À PyeongChang, les participants se taperont une piste de 1376 mètres comptant 16 virages.

Vivre dans un sous-sol d’église

Avant de s’élancer tête première sur son traîneau pour descendre la piste glacée à plus de 130 km/h, Mirela Rahneva pensera à ses parents.

Particulièrement à sa maman Valentina, une ancienne sprinteuse. La femme qui a convaincu ses enfants et son conjoint de délaisser leur Bulgarie natale pour l’Amérique du Nord, et plus précisément Ottawa, en 1997.

« Elle venait de visiter sa sœur au Canada. Elle estimait que l’avenir de ses filles passait par ce pays. J’avais huit ans à l’époque. Je me souviens que tout le monde avait voté autour de la table. »

Le « Oui » avait gagné.

Deux décennies plus tard, une des filles des Rahneva participera aux Jeux olympiques à PyeongChang en défendant les couleurs de sa nation adoptive en skeleton. Papa Stoyan, un ancien gymnaste, sera un spectateur attentif à cette discipline spectaculaire.

Mais pas maman.

« Elle est décédée cet été » souligne Mirela, trémolo dans la gorge. Ce fut une saison difficile. Ce fut un défi de me concentrer cet hiver. »

Valentina Rahneva était présente à Lake Placid lorsque sa fille a gagné sa première médaille sur le circuit de la Coupe du monde en décembre 2016. Une troisième position qui a donné le ton à sa saison recrue parmi l’élite.

L’athlète âgée de 29 ans allait terminer au troisième rang du classement général de la Coupe du monde, gagnant notamment l’or à Saint-Moritz. Une entrée en scène qui lui a donné raison de délaisser un emploi d’organisatrice de mariage pour se lancer dans cette folle aventure du skeleton.

Rahneva était jadis une joueuse élite en rugby à sept, se taillant même une place au sein de l’équipe nationale. Durant son séjour dans le programme national, elle a fait la rencontre d’Heather Moyse.

Cette dernière pratiquait le rugby avant de se tourner vers le bobsleigh. On connaît la suite.

Moyse est devenue double championne olympique.

Quant à Rahneva, elle a été jugée toutefois trop petite pour le bobsleigh. On l’a toutefois encouragée à tenter sa chance au skeleton.

Ses premières compétitions internationales sont survenues en mars 2013 sur le circuit Nor-Am. Puis ce fut le passage aux épreuves de la Coupe d’Europe en 2015-2016, gagnant quatre courses.

Des débuts qu’elle n’oubliera jamais. Mirela Rahneva a vécu dans un sous-sol d’église lors des premiers mois de sa carrière. Elle avait dû déménager à Lake Placid.

« Parce que c’était la piste la plus près d’Ottawa. Puis, je n’avais pas d’argent. Pas d’emploi», relate-t-elle.

«Mais c’est le cas un peu pour le tout monde au sein de l’équipe quand ils ont commencé ce sport. Ils ont été obligés de s’éloigner de leur famille, de mettre leurs études sur la glace. Les conditions de vie sont souvent médiocres à tes débuts. Mais tu le fais parce que tu aimes ça.»

Rahneva habite maintenant à Calgary où elle s’entraîne et travaille dans un service de restauration. «Rien de glamour», précise-t-elle.

Son sport s’avère un de ceux qui captent toujours l’attention des téléspectateurs durant les Jeux. Les athlètes courent à toute vitesse en tenant leur traîneau d’une main pour ensuite s’élancer tête première. Ils se couchent sur le ventre et guident leur planche avec des mouvements des épaules, de la tête et du corps.

À PyeongChang, les participants se taperont une piste de 1376 mètres comptant 16 virages.

«Plusieurs gens disent que c’est un sport un peu fou. Mais quand je regarde les skieurs alpins en descente, je me dis que ce sont eux les fous, que mon sport semble bien normal. Oui, nous allons vite. Mais c’est très sécuritaire. Beaucoup plus que les gens peuvent y penser. Je n’ai jamais rien vécu d’horrible.»