L'entraîneur Gregor Jelonek entouré par Laurent Dubreuil (à gauche) et Alexandre St-Jean en décembre 2015

Jelonek confortable dans la discrétion

Il y a longtemps que je cherchais à jaser avec lui pour autre chose que son appréciation du résultat de l’un de ses patineurs de longue piste. Entraîneur de haut niveau depuis 23 ans, Gregor Jelonek est un homme discret qui préfère l’ombre à la lumière, la discrétion à la visibilité.

L’un de ses trois protégés grimpera peut-être sur le podium à l’épreuve de 500 m, lundi matin. Il en serait le premier ravi, mais restera quand même en retrait.

Il a souri lorsque je lui ai raconté qu’en 2004, il s’était opposé à ce qu’on prenne une photo de sa compagne Guylaine Dumont avec leur fille de deux ou trois ans, à l’époque, dans un reportage en prévision des Jeux d’Athènes, où elle avait brillé en volleyball de plage. Il avait finalement cédé, à condition qu’on le photographie de dos.

«De longs reportages sur moi, ça ne m’intéresse pas. Je ne recherche pas ça, j’ai toujours été de même. J’aime mieux laisser les feux de la rampe aux athlètes, je suis là pour les accompagner. Même avec Guylaine, je la laisse faire, c’est elle qui publie des affaires, pas moi», racontait-il à la fin d’une longue discussion, où on avait d’abord parlé d’Alex Boisvert-Lacroix, de Laurent Dubreuil et d’Alexandre St-Jean.

Mais lorsque la discussion est orientée sur le patinage de vitesse, et non sur lui, assurez-vous d’avoir du temps devant vous. Car ses patineurs, le coach de la Rive-Sud de Québec les adore. Autant ceux d’aujourd’hui que les autres d’hier.

«C’est le fun de venir aux Jeux olympiques avec trois gars qui performent, et ça l’était tout autant avec ceux qui venaient pour offrir le meilleur d’eux-mêmes. Comme entraîneur, le rôle est le même, c’est de les aider, de les soutenir, de les amener à patiner le plus vite possible.»

Le trio associé au Centre national Gaétan Boucher a connu du succès, cette saison. Depuis le début de la saison, deux Québécois ont remporté trois courses sur le circuit de la Coupe du monde, soit Boisvert-Lacroix (2) et Dubreuil (1). Incluant St-Jean au 1000 m, les trois sont dans le top 12 de leur distance respective.

«Oui, on a des attentes, mais on ne capote pas avec ça. On ne le cache pas, on vise le podium, mais une petite erreur peut te faire passer de 1er à 15e. Je dirais qu’Alex [Boisvert-Lacroix] est dans les favoris, mais n’est pas l’homme à battre. C’est quand même le fun de venir aux Jeux et de savoir que tu as une chance. Ce que je répète aux gars, c’est de bien faire ce qu’ils font de mieux. Je ne peux pas demander plus de mes patineurs, ce sont des pros. Ils ont pratiquement trois prises contre eux à s’entraîner dehors, à Québec, ils sont partis 140 jours dans l’année, mais il ne faut pas oublier qu’ils vont aussi à l’école, ils ont des blondes, ils ont des vies. Ils sont passionnés, je leur lève mon chapeau», dit-il avec une admiration bien sentie.

Gregor Jelonek en est à ses cinquièmes Jeux, dont quatre comme entraîneur. Il y a participé comme patineur en 1988, à Calgary. Ses trois patineurs les vivent pour la première fois. Il les sentait inspirés par la médaille d’or de leur coéquipier Ted-Jan Bloemen, au 10 000 m.

«Ce fut une course d’anthologie, car c’était la première fois que quelqu’un battait Sven Kramer [Pays-Bas] au 10 000 m. C’est inspirant pour tout le monde. Les gars patinent individuellement, mais on est ici en équipe.»

Il en est lui-même un membre important, mais ce n’est pas lui qui s’en vantera!