vite.

«Si j’avais encore 20 ans, je continuerais. […] Mais je suis quand même bien dans cette décision-là. Pour moi, il est temps de passer à autre chose. C’est un gros morceau de ma vie que je vais laisser derrière. C’est sûr que c’est un peu difficile», affirme la sympathique skieuse de Val-Bélair, jointe par téléphone jeudi. «Cette vie-là va me manquer.»

Il y a la compétition, bien sûr, mais aussi le challenge du dépassement, les voyages, la proximité avec les autres skieurs, pour la plupart de grands amis avec qui elle gardera contact.

«Ça fait 23 ans que je fais ça, ou presque. J’ai eu la meilleure vie possible. Il y en a beaucoup qui n’ont pas vécu autant de choses que moi à 30 ans. Je me sens vraiment chanceuse d’avoir pu faire ça, de voyager à travers le monde et d’exceller dans un sport. Je suis vraiment choyée.»

Transmettre son savoir

À seulement 17 ans, Robichaud avait pris le monde des bosses par surprise en décrochant une huitième place à ses premiers Jeux olympiques, en 2006. Le reste de sa carrière a été parsemé de belles réussites et de moments difficiles. Parmi les premières, sa troisième place au classement de la Coupe du monde en 2011, ses 10 podiums et ses deux autres présences aux JO, à Sotchi (10e) — une expérience douce-amère, dit-elle toutefois — et à PyeongChang (9e). Parmi les deuxièmes, son rendez-vous manqué aux Jeux olympiques de Vancouver, où elle n’a pas réussi à se qualifier.

Lorsqu’on lui demande ce qu’elle retiendra de ce parcours, Robichaud reste loin des moments spécifiques. «J’aimerais que les gens se rappellent de moi comme une personne persévérante», affirme-t-elle d’abord. «La chose dont je suis le plus fière, c’est d’avoir été capable de rester moi-même», dit-elle un peu plus tard.

Elle espère désormais faire son entrée à l’Université Laval à l’automne, elle qui n’est jamais allée au cégep en raison de sa présence sur l’équipe nationale dès son tout jeune âge. Elle a fait des cours à distance pendant sa carrière, mais son parcours scolaire demeure inachevé, ce qu’elle compte bien corriger dans les prochaines années. Le milieu de l’intervention sportive l’intéresse. Elle aimerait d’ailleurs rester impliquée dans son sport, pouvoir transmettre son savoir.

Robichaud ne craint pas le creux de vague souvent légion avec la fin d’une carrière si riche en émotions, en applaudissements. «Je ne me suis jamais sentie comme si j’étais en première ligne, que tout le monde me regardait et que c’était moi la superstar. Je n’ai jamais vraiment vécu ça. J’ai toujours été super groundée. J’habite avec mes parents!» conclut-elle en riant.