Kim Boutin lors de la finale du 500 m.

Journée mouvementée pour la famille de Kim Boutin

À 23 ans, la Sherbrookoise Kim Boutin a remporté une première médaille olympique mardi, alors qu’elle a terminé troisième d’une course de 500m endiablée, en Corée du sud. Mais les émotions n’étaient pas terminées pour autant.

La Sherbrookoise a terminé l’épreuve de patinage de vitesse courte piste en quatrième place, mais a pu monter sur le podium à la suite de la disqualification de la patineuse sud-coréenne Choi Min-jeong, avec qui elle a eu un accrochage en début de course.

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«Une chance que Marianne était là!»

Ainsi, plutôt que de terminer en deuxième place, la patineuse locale a été exclue du podium, soulevant l’ire de plusieurs milliers d’amateurs sud-coréens.

Ces derniers ont peu de temps après inondé de propos injurieux les comptes de médias sociaux de l’athlète canadienne; immédiatement, son compte Facebook a été fermé, alors que l’accès à ses comptes Instagram et Twitter fut verrouillés.

Plus de 10 000 commentaires provenant majoritairement de partisans sud-coréens ont été mis sur ses différents comptes et ce, en l’espace de quelques heures.

«N'as-tu pas honte d'avoir triché lors des derniers Jeux olympiques?», a écrit un internaute. «Tu devrais être disqualifiée. Sais-tu cela? Honte à toi!», a écrit un autre.

Mais certains sont allés plus loin

«Si je te trouve, tu vas mourir», a lancé un autre, a rapporté Radio-Canada sur son site internet.

Pour le père de Kim Boutin, toujours présent à Sherbrooke, et qui s’envole pour la Corée du sud jeudi, ce fut une situation un peu particulière.

Pierre Boutin, père de Kim

Ce dernier était, avec plusieurs autres Sherbrookois, attablé à la Cage aux sports de Sherbrooke, dès 5h mardi matin, afin d’assister aux rondes préliminaires et à la finale du 500m.

Il a appris la situation concernant sa fille plus tard dans la journée.

« Comme les athlètes, il faut gérer ces moments-là. J’ai pleine confiance au Comité olympique canadien, à la Fédération de patinage de vitesse et à l’ambassade canadienne et à la GRC, qui sont tous impliqués avec les autorités locales pour gérer la situation. Ils vont s’en occuper. Kim est en sécurité », a-t-il admis à La Tribune.

« En fait, je suis plus terre-à-terre par rapport à cette situation. J’ai vécu les championnats du monde et les coupes du monde de Kim à distance; je sais qu’elle est bien encadrée là-bas. On a une très belle relation moi et elle, et je sais que si elle avait besoin, elle m’appellerait. »

« Je préfère me concentrer sur le positif; ce matin, Kim a remporté la médaille de bronze. J’étais heureux de voir qu’elle a connu un très bel élan; pour le reste, ce fut une course comme on en voit souvent, avec des coups de coude, des contacts. Pour le reste, il faut avoir confiance aux juges qui sont sur place. »

« C’est plutôt sur ça que je mets le focus. J’aime mieux mettre l’accent sur le fait que depuis huit mois, Kim peut contrôler ses peurs, l’angoisse qu’elle avait face à ces défaits, à dépasser, à vouloir aller plus vite. Le reste, on ne s’en préoccupe pas », a-t-il lancé.

L’explosion des médias sociaux et la très grande accessibilité des athlètes via ces intermédiaires numériques devront peut-être être scrutés différemment.

« Je crois que les athlètes sont bien encadrés de ce coté. Kim n’accède jamais à ça pendant les compétitions, c’est sa belle-sœur qui gère sa page Facebook. Kim fut la première à fermer ça avant les coupes du monde, ou même pendant les sélections. Je préfère qu’on parle des performances positives de Kim. »

Une situation qui n’est pas sans rappeler l’incident impliquant la Britannique Elise Christie aux Jeux de Sotchi, en 2014.

Cette dernière avait été impliquée dans au moins trois incidents dont un impliquant une patineuse sud-coréenne. Christie a par la suite reçu de nombreuses menaces de mort provenant de partisans sud-coréens.

Une situation qui est loin d’étonner l’ancienne championne olympique Annie Perreault; la Sherbrookoise a remporté la médaille d’or au 500m lors des Jeux olympiques de Nagano, en 1998 et elle connaît bien la passion des Sud-coréens pour le patinage de vitesse.

« C’est une religion pour eux, là-bas et souvent, il y a des réactions exagérées. L’avènement des médias sociaux change beaucoup la donne, par contre. »

« La manœuvre de la Sud-coréenne qui lui a valu une disqualification, est une manœuvre que l’on voit souvent en course, surtout aux Jeux olympiques; les filles passent à l’extérieur et tentent d’entrer à l’intérieur en se faisant une place avec l’avant-bras. Aux Olympiques, c’est différent des autres compétitions; c’est le tout pour le tout. »

« Certaines filles laissent passer, mais d’autres gardent leur place. C’est cette bataille qui a valu à Kim la médaille de bronze. »

Kim Boutin est inscrite au 1000m, au 1500m et au relais 3000m