Laurie Blouin a pu croquer sa médaille d’argent lors de la remise officielle, lundi.

Laurie Blouin n’y croit pas encore

PYEONGCHANG — La planchiste Laurie Blouin a rejoint un groupe sélect de médaillés olympiques de la grande région de Québec, lundi, en grimpant sur la deuxième marche du podium à l’épreuve de slopestyle. Précieux souvenir au cou, elle ne parvenait toujours pas à réaliser l’ampleur de son exploit.

«C’est juste fou ce qui m’arrive, c’est malade. Ça me prendra encore quelques jours pour le réaliser», a avoué la nouvelle médaillée, lundi soir (mardi matin, à PyeongChang), en rencontre de presse officielle au Centre des médias.

Moins de 24 heures s’étaient écoulées depuis qu’elle avait vaincu le vent du Parc à neige Phoenix, dans le village voisin de Bokwang, pour grimper sur le podium en compagnie de la gagnante Jamie Anderson (États-Unis) et de la Finlandaise Ennis Rukajarvi (bronze).

Quelques heures plus tard, elle se rendait à la Place olympique pour recevoir sa précieuse médaille, où les drapeaux du Canada flottaient de bonheur tandis qu’elle se trouvait encore sur un nuage.

«J’étais comme en état de choc puisque c’est arrivé tout de suite après. J’avais un gros sourire tout le long, c’est le fun de voir tous les Canadiens qui célébraient pour moi, c’était quelque chose, ç’a été une belle expérience», a indiqué la nouvelle membre du club des médaillés de Québec aux Jeux d’hiver.

Son nom s’est ajouté à ceux de Gaétan Boucher, Myriam Bédard, Philippe LaRoche, François Bédard, Manon Rhéaume, Dominique Maltais, Simon Gagné, Marie-Philip Poulin, Patrice Bergeron et Kim Lamarre.

«Je me souviens surtout de la médaille de Kim, c’était malade. Juste qu’elle soit à PyeongChang, malgré beaucoup d’embuches, c’est quelque chose d’impressionnant», disait-elle en parlant de la médaillée de bronze en slopestyle (ski) de Sotchi.

Au cours de la journée longue et venteuse de lundi, elle a senti le soutien de ses proches qui se trouvaient dans la région de Québec pour l’encourager à distance. Elle a depuis parlé à sa mère et entendu son père pleurer pour la première fois.

«J’en reviens juste pas de leur support. Je ne pensais pas que ça aurait un impact aussi gros que ça», disait celle qui pensait d’abord aller dormir un peu après les émotions des dernières heures avant d’aller fêter «un peu, pas trop», à la Maison du Canada.

Ses Jeux ne sont pas terminés. Il lui reste encore le Big Air, le jeudi 22 février en soirée (le vendredi 22 au matin, en Corée) à se farcir. Tentera-t-elle le gros coup, maintenant qu’elle a une médaille?

«Peut-être que je pourrai y aller le tout pour le tout maintenant que j’ai une médaille, mais il vaut mieux approcher cela de manière intelligente.»

C’est ce qu’elle a fait en finale. Le vent qui soufflait sur la piste a complètement volé la vedette, plusieurs compétitrices ne parvenant pas à atterrir leurs sauts. Laurie a vécu le même malheur, en première manche, mais elle a réussi à se tenir sur sa planche dans la seconde, ce qui lui a valu 76,33 points, assez pour la deuxième place.

«J’ai réussi à bien gérer le vent. Quand je l’ai senti après mon deuxième saut, j’ai décidé de faire un simple périlleux au lieu d’un double sur le dernier. Mais je n’étais même pas certaine de l’atterrir, parce que j’étais à l’envers et j’ai senti le vent me ramasser. Ça ne valait pas la peine de l’essayer, je suis contente d’avoir pris la bonne décision», a expliqué celle qui aura été Championne du monde (2017) et médaillée d’argent (2018) en moins d’un an.

Oeil au beurre noir

Dire que vendredi, une chute avait bien failli l’écarter des Jeux olympiques. Plus de peur que de mal, à part un œil au beurre noir. «J’ai eu un peu peur que mes Jeux soient terminés, j’ai pleuré à l’idée d’être ici et de ne pas pouvoir compétitionner. Les médecins m’ont bien suivi et permis de reprendre l’entraînement. L’œil au beurre noir me donne juste un look de “bad ass” [«dure à cuire» ], on dirait que j’ai fait un combat de boxe…»

Il allait surtout bien avec le surnom de guerrière que lui accolé la championne olympique!

Laurie Blouin avait un message pour ses partisans de Québec :

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L'HÉCATOMBE DE LA FINALE FÉMININE DÉNONCÉE

PYEONGCHANG — Le vent qui soufflait en rafales dans les montagnes de PyeongChang n’a pas eu raison que des premières épreuves olympiques de ski alpin, il a aussi transformé lundi l’épreuve féminine de snowboard slopestyle en un festival de chutes et en un véritable massacre.

Le slopestyle est une épreuve spectaculaire où les skieurs et les snowboarders enchaînent figures sur des rails et sauts sur des tremplins, des sauts de plus en plus hauts à mesure que l’on approche de la fin du parcours. Et la combinaison de ces hauteurs et des bourrasques qui balayaient le site du Phoenix Snowpark a été fatale à un nombre extrêmement élevé de concurrentes et, plus généralement, à la crédibilité du concours.

Sur les 50 descentes disputées (deux pour chacune des 25 finalistes), seule une petite dizaine ont pu en effet être menés à bien, du haut au bas de la piste sans incident particulier.

Pour le reste, les spectateurs ont assisté à une cascade de chutes, de sauts avortés ou même de refus d’obstacles, certaines championnes freinant brutalement au milieu de la bosse, de peur d’être emportées par le vent une fois lancées à plus de quatre mètres de hauteur.

Après l’épreuve, la Finlandaise Enni Rukajarvi, pourtant médaillée de bronze, jugeait que les organisateurs «auraient dû annuler ou reporter». «Je suis contente d’avoir fait un bon score. Mais je suis surtout contente que personne ne se soit blessée gravement», a-t-elle lâché.

Ligament et loterie

Mais cette piste de slopestyle ouverte aux quatre vents a tout de même fait du dégât, avec la grave blessure de l’Australienne Tess Coady, dimanche, à l’entraînement. «J’ai été prise par le vent sur le saut du bas à l’entraînement et mon ligament croisé antérieur n’a pas trop aimé!» a-t-elle écrit sur Instagram.

Rien de grave en revanche pour l’Autrichienne Anna Gasser, mais la championne du monde 2017, 15e, lundi, regrettait que la compétition olympique se soit finalement résumée à une «loterie».

«Je ne pense pas qu’il s’agissait d’une compétition juste et je suis un peu déçue que l’organisation ait maintenu le programme. En ce qui me concerne, je ne pense pas que c’était une bonne publicité pour le snowboard féminin», a-t-elle dit.

Le programme de l’épreuve avait déjà été chamboulé à cause du vent, les qualifications de dimanche étant annulées, puis le début de la finale lundi reporté d’une heure et quart. 

Dans un communiqué, la fédération internationale de ski (FIS) a assuré que son jury avait considéré que les conditions météo étaient «dans les limites permettant d’organiser la compétition en sécurité».

«La FIS se donne toujours pour objectif que les athlètes puissent réussir leurs meilleures performances, ce qui selon certaines concurrentes n’étaient pas le cas aujourd’hui. Mais la nature des sports d’extérieur implique aussi de s’adapter aux éléments», a-t-elle ajouté.  AFP