Yu Sato

Les Remparts choisissent le Japonais Yu Sato

Les Remparts de Québec se sont tournés vers le Pays du Soleil levant en sélectionnant l’ailier Yu Sato avec le 24e choix de la première ronde du repêchage international de la Ligue canadienne de hockey jeudi matin. L’attaquant de 17 ans natif de la préfecture de Saitama a inscrit 37 buts et ajouté 43 aides en 37 matchs avec l’équipe de Kiekko-Vantaa en Ligue Mestis, la deuxième plus forte ligue finlandaise de hockey.

Sato avait auparavant évolué avec l’équipe U-16 des Ailes du Soviet, en Russie, où il avait marqué 14 buts et obtenu 13 aides en 27 matchs. Il avait alors comme coéquipier l’attaquant Vasily Ponomaryov, sélectionné avec le neuvième choix du repêchage international par les Cataractes de Shawinigan. L’agent de Sato, Igor Larionov, est le même qui représente les intérêts de l’attaquant des Remparts Aleksei Sergeev et de Philipp Kurashev. «Ça fait un bout de temps qu’on discutait avec Igor pour lui. Les gens vont tripper dessus, il a un bon coup de patin, c’est un jeune qui a beaucoup d’énergie», a expliqué le directeur général et entraîneur des Remparts, Patrick Roy.

Son adjoint et responsable de l’équipe de recrutement, Christian Vermette, a vu jouer Sato à deux reprises. «Je suis allé le voir une fin de semaine et il est un patineur très explosif qui offre un très bon mélange d’habiletés naturelles. Il a de très bonnes mains et c’est un bon fabricant de jeux», ajoute-t-il.

Le jeune homme s’exprimerait aussi très bien en anglais, ce qui fait que la langue ne devrait pas être une barrière à son intégration avec les Diables rouges. «Je lui ai parlé la semaine passée et il est très excité à l’idée de s’amener avec les Remparts. On va lui donner la chance de bien s’adapter et d’entrer dans l’alignement dès cette année. Comme il a appris à connaître [Aleksei] Sergeev au camp d’Igor Larionov, on lui donnera aussi l’occasion de jouer avec lui ici», reprend Roy.

Vague japonaise

Le dg a avoué que le repêchage international de cette année n’avait pas été facile, plusieurs espoirs européens souhaitant demeurer dans leur pays. Roy n’exclut donc pas de continuer de s’intéresser à la filière japonaise. «Dans un cas comme ça, il faut regarder toutes les options et avoir une ouverture d’esprit pour des joueurs comme lui, qui viennent de milieux où on n’est pas habitués de puiser», a-t-il commenté.

Yu Sato fait partie d’une vague de jeunes hockeyeurs nippons qui pourraient à moyen terme faire tourner la tête de beaucoup d’autres recruteurs vers le Pays du Soleil levant. On parle déjà de la jeune sensation Aito Iguchi, 15 ans seulement et vedette des Warriors Jr. de Saitama, dont les prouesses ont été vues par plusieurs sur YouTube et qui rêve d’évoluer dans la Ligue nationale de hockey.

Ikki Kogawa, auteur de 26 buts et 31 aides avec l’équipe midget AAA des Nationals de Toronto, vient d’être sélectionné par les Steelheads de Mississauga au repêchage de la Ligue junior de l’Ontario. Toujours dans la province voisine, les attaquants nippons Yusaku Ando et Noah Cameron, natif de Nagano, font la pluie et le beau temps avec l’équipe de l’académie de hockey Pursuit of Excellence. Le défenseur de 16 ans Cale Strasky, né en Colombie-Britannique, mais qui a évolué avec l’équipe des Samurais du Japon, se distingue pour sa part avec le Burnaby Winter Club. L’ailier de 23 ans Yushiroh Hirano a pour sa part disputé son premier match dans la Ligue américaine cette année avec les Penguins de Scranton/Wilkes-Barre après avoir passé la saison avec les Nailers de Wheeling, dans la Ligue de la côte est, une étape de plus dans un parcours qui l’avait amené aussi à pratiquer son sport en Suède et dans la United States Hockey League.

***

Un précurseur fictif

Avec de réels espoirs comme Yu Sato, sélectionné par les Remparts de Québec au repêchage international, et la jeune sensation de 15 ans Aito Iguchi, le hockey nippon est maintenant à prendre au sérieux. On est loin du repêchage de la LNH de 1974, où le dg des Sabres de Buffalo George «Punch» Imlach avait sélectionné un joueur japonais fictif en onzième ronde.

Imlach avait posé ce geste en signe de dérision, car il trouvait l’encan, qui se déroulait alors par téléphone, trop lent. Il a donc décidé de se payer la tête de la Ligue nationale et de son président de l’époque, Clarence Campbell. C’est ainsi que Taro Tsujimoto est «né», Imlach ayant chargé son directeur des relations publiques Paul Wieland de créer de toutes pièces un joueur qui n’existait pas. Wieland a décidé d’utiliser le nom d’une épicerie tenue par un Américain d’origine japonaise, «Tsujimoto». Selon le blogueur Ben Tsujimoto, Wieland aurait téléphoné à son grand-père Joshua Tsujimoto, propriétaire de l’épicerie en question, pour lui demander la permission d’utiliser son nom de famille sans dévoiler ses véritables intentions. Il lui aurait aussi demandé de lui énumérer quelques prénoms populaires au Japon avant de s’arrêter sur Taro.

Imlach a ainsi sélectionné le «centre étoile» Taro Tsujimoto des «Katanas de Tokyo» de la Ligue japonaise de hockey. Une Ligue japonaise existait bel et bien à l’époque, mais aucune équipe n’était en place à Tokyo et le nom katana, une épée japonaise, a été choisi pour sa similitude avec celui des Sabres. Comme la sélection était officielle, elle a été rapportée par tous les médias et est apparue dans certains guides de la LNH. Étant donné que la LNH commençait alors à recruter sérieusement des joueurs internationaux, la plupart ont gobé la blague d’Imlach et le dg a attendu le début du camp d’entraînement des Sabres avant d’avouer son «méfait». Le choix a ensuite été modifié pour une «sélection invalide» dans les livres officiels de la LNH. Campbell n’avait décidément pas trouvé le gag très drôle. 

«We want Taro!»

Tsujimoto est cependant toujours répertorié comme un «choix fictif» dans le guide médiatique des Sabres et plusieurs partisans de l’équipe avaient pris l’habitude, dans les années ‘70, de crier «We want Taro!» lors des matchs à sens unique. En 2011, la compagnie de cartes Panini America a créé une carte de Taro Tsujimoto en utilisant la photo d’un homme asiatique jouant hockey pour une équipe portant un uniforme bleu et doré similaire à celui des Sabres. En 2014, pour souligner le 40e anniversaire de la sélection fictive, la compagnie New Era avait également lancé une casquette des Katanas de Tokyo utilisant les mêmes couleurs que les Sabres et montrant comme logo le masque d’un samouraï.

Pendant ce temps, le premier «vrai» Japonais repêché dans la LNH a été le défenseur Hiroyuki Miura, choisi en onzième ronde par les Canadiens de Montréal en 1992. Il n’avait cependant disputé que cinq matchs en Amérique du Nord, dans la Ligue de la côte est. Le gardien de but Yutaka Fukufuji est pour sa part le premier hockeyeur nippon à avoir évolué dans le circuit Bettman, lui qui a officié devant le filet des Kings de Los Angeles pour quatre matchs en 2007. Il évolue maintenant dans la Ligue de hockey asiatique. 

Quant au repêchage un peu longuet avec ses 25 rondes que Punch Imlach voulait dénoncer en 1974, il est passé à 18 rondes dès l’année suivante, à 11 rondes en 1980 et à sept rondes en 2005. Ian Bussières