L'équipe canadienne de rafting féminin partira le 27 septembre pour le Japon, où elle participera à quatre épreuves : le sprint, les confrontations, le slalom et la descente, sa spécialité.

Les gladiatrices des eaux

Le jour, elles travaillent. Le soir et la fin de semaine, elles se transforment en gladiatrices des eaux, bravant les plus dangereux rapides des rivières de la région. Elles sont sept. Et elles représenteront le Canada aux prochains Championnats du monde de rafting, au Japon.
Sept femmes de la région, dans la vingtaine, qui se rejoignent trois fois par semaine pour vivre leur passion. Après leur journée de besogne, elles font 45 minutes de route, préparent leur matériel, se lancent sur la rivière, travaillent dur à nouveau. Et parcourent ensuite le chemin inverse.
Pendant que les Japonaises sont payées pour s'entraîner, les Canadiennes n'ont droit à aucune des subventions gouvernementales traditionnelles accordées aux sportifs amateurs. Elles rament donc pour le bonheur d'être ensemble, d'unir leurs efforts en quête de la descente la plus rapide. Pour fièrement représenter le pays, du 2 au 9 octobre, sur la rivière Yoshino, près de Miyoshi.
Le Soleil a rencontré trois des membres de l'équipe, il y a quelques jours. Une discussion de plus de 75 minutes, au cours de laquelle votre humble serviteur n'a posé qu'une douzaine de questions. Des passionnées, on vous disait.
«Je n'ai jamais calculé combien d'heures par semaine je consacrais à ça, si on inclut l'entraînement, les demandes de financement... Mais faudrait pas calculer, parce que j'ai l'impression que ce serait pas loin d'une job à temps plein», affirme Sarah-Jeanne Giroux.
«On met tellement d'efforts pour ça... Je vous en voudrais quand même un peu si vous ne mettiez pas autant d'efforts que moi», rigole Geneviève Desroches en regardant ses deux coéquipières.
Le groupe a gagné sa place pour le Japon à l'automne 2016 en remportant le championnat canadien, devant une seule autre formation. Le manque de compétition signale que leur sport demeure «marginal», et c'est Jeane Beaumont-Lapointe qui le dit.
Marginal et méconnu. «Souvent, les gens pensent qu'on fait du rafting de plaisance, où tu descends les rapides et tu te laisses aller en tenant la corde. Mais nous, c'est : pousse plus fort», explique Desroches. La descente de trois heures d'un groupe de néophytes, les filles la feront en moins de 40 minutes.
Préparer la relève
Leur présence au Japon permet de remplir un double objectif. Vivre une expérience unique face à l'élite mondiale, évidemment, mais aussi faire connaître leur sport, préparer une relève.
Qui est pour l'instant inexistante, étant donné le manque de femmes dans les disciplines en eau vive. Nos trois athlètes s'impliquent d'ailleurs dans le mouvement Pink Water, qui espère en attirer davantage dans ce milieu plutôt masculin. «On va être à l'âge, éventuellement, d'avoir des enfants, d'avoir des projets différents», poursuit Desroches, pour souligner l'urgence.
Leurs efforts commencent à porter leurs fruits. Le Soleil n'était pas le premier média rencontré. Et déjà, on les reconnaît davantage. «Les gens nous chantent l'hymne national canadien sur la rivière», illustre Desroches.
Elles partiront le 27 septembre pour le long voyage vers l'autre côté de la planète. Au Japon, elles participeront à quatre épreuves : le sprint, les confrontations, le slalom et la descente, leur spécialité.
Le Québec a déjà fait bonne figure aux Mondiaux de rafting. L'équipe canado-québécoise a même remporté les grands honneurs de cette compétition en 2009, en Bosnie, après avoir obtenu l'argent deux ans plus tôt, en Corée du Sud.
Les podiums se font rares depuis. Mais la formation canadienne 2017 se plaît à en rêver. «On a une équipe vraiment très polyvalente, souligne Beaumont-Lapointe. Une belle équipe qui se complémente énormément.»
Et si ça ne fonctionnait pas cette fois-ci, elles pourront se rabattre sur les Mondiaux à quatre, où elles sont aussi qualifiées. Ça se passera en Argentine, en 2018.
Les sept membres de l'équipe
Jeane Beaumont-Lapointe, 28 ans, responsable des ressources humaines
Marie-Pier Bédard, 29 ans, enseignante en adaptation scolaire
 Véronique Delisle, 28 ans, enseignante en éducation physique
Geneviève Desroches, 28 ans, enseignante en sciences au secondaire
Sarah-Jeanne Giroux, 28 ans, enseignante en droit au collégial
Charlotte Raymond, 24 ans, officier d'infanterie dans l'armée canadienne
Marie-Janick Robitaille, 28 ans, cartographe