Pedro Martinez était le quatrième partant de la rotation des Expos de Montréal de 1994, meilleure équipe du Baseball majeur le matin du 12 août, quand les joueurs ont déclenché la grève, ce qui a mené à l’annulation de la saison et des séries éliminatoires.

Les Nationals réalisent le rêve des Expos

WASHINGTON — Pedro Martinez a foulé le terrain avant le match no 4 de la Série mondiale et s’est imaginé au monticule.

«Je devais lancer ce match», a-t-il dit.

Martinez était le quatrième partant de la rotation des Expos de Montréal de 1994, meilleure équipe du Baseball majeur le matin du 12 août, quand les joueurs ont déclenché la grève, ce qui a mené à l’annulation de la saison et des séries éliminatoires. Les Nationals de Washington — où sont déménagés les Expos en 2005 — sont maintenant en Série mondiale avec l’occasion de réaliser l’exploit que plusieurs croyaient que les Expos réussiraient il y a 25 ans.

«Toute l’organisation des Nationals est en train de réaliser ce qu’on attendait il y a 25 ans, a ajouté Martinez. Nous étions destinés à atteindre la Série mondiale. Tout a été annulé. Nous n’avons plus jamais eu la chance d’y participer, mais nous aurions dû y être.»

Les Expos de 1994 avaient envoyé cinq joueurs au Match des étoiles, sans parler d’un futur membre du Temple de la renommée en Martinez, un frappeur de .313 en carrière en Larry Walker et le joueur par excellence de la Série mondiale de 1996, John Wetteland. Ils avaient une fiche de 74-40 au déclenchement de la grève et venaient de remporter 20 de leurs 23 dernières sorties. Ils détenaient une avance de six matchs dans l’Est de la Nationale devant les puissants Braves d’Atlanta. Ils étaient les favoris pour procurer au Canada une troisième Série mondiale consécutive après les titres des Blue Jays de Toronto.

Rouleau-compresseur

Sans avertissement, les Expos étaient devenus un rouleau-compresseur, en voie de participer aux séries pour la deuxième fois de leur histoire, après l’édition 1981. Avec une rotation si bien garnie que Martinez n’était que le quatrième partant, ce dernier est convaincu qu’ils auraient tout raflé.

«Nous étions bien partis, a indiqué celui qui est maintenant analyste au MLB Network. Nous étions jeunes, énergiques et avions de très bonnes bases en étant dirigés par Felipe [Alou]. Il avait fait un travail extraordinaire pour nous apprendre à jouer comme il se doit. Nous avions une excellente défensive, de bons jeunes bras chaque soir. Chaque aspect dont vous avez besoin, nous l’avions au sein de ce club.»

Martinez a éventuellement remporté la Série mondiale avec les Red Sox de Boston, en 2004. Les Expos n’ont jamais eu cette chance.

Martinez souligne qu’après que la grève eut privé Montréal d’une Série mondiale, la situation économique du baseball a fait en sorte que la ville ne soit plus un marché viable. Le partant no 1, Ken Hill, et le voltigeur de centre Marquis Grissom n’ont plus joué un match pour les Expos, étant tous deux échangés en avril 1995, tout comme l’inter Wilfredo Cordero. Après la saison 1996, le voltigeur Moises Alou a profité de l’autonomie et a participé à cinq autres Matchs des étoiles. Puis, le receveur Darrin Fletcher est parti et Martinez a été échangé à Boston après la saison 1997, au cours de laquelle il a gagné le Cy-Young dans la Nationale.

Les Expos n’ont compilé une fiche supérieure à ,500 que trois fois après cette grève et n’ont jamais participé aux séries. Les assistances ont périclité avant les «fameux» séjours à domicile à San Juan, Porto Rico.

«Ça a été difficile pour moi de voir cette équipe disparaître sans avoir une réelle chance de participer à la Série mondiale», a indiqué Martinez.

Anneau d’honneur

Le Baseball majeur a racheté la franchise et l’a déménagée à Washington. L’organisation a fait un clin d’œil à son ancien domicile avec son anneau d’honneur où sont inscrits les noms des grands joueurs des Expos et en portant l’uniforme bleu poudre cet été. Les numéros retirés par les Expos ne sont toutefois pas respectés par les Nationals.

Andre Dawson, qui a disputé 11 saisons à Montréal et dont le nom se trouve à l’anneau d’honneur des Nats, estime que le parcours de l’équipe cette année est bon pour Montréal.

«C’est honnêtement une prolongation des Expos», a-t-il dit au cours d’un entretien téléphonique, dimanche.

Avec la possibilité que les Rays de Tampa Bay partagent leur calendrier avec Montréal et que la plus grosse ville du Québec retrouve une formation à temps plein dans un avenir rapproché, les succès des Nationals ne peuvent que jeter un éclairage positif sur Montréal.

Quand il la regarde jouer, Martinez pense des Nats qu’elle est son ancienne équipe et il espère qu’un jour, les Expos 2.0 pourront réaliser ce que ses coéquipiers et lui croyaient bien pouvoir faire en 1994.

«Je crois qu’il y a un lien, a-t-il admis. J’espère que Montréal obtiendra une autre équipe. Après, qui sait?»