Le pilote canadien Robert Wickens a pu effectuer un retour à la compétition en IndyCar, lui qui continue de réapprendre à marcher à la suite d’un grave accident en piste en août 2018 qui devait le contraindre à passer le restant de ses jours comme paraplégique.
Le pilote canadien Robert Wickens a pu effectuer un retour à la compétition en IndyCar, lui qui continue de réapprendre à marcher à la suite d’un grave accident en piste en août 2018 qui devait le contraindre à passer le restant de ses jours comme paraplégique.

Les projecteurs sont braqués sur la course virtuelle mais pour combien de temps ?

MONTRÉAL — La course automobile en ligne est le sport virtuel qui s’est retrouvé le plus sous les projecteurs depuis le début du confinement forcé par la pandémie de nouveau coronavirus, avec la présentation d’épreuves sur les grands réseaux sportifs anglophones d’Amérique du Nord.

L’expérience a permis de voir le meilleur et le pire de cet univers.

Le pilote canadien Robert Wickens a pu effectuer un retour à la compétition en IndyCar, lui qui continue de réapprendre à marcher à la suite d’un grave accident en piste en août 2018 qui devait le contraindre à passer le restant de ses jours comme paraplégique.

À l’autre bout du spectre, le pilote de la NASCAR Kyle Larson a été congédié par son équipe pour avoir utilisé une insulte raciste lors de la diffusion en ligne d’une course. Et l’intégrité de l’épreuve virtuelle de l’IndyCar à Indianapolis le week-end dernier a été remise en question quand Simon Pagenaud et Santino Ferrucci ont ruiné les chances de rivaux en provoquant ce qui semblait être des accidents volontaires.

Mais pour les membres de la communauté des courses virtuelles, cette expérience a aussi permis de rendre les pilotes professionnels plus accessibles.

Des pilotes de tous les niveaux se sont équipés de simulateurs pour passer le temps à la maison en confinement.

«Je pense qu’il y a eu un boom à l’échelle mondiale du nombre de joueurs», a noté Sylvain Bernier, qui a créé la ligue virtuelle Sly Sim Racing en 2016 et qui a franchi le cap des 500 joueurs au cours du confinement.

«Au Québec, il y a peut-être une trentaine, si ce n’est pas une cinquantaine, de pilotes professionnels qui se sont équipés de simulateurs au cours des dernières semaines», a-t-il ajouté.

Alex Labbé, qui évolue en série Xfinity de la NASCAR, et Kevin Lacroix, qui participe à la série canadienne Pinty’s de la NASCAR, sont deux des têtes d’affiche qui ont piloté des voitures virtuelles avec les membres de la communauté Sly Sim Racing au cours des dernières semaines.

Un réalisme étonnant

Le consensus chez les nouveaux joueurs est que l’expérience en simulateur se rapproche énormément de la réalité, surtout au niveau psychologique.

«Justin Arseneau, qui court en Formule 4 aux États-Unis, et son frère Élie, qui roule surtout en stock-car, ont participé à des courses avec nous et ils ont capoté, a raconté Bernier. Ils ont trouvé que les sensations, l’adrénaline et le stress en course étaient pareils.»

Lors d’un récent entretien avec La Presse canadienne, le pilote de Formule 1 Nicholas Latifi avait fait le même constat.

«Les stratégies des arrêts aux puits et les tactiques pour effectuer un dépassement ou défendre sa position sont les mêmes, avait-il noté. Vous devez aussi avoir un haut niveau de concentration pour éviter les erreurs. Tout ce qui se passe dans votre tête est très semblable.

«La différence principale, et c’est aussi le cas avec les simulateurs de plusieurs millions de dollars des équipes de F1, se situe au niveau du retour d’information. Dans une vraie voiture, vous ressentez les forces G, beaucoup d’informations proviennent des vibrations et mouvements de votre corps. Dans un simulateur, la source principale d’informations est le volant, qui va vibrer ou offrir une certaine résistance selon la situation. Certains sont aussi munis de pédales qui vibrent ou de ceintures à tension variable pour simuler les forces G.»

Survivre au déconfinement

Selon les statistiques comptabilisées par The Next Level, qui se spécialise dans les affaires du sport virtuel, les courses virtuelles de la NASCAR sont de loin les événements sportifs virtuels qui ont été le plus populaire aux États-Unis depuis le début du confinement.

Cinq des six épreuves ont attiré un auditoire de plus de 900 000 téléspectateurs et cela exclut ceux qui ont suivi la course par le biais des diffusions en ligne de certains pilotes sur des plateformes comme Twitch. Suivent les compétitions de soccer en ligne grâce au jeu FIFA avec un auditoire moyen d’environ 500 000 téléspectateurs lors de quatre reportages.

La participation des pilotes vedettes des séries a certainement moussé l’intérêt du public, croit Bernier. Il est aussi intéressant pour les joueurs qui ont l’occasion de courir contre eux en ligne de voir où ils se situeraient par rapport au reste du peloton.

Mais alors que la NASCAR devrait reprendre ses activités à compter du 17 mai et l’IndyCar à partir du 6 juin, la course automobile virtuelle pourrait vite devenir qu’un vague souvenir associé au confinement.

«Je crois qu’il va quand même rester un certain engouement, a affirmé Bernier. Le sport virtuel en est encore à ses débuts. Plus ça va aller, plus les bourses vont augmenter et plus de joueurs voudront y participer. Ça ne peut que continuer en augmentant.

«Par contre, les pilotes qui participent à des vraies courses n’auront plus les mêmes disponibilités et passeront moins de temps sur leur simulateur.»

C’est peut-être pour cette raison que les réseaux auraient eu avantage à offrir une plus grande visibilité aux joueurs professionnels. Ils auraient ainsi assuré une continuité parmi les étoiles de la série.

«Pendant le confinement, le public est en manque de sport en direct. La plupart du nouveau contenu provient du sport virtuel. C’est bien pour cette communauté, mais l’ampleur de la percée pourra seulement être connue quand les choses reviendront à la normale», avait conclu Latifi.