Parti avec 30 secondes de retard après avoir chuté dès le départ, Simen Hegstad Krueger (à droite) a terminé la course avec huit secondes d’avance sur son compatriote, Martin Johnsrud Sundby.

Louis Bouchard s’attend encore à un podium de Harvey à un moment donné

PYEONGCHANG — À la fin du skiathlon, dimanche, le clan Harvey se retrouvait devant un choix important à faire : se reposer ou poursuivre l’entraînement en prévision du sprint individuel, mardi. Mais personne n’a lancé la serviette, même si la première tentative n’a pas donné le résultat escompté avec une huitième position.

«Huitième, c’est une bonne performance. Il s’est bien battu, il a essayé jusqu’à la toute fin, mais on s’attend à un podium à un moment donné», affirmait l’entraîneur Louis Bouchard à propos du point de mire de l’équipe canadienne.

Harvey a l’occasion de devenir un héros national à ces Jeux olympiques. Dimanche, les journalistes canadiens présents provenaient tous du Québec, à l’exception d’un collègue de Toronto ayant rédigé une chronique élogieuse à son endroit en prévision de la course du jour. Bien sûr, une forte délégation d’ICI Radio-Canada était sur place.

Le fondeur de 29 ans vient-il de gaspiller une carte dans son jeu?

«Il s’agissait d’une bonne, mais il en reste d’autres. Je ne dirais pas que c’était sa meilleure carte, parce qu’il a fait des podiums dans les autres courses, cette saison. Par contre, le skiathlon est l’épreuve qu’il adore le plus», expliquait Bouchard.

L’entraîneur marchait d’un pas lent pour venir à la rencontre des journalistes, une fois les fondeurs partis se réchauffer après leur passage obligé devant nous. Il ne le faisait pas par déception, mais plutôt parce qu’il se remet d’une fracture de la jambe…

«Quand tu ne fais pas un podium dès le début, tu dois faire de bons choix pour la suite. À partir de maintenant, c’est le dilemme qu’on a. Est-ce qu’Alex doit prendre congé complètement, faire un peu de course à pied, laisser les farteurs faire le travail ou choisir l’autre option, qui est de poursuivre l’entraînement? S’il se repose bien, je pense qu’il peut remonter à un autre niveau. On va en discuter, mais chaque heure et chaque jour comptent», indiquait l’entraîneur-chef de l’équipe nationale.

Bouchard était bien installé sur le parcours pour observer l’action qui se déroulait sous nos yeux. Il n’a pas eu à le conseiller ni à lui crier des consignes.

«Je voyais qu’il s’essayait, mais les gars étaient forts en avant. Il a fait une super course et l’équipement était bon. Au coup ultime, c’est là qu’il n’a pas récupéré. Il y a des courses où il est capable de réagir, on l’a vu dans le passé, mais aujourd’hui [dimanche], c’était un peu moins sa journée, il manquait une petite affaire.»

Plein régime

Pendant ce temps, les Norvégiens roulaient à plein régime. Parti avec 30 secondes de retard après avoir chuté dès le départ, Simen Hegstad Krueger a terminé la course avec huit secondes d’avance sur son compatriote, Martin Johnsrud Sundby.

«Krueger est dans une forme splendide, c’est impressionnant. Mais regarde où est [le favori] Klaebo? Il est 15 secondes derrière Alex! Avant les fêtes, lorsqu’il partait, il prenait 30 secondes sur tout le monde. Là, c’est Krueger. Ils ont le bassin et l’équipe pour dire que si ce n’est pas Klaebo, ce sera Sundby; et si ce n’est pas Sundby, ce sera Krueger; et ainsi de suite… Ils l’ont prouvé en étant 1-2-3. Ils ont du choix, nous, on n’en a pas. Dans la course, Alex a toujours été assez bien positionné, sauf une fois [en style libre], où il a baissé 16e. Mais il est revenu, ce qui veut dire qu’il est en forme. Mais nous sommes aux Jeux olympiques, ils le sont tous!»

Présent à PyeongChang à titre d’analyste du ski de fond, Pierre Harvey ne pensait jamais que Krueger reviendrait sur le peloton. «Il avait 30 secondes de retard, j’étais sûr qu’il était fini. Il a roulé à 98 % tout le temps, à un moment donné, un moteur saute…», disait celui qui s’est aperçu de la cassure de son fils peu de temps après que les éventuels médaillés d’argent et de bronze eurent pris la poudre d’escampette.