L’initiative du CIO intervient alors que l’ex-médecin sportif américain Larry Nassar, accusé de multiples agressions sexuelles sur de jeunes gymnastes, dont des championnes olympiques, a été condamné à la prison à vie.

Le CIO souhaite «protéger» les athlètes contre le harcèlement sexuel

PYEONGCHANG — Alors qu’un médecin en charge de gymnastes olympiques américaines vient d’être condamné à vie pour des agressions sexuelles à répétition, le CIO a mis en place pour les JO de PyeongChang une cellule d’aide aux victimes.

«Quand nous avons commencé ce travail, c’était vraiment un sujet tabou», explique Susan Greinig, en charge de cette cellule du CIO, qui rejette toute responsabilité dans le scandale de la gymnastique américaine.

Durant la quinzaine des JO de PyeongCchang), quatre lieux d’accueil sont ouverts, afin d’offrir un soutien médical et psychologique aux victimes de harcèlement ou d’abus sexuels.

Cette initiative intervient alors que l’ex-médecin sportif américain Larry Nassar, accusé de multiples agressions sexuelles sur de jeunes gymnastes, dont des championnes olympiques, a été condamné fin janvier à la prison à vie, à l’issue d’un procès historique où les victimes ont livré des témoignages poignants sur leurs vies brisées. Le médecin, qui soignait les plus grandes championnes américaines, a agi en toute impunité pendant près de deux décennies, jusqu’aux premières révélations en 2016.

«Nous devons renforcer la prise de conscience afin de protéger les athlètes et les aider à éviter ou gérer toute situation», explique Susan Greinig.

«Les fédérations peuvent constater à quel point de telles pratiques peuvent détruire le sport. Nous perdons des athlètes talentueux et c’est un vrai désastre de voir des sportifs renoncer à leur carrière», ajoute Susan Greinig, qui travaille depuis 1987 au sein de la direction médicale de l’instance olympique.

Concrètement, la cellule est là pour recueillir les témoignages des victimes et leur donner des conseils juridiques pour éventuellement déposer une plainte.

Le CIO, qui a également ouvert une ligne téléphonique, peut de son côté saisir son département juridique et éthique, et ouvrir une procédure disciplinaire contre l’auteur des faits, avec des sanctions qui peuvent aller d’un avertissement au retrait de l’accréditation.

«Libérer la parole»

Interrogée à PyeongChang avant le début des épreuves, la lugeuse américaine Summer Britcher applaudit la décision du CIO de créer une telle cellule. «Ce qui est arrivé avec l’équipe de gymnastique (américaine) est horrible. Mais le point positif, si l’on peut dire, c’est que le courage montré par ces femmes en venant témoigner peut à l’avenir libérer la parole pour d’autres femmes.»

Le président Thomas Bach a exprimé dimanche le «soutien moral» du CIO envers les victimes du Dr Nassar, et a salué «le courage des victimes à venir témoigner».

Dans le même temps, interrogé pour savoir si les exactions du médecin américain n’auraient pas pu être identifiées plus tôt, M. Bach a précisé que le CIO n’était pas responsable de la présence du médecin américain lors de plusieurs éditions des JO.

«C’est une question qu’il faut poser au Comité olympique américain (USOC)», a-t-il dit. «Le CIO ne nomme pas les membres de l’équipe olympique américaine, c’est une prérogative de l’USOC.»

Devant la vague d’indignation aux États-Unis, plusieurs dirigeants de USA Gymnastics ont démissionné et des enquêtes internes ont été ouvertes par l’USOC et l’Université du Michigan pour déterminer comment le praticien a pu passer entre les mailles du filet pendant si longtemps, malgré plusieurs plaintes.

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LES POM-POM GIRLS NORD-CORÉENNES BUNKÉRISÉES LOIN DE PYEONGCHANG

INJE — Très attendues, les pom-pom girls de la Corée du Nord doivent arriver mercredi en Corée du sud, mais ces vedettes des JO ne devraient pas forcément avoir le loisir de visiter le pays, bunkérisées à plus de 120 km de PyeongChang.

Elles sont 230, triées sur le volet pour leur plastique avantageuse, vitrine d’une diplomatie souriante de la Corée du Nord, à débarquer mercredi en Corée du Sud. Une «Armée de beautés», comme la surnomme la Corée du Sud, qui crée l’évènement à chacune de ses sorties.

Choyées par le régime, leur venue aux JO constitue un événement diplomatique en soit, un des nombreux signes de la détente amorcée entre les deux Corée pour ces Jeux. Et les autorités nord-coréennes ne veulent prendre a priori aucun risque. Pour les protéger sans doute de l’engouement qu’elles devraient susciter, ces pom-pom girls seront donc logées très loin de l’effervescence de PyeongChang.

Un choix dicté sans doute aussi par le souci de maîtriser les apparitions de ces jeunes femmes, de pouvoir les surveiller aussi, et de leur éviter une quelconque tentation... Logées au «Inje Speedium», un hôtel quatre étoiles situé dans une ville encerclée de montagnes, à Inje, elles devraient en effet y échapper.

Loin de tout, peu d’habitants, des appartements vieillissants parsemés de certaines installations militaires.. Cette ville rurale ne correspond pas vraiment aux standards de la prospérité sud-coréenne, loin de la séduisante Séoul.

Une délégation pas comme les autres

Tous les clients ont dû quitter l’hôtel lundi. Les 252 chambres ont toutes été réservées pour la durée des JO pour accueillir ces jeunes femmes. L’hôtel a d’ailleurs dû s’adapter pour accueillir cette délégation, notamment sur le plan de la sécurité. En Corée du Nord, l’accès aux informations de l’étranger est formellement interdit par exemple. L’hôtel offre pourtant l’accès à CNN... «Il y a eu plusieurs demandes (de la part de la Corée du Nord) pour la sécurité, mais tout est géré par le gouvernement», a expliqué l’un des porte-paroles de l’hôtel, Kim Tae-Eun.

Ces visiteuses à part pourront toutefois avoir quelques aperçus de la luxuriante voisine sud-coréenne et de son avance technologique indéniable. La ville d’Inje possède en effet un petit bijou de technologie : un tunnel musical de près de 11 kilomètres qui la relie aux villes des alentours, offrant aux automobilistes un spectacle sons et lumières inédit. Une attraction à laquelle elles ne devraient pas échapper...

L’arrivée de ces pom-pom girls semble être perçue comme une bonne chose par les habitants et les commerçants de la ville, même si certains redoutent que la présence policière massive perturbe quelque peu leurs affaires. «C’est bien qu’Inje contribue au processus de paix entre le Nord et le Sud», tranche Hwang In-Soo, propriétaire d’un café à cinq minutes de l’hôtel. 

Les routes seront fermées pendant les JO pour des raisons de sécurité, ce qui devrait gêner l’accès aux commerces déplore toutefois sa femme Kim Ge-Suk. Mais la perspective de servir des cappuccinos à ces visiteuses très spéciales éclaire son visage.«Ce serait sympa si (elles) venaient dans notre café», lâche-t-elle.  Agence France-Presse