Menashe Kestenbaum, pdg de la société médiatique numérique Enthusiast Gaming, de Toronto.
Menashe Kestenbaum, pdg de la société médiatique numérique Enthusiast Gaming, de Toronto.

Les eSports, une affaire de gros sous

Alors que presque toutes les ligues et compétitions sportives sont suspendues et que plusieurs doivent se résoudre à regarder les reprises de vieux matchs Canadiens-Nordiques, il est un domaine qui est affecté positivement par les mesures de confinement : celui des sports électroniques.

«Pour nous, on peut dire que les mesures mises en place pour prévenir la pandémie de COVID-19 ont eu un effet positif : de plus en plus de gens qui veulent regarder des sports compétitifs se tournent vers les eSports. Le trafic a doublé sur plusieurs de nos plateformes», explique M. Menashe Kestenbaum, pdg de la société médiatique numérique Enthusiast Gaming, de Toronto. L’entreprise possède aussi l’équipe de eSports Luminosity Gaming.

«Plusieurs personnes sont confinées chez elles, alors elles jouent davantage aux jeux vidéo, elles vont davantage sur Internet et elles regardent davantage de plateformes de diffusion de jeux vidéo en continu comme Twitch ou Mixer», résume-t-il.

Du sérieux

Pour Enthusiast Gaming, les jeux vidéo, c’est du sérieux avec beaucoup de gros sous à la clé. L’entreprise a généré des revenus de 10 millions $ au dernier semestre de 2019.

La majorité des revenus proviennent de la publicité et des commandites. «Les prix remportés dans les tournois ne font pas partie de nos prévisions, c’est notre auditoire qui est le nerf de la guerre», indique M. Kestenbaum.

L’équipe de eSports Luminosity, qui en est à sa quatrième année, emploie une soixantaine de joueurs professionnels payés à un salaire variant entre 150 000 $ et 600 000 $ par an chacun en plus des commandites qu’ils peuvent dénicher à titre personnel. 

«Les joueurs embauchés dans des équipes professionnelles de eSports sont comme les sportifs de haut niveau : ils représentent la tranche supérieure de 0,01 % du talent. Ils gagnent des prix dans les tournois et, surtout, les gens aiment les regarder jouer. Ils sont comme les influenceurs les plus suivis. Nous embauchons plusieurs joueurs professionnels qui ont un grand auditoire», explique M. Kestenbaum.

Comme Rogers et Bell

Et pour ce qui est des équipes de eSports, le pdg d’Enthusiast Gaming les compare davantage à Rogers et Bell, des sociétés médiatiques qui possèdent les Maple Leafs, les Blue Jays, les Raptors et les Argonauts de Toronto ainsi que le Toronto FC, qu’à une équipe sportive comme le Canadien de Montréal ou les Dodgers de Los Angeles.

«Chaque jeu vidéo est un eSport différent et toute bonne organisation engage des joueurs de plusieurs jeux différents comme Fortnite, Call of Duty, Overwatch ou Valorant. Nous possédons aussi des plateformes pour diffuser des contenus concernant nos joueurs et nous pouvons vendre de la marchandise, des commandites», poursuit-il.

Quant au recrutement, ça se déroule comme dans les autres sports. «Pour les joueurs de très grand talent, il faut négocier avec leur agent. Il y a cinq ou six agences qui représentent les joueurs. Pour le reste, nous avons des dépisteurs, dont Steve Maida qui est pdg de Luminosity», poursuit M. Kestenbaum.

Maida est celui qui a découvert l’Américain Richard Tyler Blevins, alias «Ninja», maintenant la plus grande vedette de eSports au monde avec ses 14 millions d’abonnés sur Twitch avant qu’il ne signe un contrat avec Microsoft pour se produire exclusivement sur la plateforme concurrente Mixer. 

«Ninja a débuté avec nous et tout a explosé au milieu de son contrat. Il a quitté quand Microsoft lui a offert un très gros contrat», poursuit le pdg d’Enthusiast Gaming. On chuchote que l’entente aurait rapporté 100 millions $ à Blevins, qui avait déclaré des revenus de 10 millions $ en 2018.

«C’est plus payant pour une équipe de eSports de mettre les joueurs sous contrat tôt. Ainsi, environ la moitié de nos joueurs sont d’un moins haut niveau, mais on estime qu’ils pourraient devenir éventuellement des superstars eux aussi.» Bref, pour Luminosity, le défi est de trouver le prochain «Ninja»!

Vedettes du sport

Luminosity met également sous contrat des vedettes des sports traditionnels, par exemple le lanceur des Twins du Minnesota Trevor May, le hockeyeur Max Domi du Canadien et son père Tie ainsi que le demi de coin Richard Sherman des 49ers de San Francisco.

«Ce sont des gars qui adorent les jeux vidéo. Ils deviennent alors des ambassadeurs de notre marque et parfois même des actionnaires. Ils vont jouer dans des tournois sur invitation, pour des événements promotionnels. Récemment, Richard Sherman a d’ailleurs affronté Darius Slay des Eagles de Philadelphie à Call of Duty, un événement qui a permis d’amasser

2,7 millions $ pour combattre la COVID-19», signale M. Kestenbaum.

Une belle façon pour l’organisation de sports électroniques de redonner à la société en cette période de confinement où ce domaine des loisirs est l’un des rares à voir ses revenus augmenter pendant que l’économie fonctionne au ralenti.