Le receveur des Lions de la Colombie-Britannique Ryan Lankford repousse le secondeur Frederic Plesius des Alouettes de Montréal. 
Le receveur des Lions de la Colombie-Britannique Ryan Lankford repousse le secondeur Frederic Plesius des Alouettes de Montréal. 

Les plans «B» d’une saison sans football

Ian Bussières
Ian Bussières
Le Soleil
Les joueurs des la Ligue canadienne de football (LCF) avaient vu venir l’annonce de l’annulation de la saison 2020. Une fois le choc encaissé, la plupart d’entre eux ont mis en place leur plan «B» lors de cette rare saison sans football canadien. Le Soleil s’est entretenu avec deux anciens du Rouge et Or de l’Université Laval, le secondeur Frédéric Plesius, qui évoluait l’an dernier avec les Alouettes de Montréal, et le demi-offensif Simon Gingras-Gagnon des Stampeders de Calgary.

Plesius l’avoue d’emblée, c’est pour lui un «choc émotif» de ne pas jouer au football alors qu’il pratique ce sport durant l’été depuis l’âge de 11 ans. «Quand la COVID est arrivée, je savais que ça durerait au moins 18 mois. Par contre, j’ai vu cette situation comme un signe pour commencer à préparer mon après-football», indique celui qui avait étudié en sciences de la consommation, profil entrepreneuriat, à l’Université Laval.

De footballeur à entrepreneur

Le footballeur de 32 ans a donc profité de l’occasion pour lancer son entreprise, Publicité Advizion, spécialisée dans la publicité mobile. «C’est un nouveau défi pour moi et je suis très excité. Pour moi, l’annulation de la saison, c’est un mal pour un bien, car si j’avais joué au football cette année, ça aurait nui à ma compagnie. Je suis un leader dans la vie, alors ça ne me dérange pas de passer à autre chose», déclare le Montréalais qui a été le capitaine des Tiger Cats de Hamilton en 2014.

Malgré tout, celui qui portait le numéro 53 avec les Alouettes n’est pas prêt à dire qu’il n’enfilera plus jamais ses crampons et ses épaulettes. «Je suis toujours resté en shape, je sais ce que je peux amener sur un terrain de football. Ça ne veut pas dire que tout est terminé, mais j’ai d’autres projets. C’est gratifiant de travailler sur un autre aspect que le football», indique celui qui a réalisé quatre plaqués au sein des unités spéciales en six parties l’an dernier.

Son entreprise se spécialise dans la publicité mobile avec projection DEL. «C’est comme les panneaux sur les autoroutes, mais sur une remorque, alors on peut en changer l’emplacement et on peut aussi se déplacer avec. Avec tous les défis qu’il y a durant la pandémie, mon but est d’aider les compagnies à aller chercher un revenu supplémentaire. Comme les compagnies revoient presque toutes leurs budgets de marketing, j’ai profité de l’occasion pour aller voir les entreprises de porte-à-porte», reprend-il.

Retour aux études 

Quant à Gingras-Gagnon, il profitera de la pause de la LCF pour effectuer un retour à l’Université Laval, histoire de compléter son baccalauréat en génie géomatique. «On a vu l’annulation venir, ce n’était pas vraiment une nouvelle, mais quand même, l’annonce officielle, ça a donné un petit coup. Mais dans un sens, c’était un soulagement d’avoir enfin une réponse même si ce n’est pas celle qu’on espérait», avoue l’athlète de 26 ans.

«La vie continue! Pour moi, c’est une belle occasion de finir mon bac, étant donné que depuis que je joue dans la LCF, je ne pouvais jamais faire la session d’automne. Je ratais donc plusieurs cours préalables et je devais me limiter à un ou deux cours à distance par année», raconte le natif de Québec qui a porté les couleurs des Condors de l’école secondaire Saint-Jean-Eudes et des Élans de Garneau.

Le demi-offensif Simon Gingras-Gagnon des Stampeders de Calgary

«J’ai complété 95 crédits sur 120, donc il me reste une session à temps plein et une autre à temps partiel pour obtenir mon diplôme. Si la LCF avait joué une saison écourtée comme ça avait été planifié au départ, j’aurais dû choisir entre jouer cette saison et finir mon bac. Maintenant, la décision s’est prise d’elle-même.»

Même s’il a toujours considéré les études comme importantes, le cheminement académique de Gingras-Gagnon n’a jamais été vraiment linéaire. D’abord inscrit en biologie à l’Université McGill, il a porté les couleurs des Redmen en 2014 avant de revenir à Québec et de finalement porter l’uniforme rouge et or en 2016 et 2017, remportant la Coupe Vanier à sa première saison sur le campus de Sainte-Foy.

De l’espoir

«Ne pas jouer au football, c’est assez spécial pour tous les gars qui, comme moi, pratiquent ce sport depuis plusieurs années. Ça fait bizarre, surtout quand on voit que la NFL reprendra bientôt, tout comme le football scolaire et collégial. On se croise les doigts pour qu’il y ait une saison 2021 dans la LCF, car je n’ai pas fait une croix sur le football. J’espère vraiment revenir au jeu l’an prochain», explique-t-il.

Retranché par les Argonauts de Toronto après le camp d’entraînement 2019, Gingras-Gagnon avait fait sa place avec les Stampeders, disputant quinze matchs du calendrier régulier et un match des séries. «Je m’entendais très bien avec les entraîneurs et l’équipe. J’avais un contrat d’un an pour 2020, mais je n’en sais pas vraiment plus pour la suite des choses. Il faudra laisser la poussière retomber», confie celui qui garde la forme en fréquentant un centre d’entraînement et en pratiquant le yoga.

Gingras-Gagnon avoue également qu’il profitera probablement de cette pause pour assister à quelques matchs de football scolaire et collégial. «J’habite à côté de Saint-Jean-Eudes et je n’ai pas souvent eu le temps d’aller voir les Condors et les Élans par le passé. Je veux y aller cette année. Même chose pour le Rouge et Or, si le football universitaire reprend», termine-t-il.

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2017, TOUJOURS DANS L'ESPRIT DE PLESIUS

La saison 2017, après laquelle il a été retranché pas Kavis Reed, alors directeur général et entraîneur-chef par intérim des Alouettes de Montréal, est toujours dans l’esprit du secondeur Frédéric Plesius. Prière de ne pas inviter au même «party» l’ancien joueur du Rouge et Or et l’Américain qui a été congédié par les Oiseaux après un mauvais début de saison en 2019.

Suite au congédiement de Reed, la langue de Plesius s’est déliée au sujet de l’épisode où il a été retranché par l’équipe au terme de la saison 2017. Obtenu des Tiger Cats de Hamilton contre Nicholas Shortill avant le début de la saison, Plesius avait disputé sept parties à Montréal et réalisé sept plaqués au sein des unités spéciales.

«Si j’ai été retranché par les Alouettes, c’est que j’ai refusé de me mettre à genoux pour Kavis Reed. Il a vraiment essayé de gâcher ma carrière cette année-là», raconte Plesius au sujet de cette saison qui avait été particulièrement éprouvante pour lui, ayant dû composer avec une blessure et vu son père subir un accident vasculaire cérébral.

Pressions salariales

«Reed, qui était alors dg et entraîneur, ne voulait pas me verser mon salaire entier. Il m’a dit qu’il me garderait si j’acceptais de jouer pour la moitié de mon salaire, mais qu’il me retrancherait si j’insistais pour avoir mon salaire entier. Je me suis tenu debout et j’ai demandé de recevoir le salaire auquel j’avais droit», poursuit-il.

Plesius n’a pas non plus apprécié que Reed se serve de la maladie de son père dans les pressions qu’il faisait sur lui pour accepter un salaire plus bas. «Il s’est servi de ça comme outil et je trouve ça inexcusable.»

Frederic Plesius

En fin de compte, le dg des Alouettes a mis sa menace à exécution et a retranché Plesius. «Pour couronner le tout, il a essayé de faire un Colin Kaepernick de moi. Il s’est mis à dire à toutes les autres équipes de la ligue que j’étais un fauteur de trouble pour m’empêcher d’avoir un poste ailleurs. Je suis chanceux que les Blue Bombers de Winnipeg n’aient pas tenu compte de ça et m’aient engagé quand même.»

Après sa saison 2018 au Manitoba, le secondeur a passé quelques mois comme agent libre pour finalement rentrer à Montréal en août 2019, quelques jours après le congédiement de Reed...

«C’est Éric Deslauriers, alors coordonnateur du personnel football des Alouettes, qui avait organisé mon retour. Et tu sais quoi? Dieu s’est chargé de remettre les pendules à l’heure pour Kavis Reed», ajoute Plesius, en faisant référence aux circonstances particulières du congédiement du directeur général par les Alouettes.

Enquête sur Reed

Si les Alouettes n’avaient alors pas dévoilé les raisons précises du licenciement de leur dg, arguant que le faire pourrait mener l’équipe dans des ennuis légaux, le réseau TSN avait cependant publié une nouvelle indiquant que le congédiement était le résultat d’une enquête de plusieurs mois de la LCF concernant les pratiques de Reed pour tenter de contourner le plafond salarial. 

Selon TSN, Reed aurait entre autres donné de l’argent à l’entreprise d’un joueur de l’équipe, qui aurait ensuite redirigé cet argent vers d’autres joueurs de l’équipe. Ces manœuvres auraient aussi mené à des décisions douteuses sur l’effectif de l’équipe, dont le retranchement d’un autre ancien du Rouge et Or, le receveur de passes Félix Faubert-Lussier. 

Faubert-Lussier, qui n’aurait pas été impliqué dans les manoeuvres de Reed, avait été retranché même si l’équipe d’entraîneurs souhaitait le garder, puis ramené dans l’équipe une semaine plus tard après le congédiement du directeur général déchu.

Pour Frédéric Plesius, ses démêlés avec Reed auront à tout le moins semé les graines qui l’ont amené à développer son projet d’entreprise pour son après-carrière. «Après cette saison avec les Alouettes, je savais que le football était une “blonde” qui allait me laisser un jour... alors j’ai commencé à penser à la suite. Ça aura donné au moins ça de bon!» illustre-t-il.