Le directeur de l'Association des joueurs de la Ligue nationale de hockey, Donald Fehr.

Les joueurs et l'expansion de la LNH: des enjeux... après le vote

Comme les deux villes candidates et les amateurs de hockey, l'Association des joueurs de la LNH (AJLNH) suit des lignes de côté - mais d'un oeil très intéressé - chaque développement survenant dans le dossier de l'expansion dans la Ligue nationale de hockey. Si la ligue venait à passer à l'action, a expliqué son directeur Donald Fehr au Soleil, des mécanismes devront être négociés afin d'assurer une transition en douceur.
Représentant les quelque 750 joueurs de la LNH, Donald Fehr ne cache pas que les questions se font nombreuses chez les membres de l'Association en ce qui a trait à une hypothétique expansion. Tant que la Ligue nationale n'aura pas fait son lit sur la question, elles demeureront toutefois sans réponses.
«Il y a un désir de savoir ce qui se passe, parce que le futur de certains est potentiellement dans la balance. Et je reçois beaucoup de questions d'ordre pratique, par rapport aux divisions, au calendrier, à l'équilibre des associations. Mais il y a surtout beaucoup d'intérêt. Parce que l'une des choses que j'ai apprises au sujet des joueurs de la LNH, c'est qu'ils ont une fierté très justifiée dans ce qu'ils font et dans leurs réalisations. Et ils veulent s'assurer que ces changements ne détourneront pas l'attention de ça», a indiqué Fehr, en marge du Match des étoiles de la LNH, à Nashville.
Sur le principe, les membres de l'Association des joueurs saluent l'idée d'une expansion, qui créera potentiellement de 25 à 50 nouveaux jobs pour des joueurs.
«Ça permettra de créer des emplois pour certains et de rallonger des carrières pour d'autres. S'il y a un problème potentiel - mais je suis confiant qu'on pourra le résoudre par la négociation -, c'est si une équipe d'expansion produit des revenus grandement en deçà de la moyenne. Dans un contexte de cap salarial, ça peut éventuellement tirer tout le monde vers le bas. C'est une question dont on devra débattre, parce que c'est évidemment une préoccupation pour les joueurs», a indiqué le directeur.
Négociations complexes
Il ne s'agit toutefois que de l'un des nombreux points qui devront être négociés entre la ligue et l'AJLNH, si l'expansion obtient l'aval du bureau des gouverneurs. Combien de joueurs seront protégés lors du repêchage d'expansion? Respectera-t-on les clauses de non-échange, de non-mouvement et les contrats déjà en place?
«C'est le noeud du problème et ce sur quoi il faudra s'entendre: le nombre de joueurs qu'une équipe sera en mesure de protéger du repêchage et à quelle catégorie de joueurs ils appartiendront. À moins que seuls les joueurs des filiales soient disponibles. C'est la première chose à régler.
«Il faudra aussi décider quand se déroulera le repêchage et ce que ça aura comme impact sur le moment où les joueurs renégocieront leurs contrats. Et comment tout ça affectera le cap salarial. Et nous avons évidemment la question des clauses de non-échange. Une équipe pourra-t-elle racheter la clause de non-échange d'un joueur? Et comment ça marcherait? Finalement, il y a le scénario d'un jeune joueur qui est confiné au quatrième trio dans son équipe et souhaiterait se rendre disponible au repêchage d'expansion afin d'améliorer son sort», détaille Fehr.
Convention collective à ouvrir
Des clauses plus traditionnelles d'une convention collective, telles que celles ayant trait aux fonds de pensions, devront aussi être rouvertes, avec l'ajout d'un ou de deux nouveaux employeurs.
«Et nous avons deux régimes de retraite, dans deux pays différents... Ce n'est pas qu'il faudra tout renégocier, mais il faudra s'assurer que ces dispositions fonctionnent, en termes de financement et de calendrier, dans le nouvel écosystème de la LNH après l'expansion. Ce n'est pas que c'est si difficile, mais c'est un processus fastidieux et il faudra le faire.»
Sans compter que les deux parties devront réexaminer le système de partage des revenus. «Si une équipe d'expansion est ajoutée, à moins que ses revenus générés soient parfaitement dans la moyenne, ça change l'allocation de tout le monde. Alors, nous devons décider comment nous répartir ça», termine Fehr, qui dit néanmoins avoir confiance d'en arriver à une solution à la satisfaction des deux parties.
Québecor à Nashville, pas Foley
Grand patron du Groupe Sports et Divertissement de Québecor, Benoît Robert a été aperçu en compagnie du vice-président de TVA, TVA Sports et QMI, Serge Fortin, à Nashville, au cours de la fin de semaine. Il n'a toutefois pas été possible de savoir si les deux hommes d'affaires y étaient présents à titre personnel, s'ils allaient y mousser la candidature de Québec devant les bonzes de la LNH ou les deux. «C'est probablement un mélange de tout ça. Il est là et c'est une bonne chose qu'il y soit», a laissé entendre Jean-Philippe Guay, chez Québecor. Selon ce qui a été possible d'apprendre, Robert et Fortin fréquentent souvent les événements «signature» de la LNH, tels que le Match des étoiles, dont TVA Sports est le diffuseur officiel. De son côté, l'homme d'affaires derrière la candidature de Las Vegas, Bill Foley, n'a pas fait le voyage à Nashville en fin de semaine, a appris Le Soleil.
Québec et le dollar canadien
Comme le public, l'Association des joueurs de la LNH n'a pas accès aux dossiers de candidatures des groupes de Québec et Las Vegas à l'expansion dans la LNH. L'organisation ne sent donc pas la capacité de juger de la qualité de la présentation de Québecor. «Comme nous n'avons pas étudié les candidatures et leur mérite financier, il m'est difficile de commenter. La balle est présentement dans la cour de la LNH. C'est à eux de faire leur travail», a estimé Donald Fehr. La situation du dollar canadien est préoccupante pour les membres de l'Association. Il a dit compter sur la LNH pour en tenir compte dans son évaluation d'une possible expansion. «Si nous présumons que le dollar canadien demeurera bas pour une longue période de temps, et que ce n'est pas seulement le résultat de l'écroulement du marché du pétrole, alors, évidemment, c'est un problème pour les joueurs et pour les équipes. Et c'est un très sérieux problème. Je présume, sans le savoir, que ça doit peser lourd dans l'évaluation de la LNH.»
Bettman jusqu'en 2022
Gary Bettman sera le commissaire de la LNH pendant encore plusieurs années, lui qui a signé une prolongation de contrat jusqu'en 2022. Il a confirmé la nouvelle, dimanche, lors d'une entrevue avec le NHL Network. Bettman est à la tête du circuit depuis 1993, quand il comptait seulement 24 équipes. La LNH compte maintenant sur 30 formations et on s'attend à ce que ce chiffre augmente dans les prochaines années. La LNH s'est retrouvée trois fois en lock-out sous Bettman. Ces conflits de travail ont mené à l'annulation de la saison 2004-2005 et à des saisons écourtées en 2012-2013 et en 1994-1995. Avec La Presse Canadienne