Robert Lewandowski a dominé les qualifications européennes en vue du Mondial avec 16 buts, mais plusieurs préfèrent parler de ses deux petits buts en huit matchs avec la sélection polonaise lors des Euros de 2012 et de 2016.

Lewandowski a des ratés à faire oublier

VARSOVIE — Le Polonais Robert Lewandowski débute mardi (11h, heure du Québec) son premier Mondial contre le Sénégal et il devra prouver à ses détracteurs qu’il n’est pas seulement un grand buteur du samedi avec le Bayern Munich, mais qu’il peut aussi faire la différence au plus haut niveau.

Certes, il marque près de 30 buts par saison en Allemagne, et a été sacré meilleur buteur des qualifications européennes pour le Mondial avec 16 buts. Mais lors des deux Euros qu’il a disputés avec la Pologne (2012 et 2016), il n’a marqué que deux fois en huit matchs. Et son impuissance dans les phases finales de Ligue des champions lui a valu une volée de critiques cette saison.

Ces considérations le laissent pourtant bien indifférent à l’approche de son tout premier match de Coupe du monde, à 29 ans. «Être le meilleur buteur du Mondial n’est pas un objectif réaliste pour moi», disait-il à la presse allemande quelques jours avant d’arriver en Russie. «Pour avoir une chance d’être meilleur buteur, il faut jouer sept matchs. Ça dépend évidemment de la performance de l’équipe.»

La «starification» des Ronaldo, Neymar ou Griezmann n’est pas la tasse de thé de Lewandowski. Ce qui n’empêche pas son patron au Bayern Karl-Heinz Rummenigge de voir en lui «l’un des trois meilleurs avant-centres du monde».

«Je dirais qu’il est déjà dans la catégorie d’un Gerd Müller», ajoute même Rummenigge, en référence au buteur mythique du Bayern et de l’Allemagne des années 1970. Mais Müller, lui, a marqué en finale de C1 et de Coupe du monde, forgeant ainsi sa légende.

Le plus petit... mais le plus malin

Gamin, Lewandowski a débuté dans un petit stade au terrain de terre battue à Varsovie. Krzysztof Sikorski, son premier entraîneur au Varsovia, club pour enfants et adolescents de la capitale polonaise, sort une photo. «Le plus petit, au milieu, c’est Robert Lewandowski.

«Robert était menu, mince, le plus petit du groupe, mais avec le cœur le plus grand et le plus grand talent, le plus malin de tous. Ça se voyait depuis le début», assure le vieil entraîneur, qui a accompagné le joueur jusqu’à l’âge de 17 ans.

Varsovia était alors un petit club inter-scolaire, créé à la fin des années 1950, disposant d’infrastructures plus que rudimentaires, avec terre battue et sable en guise de terrains. «Au printemps et à l’automne, c’était tragique, il fallait sans arrêt le niveler. Quand il faisait chaud, on l’arrosait pour réduire la poussière, mais dès que ça séchait au soleil, ça remontait en nuage. Après chaque match, les garçons étaient tout noirs. L’hiver, ils n’avaient pas peur de la neige.»

Révélation à Dortmund

Depuis tout petit, Lewandowski disait qu’il jouerait dans la sélection nationale, qu’il serait le meilleur. Machine à marquer dès son plus jeune âge, il a intégré à 17 ans l’équipe de réserve du plus grand club de la capitale, le Legia Varsovie, mais en a été écarté pour manque d’efficacité.

«Ils l’ont remercié en disant qu’il était trop faible, trop fragile... Robert a failli alors sombrer dans la dépression, mais eux, ils doivent toujours le regretter», insiste Sikorski, en souriant.

Arrivé en Allemagne en provenance de Lech Poznan en 2010, à l’âge de 21 ans, le Polonais s’est révélé sous le maillot de Dortmund. Toute l’Europe se souvient de son quadruplé contre le Real Madrid (4-0) en demi-finale de la Ligue des Champions 2013, qui avait permis au Borussia d’atteindre la finale. 

Professionnel jusqu’au bout des crampons, il passe à Munich pour un parangon de rigueur. «Dans sa tête, il pense à bien s’alimenter, à bien dormir, à bien s’entraîner 24 heures sur 24», témoigne son ancien entraîneur Pep Guardiola. «Il n’est jamais blessé, parce qu’il se concentre sur ces choses».

Son régime alimentaire, très strict, est concocté par son coach personnel... son épouse Anna, ancienne internationale polonaise de karaté. Et dans le vestiaire, ses coéquipiers ont donné à l’attaquant le surnom de «The Body».