Alexander Cowan (Silber) a remporté le contre-la-montre de l'étape 3A avec chrono de 25:17,35. L'Albertain de 20 ans en a profité pour se hisser en tête du classement général.

Les jeunes prennent le pouvoir au Tour de Beauce

Les jeunes ont pris le pouvoir, vendredi, en cette troisième journée du 32e Tour cycliste de Beauce. Et avec la jeunesse vient souvent une touche de controverse.
«Ce gars-là n'aurait juste pas dû être au volant!» a lancé Taylor Jordan «TJ» Eisenhart, sans perdre son calme et le sourire imprimé entre ses cheveux blonds et ses colliers.
Le coureur de l'équipe Holowesko-Citadel venait d'échapper la première place de l'épreuve contre-la-montre par huit secondes, après avoir été ralenti dans le virage à 180 degrés de mi-parcours par un véhicule de la formation United Healthcare. Eisenhart a été forcé de décrocher sa pédale et de mettre pied à terre.
«Je suis sûr que ça m'a coûté au moins huit secondes. Mais que ce soit 3 ou 10 secondes, ç'a cassé mon rythme», a poursuivi le résident de l'Utah, qui a complété les 19,4 km en solitaire à Saint-Jean-de-la-Lande en 25 min 25,40 s. Tout juste derrière Alexander «Alec» Cowan, auteur d'un chrono de 25:17,35.
Devant Eisenhart, le coureur d'United Healthcare, Christopher Jones, ne constituait une menace pour personne. Comme en témoignent son 29e rang au contre-la-montre et sa 28e place au classement général.
Ce n'est donc pas le directeur sportif Hendrik Redant, mais un soigneur qui l'accompagnait en camion. Un soigneur ne sachant visiblement pas quoi faire ni quand. Sur un parcours plat en ligne droite tout au long du 2e Rang de Shenley Nord, il pouvait apercevoir depuis un bon moment dans le rétroviseur qu'Eisenhart gagnait du terrain sur Jones.
Mais huit secondes ou pas, Cowan et la Silber en ont profité. Le cycliste de 20 ans de Calgary est rentré se reposer après les deux étapes du jour avec deux maillots sur les épaules, soit le jaune de meneur au général et le rouge du meilleur jeune. Un de ses coéquipiers gardait celui du meilleur grimpeur, tandis qu'Eisenhart se consolait avec le blanc de la classification aux points.
Issu du BMX, puis passé au vélo de montagne et à la piste, Cowan a adopté le vélo de route depuis deux ans. L'an passé, son titre de champion canadien des moins de 23 ans au contre-la-montre et son 12e rang mondial dans la même catégorie d'âge l'ont convaincu.
«Avec le mauvais temps d'aujourd'hui, je me sentais comme dans l'Ouest! Une mauvaise route, du vent et de la pluie, je ne pouvais pas me sentir plus chez nous que ça», a-t-il rigolé.
Cowan mène une meute de jeunes loups avec huit coureurs de moins de 23 ans parmi les 12 premiers au général. Seuls Jordan Cheyne (2e, équipe Jelly Belly), 25 ans, et Ruben Companioni (6e, Holowesko), 27, font office d'intrus. Les deux vieux s'avèrent de sérieux aspirants aux grands honneurs pour dimanche.
Durs souvenirs de 1993
La demi-étape du soir de 77 km conclue sur 300 mètres en montée de 11 % sur la 178e Rue a aussi couronné un jeunot. Christopher Lawless, de Manchester, en Angleterre, a 21 ans. La pluie et le froid ne l'ont pas non plus dépaysé. Ce champion de Grande-Bretagne au critérium a bon espoir de bien faire encore samedi à Québec, pour le critérium sur la colline parlementaire.
Directeur sportif chez Silber, Gord Fraser espère voir son protégé Cowan retenir le maillot jaune jusqu'à la fin. «Je pense qu'on a la meilleure équipe pour le défendre, mais samedi, monter 35 fois la Grande Allée, je me souviens l'avoir fait sous la pluie en 1993 et j'en garde de durs souvenirs», indique Fraser.
Le meilleur Québécois au général est Bruno Langlois. Le joueur-entraîneur de 38 ans de la formation Garneau-Québecor pointe 11e à 3 min 40.
Trois Canadiens dominent le général. Le dernier podium final tout canadien au Tour de Beauce remonte à 1991. Cowan, Cheyne et Jack Burke veulent aussi devenir le premier Canadien à gagner le Tour de Beauce depuis Svein Tuft, en 2008.
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Companioni en roue libre
Ruben Companioni pointe au sixième rang du classement général du Tour de Beauce.
«Quand ma cousine de Miami m'a dit qu'elle viendrait peut-être me voir à Saguenay, je lui ai répondu : "Si tu viens jusqu'ici, ce ne sera pas pour me regarder courir, mais pour m'emmener avec toi."»
C'était il y a cinq ans. En ce dimanche matin de juin 2012, le cycliste cubain Ruben Companioni ne s'est pas présenté au départ de la dernière étape la Coupe des Nations, à Chicoutimi. Planqué au 72e rang la veille sur la route de Kénogami, il a fait défection durant la nuit.
«J'y pensais, mais je n'étais pas sûr de le faire en arrivant au Canada. Mais quand j'ai parlé à ma cousine, c'est devenu clair. Elle m'a demandé si j'étais certain, j'ai dit : "Oui, à 100%." Elle a conduit 30 heures sans s'arrêter de Miami à Saguenay, elle m'a pris et nous sommes repartis», a expliqué Companioni au Soleil, vendredi midi.
Assis sur le petit lit de sa minuscule chambre des résidences du Cégep Beauce-Appalaches, à Saint-Georges, le cycliste de 27 ans venait de compléter le contre-la-montre de 19,4 km du Tour de Beauce sous une pluie battante et froide, à Saint-Jean-de-la-Lande. Le vent d'automne entrant par la fenêtre souligne ses retrouvailles avec le Canada, où il n'avait pas remis les pieds depuis ce fameux jour.
«C'est là que ma vie a changé», laisse-t-il tomber. «Sur le coup, ç'a été une décision très difficile, parce que je ne savais pas quand je reverrais ma famille. Mais maintenant, mes parents et ma soeur vivent avec moi à Miami depuis deux, trois ans, alors ça va bien.»
Sa soeur et sa mère, qui est médecin, possèdent la citoyenneté espagnole et n'ont donc pas éprouvé trop de problèmes à aller s'installer aux États-Unis, à part les longs délais administratifs. Mais le paternel a emprunté un chemin plus dangereux en passant par le Salvador avant d'aboutir en Floride.
Ruben Companioni père est celui qui a transmis sa passion du vélo à fiston. Il a été membre de l'équipe nationale cubaine et continue aujourd'hui à prodiguer ses conseils à Junior. Qui avait d'abord pris goût au baseball comme joueur de premier coussin, avant de monter en selle au début de l'adolescence.
Absence de perspectives comme pro du vélo
Au tournant de la vingtaine, il a toutefois constaté l'absence de perspectives professionnelles comme cycliste sur l'île castriste. Aujourd'hui membre de l'équipe continentale américaine Holowesko-Citadel de l'écurie Hincapie, Companioni considère avoir pris la bonne décision.
Même si la frontière cubaine s'est ouverte un peu pour les athlètes professionnels. Comme des joueurs de baseball embauchés en toute légalité par les Capitales de Québec ou certains cyclistes qui peuvent désormais s'enrôler avec des équipes d'autres pays que les États-Unis.
Companioni est retourné à Cuba en décembre pour la première fois depuis 2012. Moment important pour lui, bien qu'il doute de la réelle volonté de changement de mentalité politique de son pays natal.
Sixième au classement général du 32e Tour de Beauce après quatre tranches sur six, le dernier espoir de sa formation pourtant débarquée en Beauce avec l'étiquette de favorite croit encore en ses chances de ravir le maillot jaune d'ici dimanche après-midi.
Il retrouvera ensuite la chaleur de son foyer floridien, avant de mettre le cap sur la Colombie, où il s'entraînera en juillet. Début août, il s'attaquera au Tour de l'Utah.