Simon Careau possède une carte de chacun des 317 joueurs ayant porté l’uniforme des Nordiques de Québec dans l’Association mondiale et dans la Ligue nationale.
Simon Careau possède une carte de chacun des 317 joueurs ayant porté l’uniforme des Nordiques de Québec dans l’Association mondiale et dans la Ligue nationale.

Les Nordiques à la carte

Simon Careau possède une collection de cartes de hockey probablement unique au monde : non seulement cet historien de formation possède une carte de chacun des 317 joueurs ayant porté l’uniforme des Nordiques de Québec dans l’Association mondiale et dans la Ligue nationale, mais chacune de ces cartes est signée par le joueur en question.

C’est en 2008, année du 400e anniversaire de la ville de Québec, que Simon a eu l’idée de lancer cette collection un peu singulière. Il lui aura fallu huit ans pour la compléter! 

«Je m’étais donné comme objectif d’avoir les cartes de tous les joueurs pour lesquels il en existait une dans l’uniforme des Nordiques, sinon dans l’uniforme d’un de leurs clubs-écoles, par exemple l’Express de Fredericton», indique-t-il. À défaut, il utilisait une carte index qu’il faisait signer par le joueur en question.

«Pour l’AMH, parfois il n’y avait que six cartes par équipe et même dans la LNH au début des années 80, ce n’était pas tous les joueurs qui avaient leurs cartes. Il y en avait seulement une douzaine par équipe», indique-t-il.

Bref, un joueur comme Jean-François Sauvé n’a jamais eu sa carte dans l’uniforme des Nordiques même s’il a passé quatre saisons avec les Bleus! Et une vedette comme Peter Stastny n’avait qu’une seule carte chaque année. «À la fin des années 80, le marché des cartes a explosé et, par exemple, même un joueur comme Iain Fraser avait dix cartes différentes par année!» poursuit le collectionneur.

Simon Careau

Tâche compliquée

En plus de la rareté de certaines cartes, la tâche était compliquée par le fait que Simon devait parfois tenter de retrouver des joueurs méconnus ayant disputé seulement quelques matchs dans l’AMH ou la LNH. Il fallait ensuite les convaincre, parfois de l’Amérique à l’Europe, de signer les fameuses cartes.

Par exemple, Jean-Claude Garneau, qui a joué 17 parties pour les Nordiques en 1974-1975, ne voulait plus autographier rien. C’est son épouse qui l’a convaincu de faire une entorse à cette «règle» pour le bien de la collection unique de Simon Careau.

«Plusieurs ex-joueurs étaient surpris de recevoir mon appel. Par exemple, Florent Fortier, un ex-Remparts qui a joué seulement quatre matchs avec les Nordiques en 1975-1976, m’a dit que personne ne lui avait demandé d’autographe depuis les années 70!»

Certains joueurs bien connus et toujours actifs dans le monde du hockey, notamment Mike Ricci et Owen Nolan, sont faciles à retracer via leur organisation, mais ne répondent tout simplement pas aux demandes d’autographes. «Comparativement à un Guy Lafleur, qui signe toutes les cartes que tu lui envoies, ou Peter Stastny, qui va en signer une dans un lot pour éviter de stimuler la spéculation sur les autographes, Ricci et Nolan ne répondent simplement pas», explique le collectionneur, qui a donc dû se procurer des cartes des Nordiques signées par Ricci et Nolan sur le site d’enchères eBay.

Subterfuge

Pour le gardien de but russe Sergei Mylnikov, Simon a dû user d’un subterfuge... «J’avais contacté son fils via Facebook pour avoir l’adresse de Sergei, mais il ne répondait jamais! J’ai alors constaté que plusieurs de ses amis Facebook étaient de jolies filles en bikini... Je me suis donc créé un faux profil avec une photo de jolie fille en bikini et j’ai envoyé le même message à son fils... qui m’a répondu immédiatement en me donnant l’adresse de Sergei!» rigole le collectionneur.

Pour Michel Rouleau, un bagarreur des débuts des Nordiques de l’AMH, ses recherches l’ont mené jusqu’à San Francisco où l’ancien dur à cuire s’était recyclé en... coloriste dans un salon de coiffure. «Un collectionneur de San Francisco m’avait donné le tuyau, me disant qu’il se faisait maintenant appeler Michael Rouleau.»

Simon s’est toutefois abstenu de tenter de contacter l’ancien défenseur Norm Descôteaux, qui était des deux premières saisons des Nordiques dans l’AMH. «J’ai appris qu’il était plus tard devenu un sympathisant des Hells Angels. C’est lui qui, en 2000, avait utilisé une serveuse comme bouclier humain pour se protéger lors d’un attentat dans un restaurant de Montréal-Nord auquel participait le tueur à gages Gérald Gallant, plus tard devenu délateur», relate le collectionneur, qui a finalement préféré se procurer l’autographe du mauvais garçon sur eBay.

Le «précieux»

Sa collection, Simon l’a complétée en 2016 en mettant enfin la main sur le «précieux» autographe de Roger Hägglund, un défenseur suédois à la coiffure rappelant celle des membres de Bon Jovi, période «Slippery When Wet», qui évoluait avec l’Express de Fredericton en 1983-1984 et qui a été rappelé pour trois parties dans la LNH. 

«C’était le dernier qui me manquait, et il était difficile à obtenir non seulement parce qu’il était Suédois, mais parce qu’il était décédé en 1992 dans un accident de voiture!» raconte Simon, qui se souvient encore avoir raté une enchère pour ce rare élément manquant à sa collection. «Normalement, je vérifiais tous les jours les sites de revente et d’enchères. Mais une année, j’étais en croisière et la connexion internet était mauvaise alors je ne vérifiais pas durant mon voyage. À mon retour, j’ai vu que j’étais passé à côté d’une carte signée par Hägglund à un prix très raisonnable.»

C’est finalement Kenneth Bamberg, un artiste finlandais qui exposait au complexe Méduse et à qui Simon Careau avais donné un coup de main, qui a décidé de l’aider dans sa quête. «Comme sa première langue est le suédois, il a publié un message à mon sujet sur un blogue en Suède et un vieux monsieur a vu le message et m’a fait parvenir l’autographe de Hägglund!»

Au fil de ses recherches, Simon a aussi appris plusieurs choses, notamment que l’ex-attaquant Jere Gillis est devenu cascadeur, que Jean-Yves Cartier été conseiller municipal à Montréal et Daniel Poudrier à Thetford Mines. «Dave Pichette, président des Anciens Nordiques, m’a déjà dit que j’en savais plus que lui sur les anciens!» conclut le collectionneur.