Écarté du podium de justesse à Vancouver en 2010, Philippe Marquis est de retour aux Jeux, cette fois comme mentor avec l’équipe canadienne. Heureux hasard, son frère Vincent fait partie des compétiteurs.

Le retour du grand frère

PYENONGCHANG — BILLET / Vancouver, 2010. Tout l’entourage de Vincent Marquis a le cœur brisé. Le skieur acrobatique de Québec vient d’être soufflé du podium à la toute dernière seconde. Huit ans plus tard, le revoilà aux Jeux olympiques en qualité de mentor avec l’équipe canadienne. Mais le grand frère n’est pas loin, même que ce rôle lui tient tout autant à cœur.

Le hasard de la vie sportive le rapproche de son petit frère, Philippe, l’un des trois mousquetaires québécois de l’équipe des bosses. Pour l’instant, c’est le calme avant la tempête d’émotions qui soufflera sur le parc à neige Phoenix, à Bokwang, à l’approche de l’épreuve masculine.

«Je ne sais pas s’il s’agira de la dernière descente de Phil, mais c’est un peu la fin de l’histoire des Marquis en ski acrobatique qui risque de s’écrire. On sera tous là pour le vivre ensemble, Phil, mes parents et moi», dit l’ancien bosseur de l’équipe nationale.

La voix est calme, le ton est posé. Présent à PyeongChang pour rassurer les athlètes et les accompagner dans leur démarche olympique, Vincent Marquis n’utilise pas sa présente participation aux Jeux pour régler un vieux compte avec le passé.

Entre la fin de sa carrière sur les pentes et sa présente association avec le Comité olympique canadien, il s’est surtout impliqué dans le football, où il est maintenant le physiothérapeute des Élans du Cégeg Garneau. Déjà père d’une fillette de 2 ans et demi, un autre bébé verra le jour, en mai.

«Pour moi, c’est vraiment un retour aux sources. Il s’agit de la première fois que je m’implique dans les sports olympiques depuis ma retraite. Plusieurs personnes me demandent si ça me rend émotif, mais ce n’est pas la même chose qu’à l’époque parce que j’aborde cela comme étant un travail. Je n’ai pas l’impression de revivre mes Jeux, ça fait quand même huit ans que c’est arrivé, j’ai tourné la page», raconte-t-il au Soleil.

Le premier à le serrer dans ses bras, ce 14 février 2010, fut son petit frère, Philippe Marquis. Clin d’œil du destin, le premier qui pourrait enlacer ce dernier s’il atteint la finale de lundi, c’est lui. Ces histoires ne s’inventent pas, elles semblent ne survenir qu’aux Jeux olympiques.

Dans un questionnaire rempli pour Le Soleil, Philippe a inscrit le nom de Vincent comme personne la plus influente de sa carrière.  Le lien entre les deux frères est solide. Les deux ont fait du ski ensemble, Vincent amenant toujours Philippe avec lui malgré l’écart de cinq ans.

«Dans le ski, je pense qu’il me voyait comme étant quelqu’un qui pouvait lui servir de référence, le rassurer dans ses décisions. À la base, nous avons une relation fraternelle, on a toujours été proche l’un de l’autre et la différence [d’âge] n’a jamais paru. On a toujours tout fait ensemble, et nous avons eu la chance d’avoir des parents qui étaient là pour nous soutenir, autant moralement, financièrement que bénévolement.»

Vincent a été impressionné par le caractère de son frère au cours des dernières semaines. Depuis quatre ans, la date de 12 février 2018 est tout ce qu’il avait en tête. Mais voilà que trois semaines avant de s’envoler pour la Corée, son ligament croisé antérieur a lâché. Reste à voir si son genou tiendra le coup dans les bosses de cette région… en manque de neige naturelle.

Est-ce un miracle qu’il puisse être aux Jeux, dans les circonstances?

«On s’en reparlera dans une semaine, mais c’est assez impressionnant, autant physiquement que mentalement. Au-delà du résultat, le processus des trois dernières semaines sera plus marquant dans sa vie que son rang dans la prochaine course. Par sa résilience et sa motivation, il servira d’inspiration pour beaucoup de monde. Il a reçu un méchant coup de bâton dans les roues, mais sa manière de voir les choses m’épate.»