L’exploit du Japonais Yuzuru Hanyu est d’autant plus retentissant qu’il se remet tout juste d’une blessure à la cheville.

Le rare exploit de l'empereur Hanyu

GANGNEUNG — Il n’a pas pu retenir ses larmes. L’étoile japonaise Yuzuru Hanyu a conservé sa couronne olympique samedi, un exploit inédit depuis 66 ans et d’autant plus retentissant que le patineur artistique revient juste d’une blessure à une cheville.

Le Japon s’est même offert un doublé. Derrière le roi Hanyu (317,85 points), Shoma Uno a obtenu la médaille d’argent (306,90). L’Espagnol Javier Fernandez complète le podium (305,24), une médaille de bronze historique pour le patinage artistique ibérique, jusque-là jamais récompensé aux JO.

C’est à quatre ans que «Yuzu» est venu au patinage, pour suivre sa sœur aînée Saya. «À cette époque, je détestais m’entraîner, mais j’adorais les compétitions où il y avait plein de monde qui me regardait patiner», racontait-il dans son autobiographie publiée en avril 2012.

Quand il gagne son premier trophée, à six ans, le petit Japonais se prend pour le Russe Evgeni Plushenko, un des patineurs qu’il admire. Sa passion pour le patinage est encore bien vivace plus d’une quinzaine d’années plus tard. 

Méticuleux, il tient à jour des notes sur les scores et les «quads» réussis par ses plus sérieux adversaires, raconte le Canadien Brian Orser, avec lequel il s’entraîne depuis 2012 à Toronto, tout comme le médaillé de bronze Fernandez.

Victime du tsunami

En 2011, année de son premier hiver chez les seniors, la carrière de Hanyu ne tient pourtant qu’à un fil. Le natif de Sendai s’entraîne dans une patinoire de la ville quand, le 11 mars, le tremblement de terre et le tsunami meurtriers frappent la région du nord-est japonais.

«Après le tremblement de terre et le tsunami, je ne pouvais pas patiner et j’ai pensé vraiment sérieusement à arrêter parce que j’étais déjà très occupé à survivre, à rester en vie», confiait-il en 2014. «Ce désastre a complètement changé mes valeurs. J’ai cru que j’allais mourir à 16 ans, aussi jeune. Maintenant que je peux de nouveau patiner, après une expérience aussi traumatisante, avant tout, je veux faire que chaque jour compte.»

Depuis 2014 et son premier sacre olympique à 19 ans seulement, Hanyu n’a plus quitté les sommets. En l’espace d’une olympiade, il a garni son palmarès de deux médailles d’or mondiales (2014 et 2017) et de deux en argent (2015 et 2016). Quand le patinage s’est brutalement orienté vers la multiplication des «quads», il a su repousser ses limites et élargir son répertoire en l’enrichissant de nouveaux sauts.

«Il est jeune, il est compétiteur, il veut continuer à faire avancer son sport», énumère Orser, médaillé d’argent olympique en 1984 et en 1988. Samedi, c’est ce que Hanyu a fait en réussissant quatre «quads» pour devenir à 23 ans le premier patineur à conserver l’or olympique depuis l’Américain Dick Button, sacré en 1948 et en 1952.

Six «quads» pour Chen

L’autre vedette de la soirée a été le jeune Américain Nathan Chen, présenté comme un des principaux prétendants à l’or. Seulement 17e après un programme court catastrophique, le patineur de 18 ans a relevé la tête avec panache lors du libre.

«Être débarrassé des attentes m’a beaucoup aidé», a-t-il reconnu. «J’étais déjà tombé tellement de fois cette semaine que je me suis dit : “Autant y aller et tout jeter dans la bataille, et advienne que pourra.”»

Tout jeter dans la bataille, dans le langage Chen, ça veut dire tenter six «quads». L’Américain l’avait déjà fait il y a un an aux Mondiaux de 2017, mais il était tombé deux fois et avait échoué au pied du podium. Cette fois, il en a réussi cinq et a posé les deux mains sur la glace sur le sixième.

Une performance majuscule qui lui vaut de se consoler avec la meilleure performance du libre (215,08 points), nouveau record personnel. La nouvelle pépite du patinage américain partait toutefois de trop loin et a terminé cinquième (297,35).