Adolf Hitler voulait que les Jeux de Berlin en 1936 soient le symbole de la puissance de l’Allemagne et de la «race aryenne». Mais l’athlète noir américain Jesse Owens a fait un pied de nez magistral au Führer en remportant trois médailles d’or, aux 100 et 200 mètres et au saut en longueur.

Quand JO et politique se croisent...

PARIS — Avant même de commencer, les Jeux olympiques de PyeongChang ont été l’occasion pour la Corée du Sud et son voisin du nord d’amorcer une détente. Compétition universelle, les JO de l’ère moderne ont souvent été au centre d’enjeux diplomatiques ou rattrapés par la politique.

Berlin, 1936 : les Jeux de la propagande nazie

Les Jeux d’été de Berlin restent un symbole fort d’instrumentalisation du sport par un régime. La capitale allemande avait été choisie par le Comité international olympique (CIO) en 1931, deux ans avant l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler. Des voix s’élèvent pour demander le retrait des Jeux à Berlin, alors que les premières mesures antisémites sont prises en Allemagne. Mais les États-Unis renoncent à boycotter l’événement et la plupart des pays européens y participent. Hitler veut que les Jeux symbolisent la puissance de l’Allemagne et de la «race aryenne». Lors de la cérémonie officielle, 100 000 bras se dressent pour le salut nazi. Mais un champion américain à la peau noire, Jesse Owens, fait voler ses plans en éclat, en remportant quatre médailles d’or, dont les 100 et 200 m, mais aussi la longueur en battant l’Allemand Lutz Long.

Après une pause forcée de douze ans à cause de la Seconde Guerre mondiale, les Jeux sont de nouveau organisés à Londres en 1948, mais l’Allemagne n’est pas invitée par le CIO, pas plus que l’Union soviétique, absente depuis la révolution communiste de 1917 et qui intègre les JO en 1952 à Helsinki.

Munich, 1972 : Septembre noir

Trente-six ans après Berlin et 27 ans après la défaite du régime nazi, l’Allemagne accueille à nouveau les Jeux d’été, où va se nouer le pire drame de leur histoire, sur fond de conflit israélo-palestinien.

Le 5 septembre, huit membres de l’organisation palestinienne Septembre noir font irruption dans le village olympique, tuent deux athlètes israéliens et en prennent neuf en otage. L’intervention des services de sécurité allemands, sur une base militaire où doivent s’envoler le commando et ses otages, s’achève par la mort des neuf athlètes, d’un policier ouest-allemand et de cinq ravisseurs.

Les Jeux s’interrompent dès la prise d’otage, mais ils reprennent le lendemain.

1976, 1980 et 1984 : l’ère des boycottages

Les Jeux d’été de Montréal sont boycottés par 22 pays africains, qui veulent protester contre la présence de la Nouvelle-Zélande aux JO, alors qu’une équipe de rugby de ce pays est partie en tournée quelques mois plus tôt en Afrique du Sud, où règne l’apartheid. Privée de Jeux depuis 1960, l’Afrique du Sud ne les retrouvera quant à elle qu’après la fin de l’apartheid en 1990.

Quatre ans après Montréal, les États-Unis boycottent les Jeux d’été de Moscou, en réaction à l’intervention soviétique en Afghanistan l’année précédente. Ce boycottage, qui vise à isoler l’Union soviétique en pleine Guerre froide, est suivi par des dizaines d’alliés des États-Unis. En tout, 65 pays déclinent l’invitation soviétique, dont l’Allemagne de l’Ouest, le Canada et Japon.

En réplique à ce boycottage, les pays du bloc soviétique — excepté la Roumanie — décident de boycotter les Jeux d’été à Los Angeles, quatre ans plus tard. Quatorze États, dont Cuba, l’Allemagne de l’Est et la Corée du Nord, suivent le mot d’ordre.

Séoul, 1988 : la Corée, déjà

Ces Jeux d’été ont vu la Corée du Nord boycotter la compétition, après avoir réclamé en vain une organisation conjointe avec la Corée du Sud.

Les relations entre les deux pays, séparés depuis 1945 et en guerre de 1950 à 1953, se sont souvent répercutées sur le terrain sportif. Ainsi, aux Jeux d’été de 2000 (Sydney) et de 2004 (Atlanta), ainsi qu’aux Jeux d’hiver de 2002 (Salt Lake City) et de 2006 (Turin), les deux pays ont défilé ensemble lors de la cérémonie d’ouverture, sur fond de réchauffement diplomatique. Les athlètes portaient la même tenue, sous un drapeau représentant la péninsule en bleu sur fond blanc. Un symbole qui a pris fin aux Jeux de Pékin en 2008.

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389 ATHLÈTES RUSSES ADMISSIBLES

Le Comité international olympique (CIO) soutient avoir créé un groupe de 389 Russes qui sont admissibles à participer aux Jeux olympiques d’hiver à PyeongChang, le mois prochain, sous une bannière neutre. Une commission du CIO est partie d’une liste initiale de 500 athlètes pour créer ce que le CIO appelle «un groupe d’athlètes propres». Les explications entourant le rejet des 111 autres athlètes n’ont pas été mentionnées. Il pourrait s’agir d’allégations de dopage ou du simple fait que l’athlète ne se soit pas qualifié pour les JO. Le CIO utilisera cette liste pour envoyer des invitations aux athlètes russes qui pourront compétitionner en Corée du Sud. AP