La famille d'Alex Beaulieu-Marchand exulte après la course du skieur de Saint-Augustin-de-Desmaures.

«Vas-y mon amour»: le clan Beaulieu-Marchand célèbre son médaillé

«Vas-y mon amour.» Alex Beaulieu-Marchand est à l'autre bout du monde, en Corée. Mais depuis Beaupré, au pied du mont Sainte-Anne, sa mère lui lance un encouragement, comme s'il était tout près, alors qu'il s'élance pour sa première descente de qualifications, en slopestyle.

Vivre la performance olympique d'un athlète en compagnie de sa famille est une expérience unique. Pendant quelques minutes, impossible de ne pas appuyer l'objet de toute cette attention, de tout cet amour. Le rythme cardiaque s'accélère. La neutralité journalistique n'existe plus. Ou encore moins qu'à l'habitude.

Imaginez quand la soirée se conclut avec une médaille de bronze olympique.

Le sympathique clan Beaulieu-Marchand a eu la gentillesse d'accueillir Le Soleil, samedi soir. Nous étions donc aux premières loges pour vivre le stress de la dernière des trois rondes de la finale, au cours de laquelle chaque descente était scrutée à la loupe et commentée par les proches du skieur.

Ils étaient une trentaine à Beaupré, samedi soir, plusieurs vêtus aux couleurs de l'équipe canadienne. À l'extérieur, la porte d'entrée présente un décalque à l'image de l'enfant prodige. À l'intérieur, affiches et banderoles scandent «Go ABM». Sur la table, des serviettes de table aux couleurs du drapeau canadien.

La famille avait déjà crié sa joie et ouvert le champagne au terme des qualifications. Mais elle n'était pas au bout de son stress. Et encore moins de sa joie.

Alex Beaulieu-Marchand pouvait compter sur des fans enthousiastes, à Beaupré, dont sa marraine Carole, sa soeur Sophie et sa mère Andrée Marchand.

Avec chaque skieur qui rate son coup, dans cette dernière ronde, une petite explosion de joie. Chaque fois, Beaulieu-Marchand conserve sa deuxième place acquise lors de sa deuxième descente grâce à un pointage de 92,40. Puis, l'Américain Nick Goepper le devance avec un 93,60. Un doute s'installe dans la foule.

Après une descente moyenne qui l'empêche d'améliorer son sort, le Québécois — et sa famille — doit attendre la performance de deux autres athlètes. Andri Ragettli rate d'abord son coup. Puis c'est au tour du Suédois Oscar Wester… qui chute dès la deuxième rampe. Dans le joli chalet de Beaupré, c'est l'ultime explosion. Fiston est désormais — et pour toujours — médaillé olympique. On s'embrasse, on rit, on pleure.

«La 16e médaille du Canada vient de mon fils!!» crie Andrée Marchand, la maman de la vedette du jour.

Chez maman, le stress vécu pendant le visionnement en direct d'une compétition est double : d'abord, celui qui vient avec la nature dangereuse du sport préféré de fiston. «À la natation, ils peuvent arriver dernier, mais les chances qu'ils se blessent ne sont pas si fortes. Quand on regarde [le slopestyle] en direct, on espère toujours qu'ils retombent sur leurs pieds», explique Mme Marchand.

Mais en plus de la santé, il y a le bonheur. «Comme parents, on espère toujours que nos enfants vont être heureux. Je veux qu'Alex revienne et qu'il soit content», disait-elle, avant de connaître le résultat de l'épreuve. Il le sera.

«Je suis tellement content. J'ai hâte de mettre la médaille dans votre cou!» a dit Alex Beaulieu-Marchand, vers 1h15, lors d'un appel téléphonique avec le groupe.

Une chose est sûre, Alex Beaulieu-Marchand n'avait aucune chance d'échapper au ski alpin. Son grand-père paternel, Roland Beaulieu, est venu près de se qualifier pour les JO de 1956. Son autre grand-papa, Jean Marchand, est aussi un adepte depuis son jeune temps. La passion s'est transmise de génération en génération. Et les deux hommes étaient parmi les plus attentifs spectateurs, samedi.

«Je suis certain que je suis plus nerveux qu'Alex», avait dit M. Beaulieu, une vingtaine de minutes avant le début de la compétition. «C'est gros. Je suis très émotif. […] Alex réalise un des mes rêves.»

«C'est sûr qu'on est fébriles», avait affirmé M. Marchand, quelques minutes plus tôt. «Quand un jeune s'investit autant que ça pendant des années et qu'on sait que tout va se passer en deux minutes...»

Les derniers mois n'ont pas été faciles pour Beaulieu-Marchand. Après avoir subi une blessure au genou à l'automne, il a été victime d'une commotion cérébrale en décembre. À quelques semaines des Jeux. L'incertitude sur sa présence était telle que ses parents et sa sœur, Sophie, ont annulé leurs billets d'avion pour la Corée. «Puis ça s'est mis à bien aller. Alors lui est là-bas et nous on est ici!» sourit Andrée Marchand.

Puis, lors de sa première descente d'entraînement en Corée, mardi, il se blesse au dos. «Un genre d'entorse lombaire, explique sa mère. Il m'a écrit : “j'ai de la misère à respirer et à bouger”.» Il prend du mieux rapidement, au grand bonheur de maman et de papa, Louis Beaulieu.

En 2015, Alex avait déjà subi la blessure redoutée de tous les sportifs, la déchirure du ligament croisé antérieur. Comme quoi il est revenu de très loin, dans la nuit de samedi à dimanche.

Malgré son succès, il n'est pas au bout de ses peines, côté santé. Quelque part après les JO, il devra être opéré pour une souris articulaire, un morceau de cartilage qui se promène dans son genou et lui cause parfois de vives douleurs, a révélé sa mère.

Le Norvégien Oystein Braaten a été le meilleur skieur de la journée, avec un pointage de 95,00. Les Canadiens Teal Harle et Evan McEachran ont terminé cinquième et sixième.