Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.

Les printemps de Marc Tardif

Carl Tardif
Carl Tardif
Le Soleil
Article réservé aux abonnés
À la même période, il y a un an, il sortait à peine des soins intensifs, mis en échec par un virus qui bouleverse toujours la vie quotidienne des gens. Aujourd’hui, Marc Tardif se porte bien et il s’est bien remis de cette épreuve qui n’arrive pas qu’aux autres. L’occasion était belle pour discuter avec l’ancien capitaine des Nordiques de Québec, surtout que le hasard fait en sorte qu’en plus de souligner le premier anniversaire de cette mésaventure, le printemps 2021 marque aussi le 50e de la conquête de sa première Coupe Stanley avec le Canadien et le 45e de la triste attaque de Rick Jodzio à ses dépens. Entrevue en trois périodes!

PREMIÈRE PÉRIODE

Le printemps 1971: «Je préfère dire 50 ans, on dirait qu’un demi-siècle, ça fait encore plus longtemps», rigole le grand Marc en acceptant de plonger dans ses souvenirs qui l’ont ramené jusqu’à Saint-Méthode-de-Frontenac (depuis annexée à Adstock), la ville du pain du même nom où il est né, il y a bientôt 72 ans.

Ironie du destin, c’est dans la municipalité voisine de Thetford Mines qu’il a pris son envol. À sa sortie du Collège Laval, où ses parents avaient fait des sacrifices financiers pour lui offrir la chance de fréquenter cette école au coût de 16 0 $ par mois, il s’est retrouvé dans la Ligue provinciale de hockey junior (ancêtre de la LHJMQ) en compagnie de Gilbert Perreault, mais aussi de celui qui allait devenir son bon ami, Réjean Houle. Ils allaient jouer tout leur hockey junior ensemble, dont les deux années suivantes avec les Canadiens Jr, à Montréal, dans la Ligue junior de l’Ontario.

«Je dois beaucoup à mes parents, qui n’étaient pas riches. Mon père était concierge, ma mère avait le cœur gros comme le Colisée. J’avais une sœur aînée qui est décédée à l’âge trois ans et ils sont déménagés à Granby quand j’avais aussi cet âge-là. Dans la vie, tout est une question de timing, si je n’étais pas allé au Collège Laval, je n’aurais probablement pas eu le même cheminement.»

Les Canadiens Jr sont redoutables avec lui, Houle, Perreault, mais aussi Guy Lapointe, Pierre Bouchard, Guy Charron, Richard Martin et autres joueurs du même acabit.

«On a gagné la Coupe Memorial [en 1969], on avait un beau club. On remplissait le Forum tous les matchs, il y avait quasiment plus de spectateurs qu’à ceux du Canadien.»

Son amitié avec Réjean Houle se développe. Ils logent ensemble, ils participent à l’école de hockey de Gilles Laperrière à Rouyn-Noranda. Ils feront surtout le saut dans la LNH la même saison en 1969-1970, quelques mois après avoir vu le Canadien utiliser pour la dernière fois son privilège de repêcher des joueurs québécois en les sélectionnant avec les deux premiers choix.

«Réjean a toujours été un bon ami. Il a été celui qui a fait en sorte que je suis venu jouer à Québec. La différence entre nous deux, c’est que moi je suis resté tandis que lui, il est retourné à Montréal», dit-il sur un ton amusé.

Tardif entreprend sa carrière professionnelle à Montréal, dans la Ligue américaine, le Canadien pensant alors pouvoir reproduire le succès de l’équipe junior avec celle des Voyageurs.

À sa première saison complète dans la LNH, il termine sixième compteur de l’équipe avec 49 points, derrière des noms comme Jean Béliveau, Yvan Cournoyer, Jean-Claude Tremblay, Pete Mahovlich et Jacques Lemaire.

«Il était plus difficile à l’époque pour des jeunes de faire leur place parce qu’il n’y avait que 12 équipes et les joueurs pouvaient jouer 10 ou 12 ans avec le même club. Quand tu retrouves derrière M. Béliveau, Henri, Jacques Lemaire, Ralph Backstrom, il se peut que tu te retrouves sur le quatrième trio. Comme dirait l’autre, pour jouer, tu n’avais pas trop le choix, il fallait scorer…»

Bien appuyé devant le filet par la recrue Ken Dryden, le Canadien remportera la finale à Chicago, au printemps 1971.

«Je me souviens de notre retour à l’aéroport à Montréal, de la parade sur la rue Sainte-Catherine. On n’a pas toujours été vieux, tu sais, on a été jeune, aussi, et nous avions les cartes de hockey de Jean Béliveau, Henri Richard et les autres, alors tu ne peux pas t’imaginer qu’un jour, tu gagneras la Coupe Stanley avec ces gars-là», rappelle l’ailier gauche qui complétera un trio avec Houle et Guy Lafleur, l’année suivante. Il s’en suivra une autre conquête de la Coupe Stanley, deux ans plus tard, en 1972-1973.

DEUXIÈME PÉRIODE

Le printemps 1976: En 1972-1973, l’Association mondiale de hockey (AMH) vient de naître et courtise plusieurs de la LNH. À Québec, l’arrivée de Jean-Claude Tremblay offre une crédibilité à l’AMH et aux Nordiques. Même chose à Winnipeg avec Bobby Hull.

Voyant son ami Réjean Houle filer vers Québec et Serge Bernier en faire autant en provenance de Philadelphie, Marc Tardif pense aussi à faire le saut dans le nouveau circuit.

«La principale raison, c’était le salaire. Écoute, on pouvait le tripler d’un coup. À mes débuts avec le Canadien, je devais gagner 15 ou 18 000 $ par année, on ne faisait pas des millions comme aujourd’hui. Comme les carrières sont courtes, c’était intéressant.»

Tardif signe donc un lucratif contrat avec l’AMH pour jouer à Los Angeles. Il y passera un an, l’équipe déménageant ensuite au Michigan.

Marc Tardif a soulevé la Coupe Avco au printemps 1977.

«La LNH ne pensait pas que l’AMH allait fonctionner longtemps. Après ma première saison, Montréal a essayé de me ramener, mais l’AMH n’a pas voulu me libérer de mon contrat. Quand l’équipe [Stags du Michigan] a eu des troubles financiers, Réjean a fait en sorte que les Nordiques viennent me chercher, ce qu’ils ont fait par transaction le 8 décembre 1974. La même journée, ils ont acquis Christian Bordeleau, avec qui j’ai formé un méchant bon trio en compagnie de Buddy [Cloutier].»

Il a connu des saisons fort productives dans l’AMH avec 71 buts en 1975-1976 et 154 points en 1977-1978.

«Je n’ai jamais regretté de me joindre à l’AMH. J’ai énormément de respect pour Marius Fortier, les autres propriétaires des Nordiques et Jean-Claude [Tremblay] qui ont permis que ce soit possible. Sans eux, il n’y aurait pas eu de hockey à Québec ni de fusion avec la LNH», souligne celui qui a soulevé la Coupe Avco au printemps 1977.

Un geste d’une violence inouïe l’a cependant marqué pour la vie à cette époque. Encore aujourd’hui, il devient émotif en abordant la charge au bâton et à coups de poing de Rick Jodzio, matamore des Cowboys de Calgary, à son endroit, en première ronde des séries.

«Je n’oublierai jamais la date, le 11 avril 1976. Je n’aime pas trop en parler, j’ai toujours un “moton” dans la gorge quand je le fais. J’y pense encore. Ma carrière en a été affectée, j’aurais pu être encore plus productif même si j’ai eu quelques bonnes saisons par la suite, mais je n’ai jamais été le même joueur après cela. J’étais plus craintif, je me sentais comme une personne qui doit reprendre le volant après un grave accident de la route.»

Il dénonce encore la violence dans le hockey des années 1970, immortalisée par les Flyers de Philadelphie.

«C’était l’époque des Dave Schultz et compagnie, cela a eu des répercussions partout, notamment sur les plus petits joueurs talentueux à qui l’on préférait des joueurs plus robustes. Pour jouer au hockey, ça prend du talent, pas des gros bras. Le hockey devrait interdire la bataille», affirme celui qui avait eu droit aux excuses de Jodzio, en 2007, lors d’une rencontre émotive en marge du Tournoi pee-wee.

TROISIÈME PÉRIODE

Le printemps 2020: L’ancien joueur est devenu un homme d’affaires. S’il fait toujours sa marque dans le monde de l’automobile, où il opère les concessions de Charlesbourg Toyota et Kia Beauport, sa voix s’anime à la mention de l’École de hockey de la Capitale, qui ne lui appartient plus, mais dont il fut le fondateur avec Andy Despatie et Charles Thiffault en 1979.

Après avoir fait les manchettes sportives pendant les décennies 1960, 1970 et 1980, il devient malgré lui l’un des visages de la COVID-19. Un an plus tard, il se porte bien.

Marc Tardif en 2015

«Je ne remercierai jamais assez le personnel infirmier et les médecins, leur dévouement est incroyable, ça prend un énorme don de soi pour faire ce qu’ils font», dit-il d’un ton reconnaissant.

Fin mars 2020, Tardif présente des symptômes, ne file pas, mais il ne veut pas se rendre à l’hôpital, jusqu’à ce que sa conjointe et sa fille lui fassent comprendre de l’urgence de la situation.

«Il n’y a personne qui aime se promener dans le camion jaune… On pense que ça n’arrive qu’aux autres, qu’on est à l’abri de tout. Je faisais attention, je prenais des précautions, mais j’étais vulnérable comme tout le monde. Je me suis retrouvé complètement déshydraté. On m’a rentré aux soins intensifs pendant deux jours sans qu’on m’intube et j’ai toujours été conscient», note celui qui suggère aux gens d’être prudent et de respecter les autres si l’on veut venir à bout de ce damné virus.

+

LES DATES IMPORTANTES DE LA CARRIÈRE DE MARC TARDIF

  • 1969: Coupe Memorial avec les Canadiens Jr
  • 1971: Coupe Stanley avec le Canadien
  • 1973: Coupe Stanley avec le Canadien
  • 1974: 40 buts à sa première saison dans l’AMH
  • 1976: Champion compteur de l’AMH avec 71 buts et 77 passes (148 points)
  • 1977: Conquête de la Coupe Avco avec les Nordiques

EN CARRIÈRE

  • Meilleur buteur (316) et deuxième pointeur (666) de l’histoire de l’AMH
  • Double vainqueur du Trophée Gordie-Howe (joueur le plus utile de l’AMH)
  • Participation au match des étoiles de la LNH en 1982
  • Fiche de 197 buts et 401 points en 517 matchs dans la LNH