Le drapeau américain a été présenté à deux bancs vides, dimanche, alors que les joueurs des Seahawks de Seattle et des Titans du Tennessee ont préféré attendre dans le vestiaire lors de l'hymne national.

Les joueurs de la NFL furieux

Le président des États-Unis, Donald Trump, n'avait probablement jamais imaginé qu'il toucherait un nerf aussi sensible chez les joueurs de la NFL en demandant aux propriétaires d'équipes de «chasser ces enfants de chienne du terrain», en référence aux joueurs qui protestent pendant l'hymne national.
S'ils ont valu au président des applaudissements bien nourris lors d'un rassemblement politique à Huntsville, en Alabama, ces mots ont blessé comme un coup de couteau dans la plus populaire des ligues sportives américaines, où la majorité des joueurs sont des Noirs, qui ont été élevés par des mères monoparentales dans des quartiers impitoyables.
«Je suis le fils d'une reine», a dit avec émotion Grady Jarrett, un joueur de ligne défensive des Falcons d'Atlanta.
«Il n'y a pas [d'enfant de chienne] dans cette ligue», a lancé dimanche l'entraîneur des Lions de Detroit, Jim Caldwell, quand au moins 200 joueurs de la NFL se sont agenouillés, assis ou étirés, ou ont prié, pendant l'hymne national des États-Unis, en guise de protestation contre les propos de M. Trump. Trois équipes ont même attendu la fin de l'hymne national avant de se rendre sur le terrain.
La campagne de protestation lancée l'an dernier par Colin Kaepernick, des 49ers de San Francisco, ne comptait plus que six participants la semaine dernière. Mais l'attaque lancée par M. Trump pendant la fin de semaine a suscité des réactions de colère dans tout le monde sportif, en plus de provoquer des actes de défi de la part de la plupart des joueurs de la NFL.
Si les joueurs, les propriétaires et les commissaires ont condamné le président pour des propos aussi diviseurs, les réactions les plus ulcérées sont venues des joueurs dont il venait d'insulter la mère.
«Encore une fois, c'est une tragédie dans ce pays qu'on doive [...] avoir ces discussions, a dit la recrue des Browns de Cleveland, DeShone Kizer. Je sais pertinemment bien que je ne suis pas un enfant de chienne, et j'ai l'intention de continuer à tout faire en mon pouvoir pour promouvoir l'égalité dont nous avons besoin dans ce pays.»
Après avoir réclamé le congédiement des joueurs de la NFL qui manifestent, M. Trump a lancé dimanche sur Twitter que la ligue devrait contraindre les joueurs à se tenir debout pendant l'hymne national et que les amateurs devraient bouder ceux qui refusent de le faire.
«Je trouve ça incroyable qu'avec tout ce qui se passe dans le monde, surtout en ce qui concerne les États-Unis, que c'est ça qui te préoccupe, mon homme? Tu es le leader du monde libre et c'est de ça dont tu parles?» a dit Michael Thomas, le demi de sûreté des Dolphins de Miami. «Donc, en tant qu'homme, que père, qu'Afro-Américain, en tant que membre de la NFL et qu'un de ces "enfants de chienne", oui, j'ai pris ça personnellement.»
Propos dérangeants
Deux receveurs éloignés des Buccaneers de Tampa Bay, Mike Evans et DeSean Jackson, qui se sont agenouillés avant leur match contre les Vikings du Minnesota, ont estimé que les commentaires de M. Trump étaient particulièrement dérangeants en marge de ceux qu'il a récemment tenus et qui mettaient sur un pied d'égalité les suprémacistes blancs qui ont marché à Charlottesville, en Virginie, et les contre-manifestants.
«Pourquoi est-ce qu'il cible les athlètes?» a demandé Evans. «Je ne le vois pas parler sur Twitter de tout ce qui se passe d'autre, des néo-nazis, de la situation à Charlottesville. [...] Mais il a le temps et le culot de cibler les Warriors de Golden State, Stephen Curry, nous tous dans la NFL qui avons posé un genou au sol pour protester. Il a le temps de faire ça? Ce n'est pas correct. Et il nous a traités "d'enfants de chienne", ce qui est tout un manque de respect.»
Jackson a ajouté : «C'est un manque de respect flagrant. Je vois ma mère comme une reine. [Nous ne sommes] pas des enfants de chienne.»
Dimanche, des joueurs de Dolphins ont porté des chandails en appui à Kaepernick - qui demeure sans contrat, possiblement en raison de ses prises de position -, et même des propriétaires et des dirigeants se sont joints aux joueurs. Propriétaire et entraîneurs ont été pratiquement unanimes à condamner les propos du président.
«De mon point de vue, de cibler un groupe de joueurs et de les traiter "d'enfants de chienne", pour moi c'est insultant et dégradant, a dit l'ancien commissaire de la NFL, Paul Tagliabue. Donc je pense que les joueurs méritent d'être salués pour ce qu'ils font. Et quand on parle de [liberté] d'expression, ils ont le droit de parler. Et nous avons le droit d'écouter. Nous avons le droit d'être en accord ou en désaccord. Mais nous n'avons pas le droit de faire taire qui que ce soit.»

Trump fier de la réaction des pilotes de NASCAR

Le receveur éloigné des Buccaneers de Tampa Bay, DeSean Jackson, s'est agenouillé pendant l'hymne national, avant le match contre les Vikings du Minnesota, dimanche.
Le président des États-Unis, Donald Trump, a indiqué sur Twitter qu'il était fier des pilotes de la série NASCAR parce qu'aucun d'entre eux, pas plus qu'aucun membre des écuries, n'avait protesté pendant l'hymne national avant la course, dimanche.
«Très fier du NASCAR et de ses partisans. Ils ne veulent rien savoir de manquer de respect au pays ou au drapeau - ils l'ont dit haut et fort!» a écrit le président, lundi.
Plusieurs propriétaires d'écuries avaient indiqué qu'ils ne voulaient pas que les membres de leur équipe protestent. Richard Childress, qui a longtemps été le propriétaire de l'écurie de Dale Earnhardt, a dit qu'il paierait le trajet de retour en autobus aux contestataires. Childress a ajouté que «quiconque travaille pour moi devrait respecter le pays dans lequel nous vivons. Tellement de gens ont perdu leur vie pour lui. C'est l'Amérique».
Membre du Temple de la renommée, Richard Petty a pour sa part déclaré : «Quiconque ne se lève pas pour l'hymne national devrait être expulsé du pays. Point final. Qu'est-ce qui leur a permis d'atteindre ce statut? Les États-Unis.»
Par contre, Dale Earnhardt Jr, le plus populaire pilote de la série qui prendra sa retraite à la fin de la saison, a donné son appui aux manifestations sans violence. «Tous les Américains ont le droit de manifester de façon pacifique. Ceux qui rendent impossibles les manifestations pacifiques rendront les révolutions violentes inévitables - JFK», a-t-il écrit sur Twitter.
Le président de la série NASCAR, Brian France, a causé tout un émoi au sein de la série quand il a donné son appui à Trump l'année dernière. Bien que France n'ait cessé de clamer qu'il s'agissait d'une décision personnelle, le débat a sans cesse été ravivé par le président, qui n'a cessé de dire qu'il avait reçu l'appui du NASCAR.
Liberté d'expression
Par ailleurs, d'autres voix du monde du sport ont rappelé que la liberté d'expression était garantie par la Constitution américaine. C'est notamment le cas de Michael Jordan.
À la suite de la décision du président Trump de retirer son invitation à la Maison-Blanche aux vainqueurs de 2017, les Warriors de Golden State, l'ex-super vedette de la NBA a indiqué au Charlotte Observer que «ceux qui exercent leur liberté d'expression de façon pacifique ne devraient pas être diabolisés ou ostracisés». Jordan n'a pas nommé Trump dans sa déclaration.
LeBron James, qui avait déjà pris Donald Trump à parti sur Twitter, a enfoncé le clou lors d'une conférence de presse. «C'est le peuple qui dirige ce pays, pas un seul individu. Et sûrement pas lui!» 
AP et AFP