Après avoir enlevé les honneurs à Québec vendredi, l’Australien Michael Matthews a complété l’épreuve montréalaise de 16 tours en cinq heures, 19 minutes et 27 secondes.

Les Grands Prix là pour rester

Les Grands Prix cyclistes de Québec et de Montréal sont là pour rester, a assuré le président Serge Arsenault.

L’avenir semblait jusqu’ici incertain pour l’une des deux épreuves québécoises, puisque l’entente pour la tenue du Grand Prix cycliste de Québec est arrivée à échéance après la course de vendredi. Celle du Grand Prix cycliste de Montréal est encore valide pour un an. En entretien avec La Presse canadienne dimanche matin, Arsenault s’est fait rassurant.

«Premièrement, il n’y a pas de problème majeur. Et deuxièmement, j’attendais de rencontrer (le président de l’UCI) David Lappartient pour savoir quels seraient les produits qu’ils ont à vendre, a mentionné Arsenault. Ce n’est pas tellement qu’il y a des réticences. Moi-même, j’ai dit au maire Labeaume que nous allions devoir attendre de voir ce qu’on allait nous présenter avant de conclure une entente.»

L’incertitude au sujet des deux courses québécoises n’est pas seulement attribuable à l’arrivée à échéance des ententes actuelles entre les villes et les organisateurs des GPCQM. En conférence de presse dimanche matin, Lappartient a mentionné qu’une refonte de la structure des courses cyclistes internationales est en chantier, et que l’objectif est de la compléter pour 2020. Cette nouvelle structure permettrait de créer un nouveau circuit réservé aux classiques d’un jour, lequel comprendrait les GPCQM.

«Le calendrier, c’est un serpent de mer. Il n’est pas si facile à modifier. Que vous ayez deux épreuves en même temps, ce n’est pas nécessairement un problème. [...] Nous en discuterons lors d’une rencontre à Madrid mercredi prochain. Évidemment, nous savons que des pays comme la France, la Belgique et l’Italie sont des pays qui auront plus d’épreuves que les autres, par leur tradition cycliste, et donc l’objectif serait d’avoir environ 20 courses. Paris-Roubaix, le Tour de Lombardie, Milan-San Remo y seront, mais nous y serons aussi au Québec, mon cher Serge, avec les deux courses que vous avez», a précisé Lappartient.

Visibilité et rentabilité

L’objectif, pour l’UCI, serait ainsi d’augmenter la visibilité du cyclisme sur la scène internationale, mais également sa rentabilité, notamment par la mise sous contrat de nouveaux commanditaires et des ententes pour les droits de télédiffusions internationaux.

Lappartient a profité de la tribune pour reconnaître qu’il avait discuté avec Arsenault pendant deux ou trois heures samedi, «pour échanger nos vues sur la réforme du cyclisme». Cette rencontre semble s’être bien déroulée, comme l’a souligné Arsenault, dimanche.

«Le président de l’UCI a confirmé aujourd’hui où se situaient sur l’échiquier mondial les courses cyclistes de Québec et de Montréal, et là-dessus on peut dormir sur nos deux oreilles», a-t-il évoqué.

Arsenault s’est donc dit confiant de pouvoir annoncer sous peu une nouvelle entente qui sera valide «pour quatre, voire cinq ans», avant d’ajouter qu’il vise une entente similaire pour le volet montréalais de la seule escale nord-américaine de l’UCI World Tour.

Interrogé à savoir s’il est prêt à déplacer son événement afin d’éviter d’éventuels conflits avec la Vuelta comme c’est le cas depuis neuf ans, Arsenault a déclaré sans hésitation «non».

«C’est impossible de déplacer Montréal et Québec. Nos événements sont basés sur la fête du Travail, sur des dates précises et sur une météo extrêmement capricieuse vers la mi-septembre, a-t-il énuméré. De plus, il est très facile pour la Vuelta de devancer sa course d’une semaine. Beaucoup plus facile que de nous déplacer. Nous ne bougerons pas. Ç’a été clair avec le président de l’UCI. Il faut donc plus d’ouverture, plus de compréhension. Et ils le savent. Ce n’est pas que je sois obstiné; c’est que j’ai choisi ces dates-là dès le départ.»

Quant à savoir à quel moment de nouvelles ententes seront conclues avec Québec et Montréal, Arsenault a opté pour une approche diplomatique. Il a mentionné que «l’entente sera annoncée en temps et lieu», avant d’ajouter que «nous allons laisser passer les deux courses ce week-end, puis nous verrons. Mais ce sera avant la fin de l’année».

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MICHAEL MATTHEWS REJOINT GARRANS DANS L'HISTOIRE

Michael Matthews est devenu le deuxième coureur australien de l’histoire à balayer les honneurs des Grands Prix cyclistes de Québec et de Montréal au cours d’une même année, dimanche.

Matthews a complété l’épreuve de 16 tours totalisant 195,2 km en cinq heures, 19 minutes et 27 secondes, répétant ainsi l’exploit de son compatriote Simon Gerrans en 2014. Gerrans a d’ailleurs terminé 92e dimanche.

L’Australien avait grimpé sur la première marche du podium au Grand Prix cycliste de Québec, après avoir terminé deuxième en 2015 et troisième l’an dernier. Vendredi, le cycliste de l’équipe Sunweb s’était aisément imposé devant Greg Van Avermaet (BMC Racing) et Jasper Stuyven (Trek Segafredo).

«Quand j’ai vu Simon Gerrans accomplir cet exploit en 2014, j’ai trouvé ça spécial qu’un Australien parvienne à l’emporter et ça m’a donné le goût de tenter de l’imiter, a évoqué Matthews en conférence de presse d’après-course. Simon est un très grand coureur, et le fait que j’aie pu accomplir cet exploit devant lui - je crois qu’il a dit qu’il s’agissait de sa dernière course de l’UCI World Tour en carrière - ça m’a rendu super heureux.»

Le cycliste de l’équipe Sunweb a remporté le sprint final de groupe à l’arraché, devant l’Italien Sonny Colbrelli (Bahreïn-Merida) et le champion olympique Van Avermaet (BMC Racing). Matthews succède ainsi à l’Italien Diego Ulissi, qui l’avait emporté sur le Mont Royal l’an dernier.

«Sonny semblait très fort, et il a connu toute une course, a reconnu Matthews. J’étais préoccupé de le voir là, avant la dernière ascension, car je savais que ce serait difficile de l’emporter. J’ai donc puisé dans mes réserves pour me créer un coussin, et bien que j’aie perdu quelques roues dans les derniers mètres, je suis super content d’avoir pu me maintenir en tête.»

«Je suis déçu de n’avoir pu combler l’écart dans les 20 derniers mètres, parce que mon équipe a fait un travail incroyable, a ajouté Colbrelli. J’aurais vraiment aimé l’emporter, parce que j’avais de bonnes jambes.»

Boivin 19e

Guillaume Boivin, d’Israel Cycling Academy, fut de nouveau le meilleur Canadien, en dépit du fait qu’il a subi une fracture du plateau tibial en juin. Le Montréalais, qui s’était révélé le meilleur représentant de l’unifolié à Québec vendredi en vertu de sa 21e place, a récidivé dimanche et fini 19e avec le même temps que Matthews.

«J’avais de bonnes jambes à Québec, et c’était encore le cas aujourd’hui (dimanche) à Montréal, a dit Boivin. De plus, c’est la première fois que j’arrive pour la “gagne” à Montréal, donc je ne me plaindrai pas. Évidemment, à la fin, il m’a manqué un peu de jus pour prendre part au sprint, mais bon, ces deux résultats-là ce week-end vont me donner de la confiance pour le reste de la saison et l’an prochain.»

Boivin a notamment profité du fait que le parcours montréalais a été légèrement modifié par rapport aux années précédentes, ce qui a donné des maux de tête à certains cyclistes. Les organisateurs avaient en effet décidé d’ajouter une côte, entre le secteur de Côte-des-Neiges et celui du Mont-Royal, pour rallonger le parcours d’environ 700 m.

«C’était très différent cette année, a admis Boivin. L’échappée a roulé fort pendant toute la journée, donc pour qu’on reste à cinq ou six minutes d’elle, il fallait rouler fort; ce n’était pas une balade. Et vous avez vu, avec trois tours et demi à faire, quand (l’équipe) Lotto-Soudal a accéléré, certains se sont fait prendre parce que ce n’est pas à cet endroit-là que les hostilités commençaient les autres années.»

Hugo Houle, de Sainte-Perpétue, a quant à lui fini 102e à 13:40 de Matthews.

Houle, qui joue un rôle de soutien au sein de l’équipe Astana, a roulé pendant une bonne partie de la journée au sein d’un petit groupe de coureurs en tête, en compagnie de ses compatriotes Nigel Ellsay et Adam Roberge, ainsi que du Gallois Owain Doull.

Puis, avec environ trois tours à effectuer, le peloton principal a augmenté la cadence, mené successivement par le vainqueur du GPCM en 2015, Tim Wellens (BMC), les jeunes sensations slovènes Matej Mohoric (TBM) et Jan Polanc (UAE), ainsi que l’Autrichien Gregor Mühlberger (Bora-Hansgrohe). Ceux-ci ont toutefois mal joué leurs cartes, ouvrant la porte aux coureurs en embuscade.

En conséquence, l’avance de quatre minutes que Houle et compagnie s’étaient forgée devant le peloton principal avec environ 45 km à franchir s’est mise à fondre comme neige au soleil. Elle n’était plus que de 2:50 à 40 km de l’arrivée, et d’une minute sept kilomètres plus loin. Le groupe a finalement été rejoint avec 28 km à franchir, mettant la table pour le sprint final endiablé. Néanmoins, le Québécois s’est dit satisfait de sa performance.

«Mon plan, c’était de me faufiler dans l’échappée, a mentionné Houle. On a réussi à se forger un bel écart - on a accéléré fort avec quatre ou cinq tours à faire -, mais de toute façon l’objectif c’était uniquement de mettre de la pression sur les autres équipes. Je n’avais pas de super jambes aujourd’hui, j’ai souffert pas mal, mais je suis content d’avoir roulé à l’avant. C’était le fun