Les tirs du releveur des Yankees de New York, Aroldis Chapman, franchissent régulièrement la barrière des 100 milles à l'heure.

Les dangers de la balle rapide

Même le puissant Jose Canseco ne croit pas qu'il pourrait faire face aux lanceurs d'aujourd'hui jour après jour.
Menés par les Aroldis Chapman et autres Noah Syndergaard, les lanceurs du baseball majeur qui propulsent leurs offrandes à 100 m/h ou plus ont tendance à devenir la norme plutôt que l'exception de nos jours.
«À mon époque, il y avait de gros et puissants lanceurs, des gars qui donnaient vraiment un bon spectacle, mais je crois qu'aujourd'hui les gars lancent vraiment plus fort. Ces jeunes sont incroyables», n'hésite pas à affirmer Canseco, qui a disputé son dernier match dans les grandes ligues en 2001. 
«Plusieurs partants lancent régulièrement à 100 m/h, on ne voyait pas ça avant. Auparavant, on considérait plutôt qu'une bonne balle rapide se situait autour de 92-93 m/h. Dans tout ça, il faut aussi donner du crédit aux frappeurs qui ont moins de temps pour réagir. Ils doivent faire face à deux ou trois gars dans chaque rotation qui lancent à 95 m/h ou plus dans une rotation, sans oublier les releveurs.»
L'exemple ultime pour appuyer les dires de Canseco est Chapman. L'an dernier, le gaucher a brisé la barrière des 100 m/h sur 538 de ses 972 lancers effectués avec les Yankees de New York et les Cubs de Chicago, un pourcentage ahurissant de 55,35 %. Outre le Cubain - dont les lancers atteignent régulièrement 102 ou 103 m/h - 30 autres lanceurs des majeures ont fait osciller le radar à 100 m/h au moins une fois.
Pas loin derrière Chapman, on retrouve Mauricio Cabrera, des Braves d'Atlanta, qui a atteint la marque magique 344 fois sur 644 (53,42 %). Chez les partants, Syndergaard, dont le nom figure actuellement sur la liste des blessés des Mets de New York, a lancé dans les trois chiffres à 94 reprises.
«Je crois qu'il n'y a rien de plus d'excitant au baseball qu'un gars qui peut lancer à la fois avec contrôle et avec force», a déclaré Rich «Goose» Gossage, ancien releveur qui a connu une fructueuse carrière de 22 saisons. «Les frappeurs savent que c'est une balle rapide qui va arriver et à cette vitesse c'est : ''frappe-la si tu peux''.»
Exigeant pour le bras
Cette formidable puissance entraîne toutefois une importante question : combien de temps le bras peut-il supporter une telle puissance?
La saison dernière, 18 lanceurs réguliers des majeures ont dû passer sous le bistouri pour faire remplacer des ligaments dans leur coude, opération bien connue sous le nom de «Tommy John». Un nombre élevé, mais tout de même moins que les 36 qui avaient été contraints de subir la «célèbre» intervention en 2012. 
«C'est devenu un sujet courant dans les milieux du baseball. C'est évident que la vélocité des lancers a augmenté», constate Stan Conte, un ancien soigneur chez les Giants et les Dodgers maintenant devenu consultant. «Même si le nombre de Tommy John a descendu dans les majeures, elles sont en augmentation dans les ligues mineures, et il n'y a aucun doute que ça a un lien direct avec le stress qu'impose aux ligaments une telle vélocité.»
Interrogé à ce sujet, le receveur Stephen Vogt, des A's d'Oakland, a fait part de ses inquiétudes concernant la santé des artilleurs. Le receveur de 32 ans va même jusqu'à qualifier de «dangereuse» cette tendance qu'ont les jeunes lanceurs à vouloir lancer fort à tout prix, au détriment du contrôle.
«On voit plusieurs jeunes arriver ici, lancer le plus fort possible, à 95-98 m/h pendant toute la saison et puis ils reviennent l'année suivante, avec le bras mort. Je ne crois pas que le corps soit fait pour supporter ça. Celui qui peut le faire sans se blesser pendant plusieurs saisons est tout simplement une anomalie. Mais c'est devenu la façon de penser des organisations. Laissons le jeune lancer le plus fort possible et puis, passons ensuite au prochain''. Je n'aime pas cette mentalité», affirme Vogt, qui ne croit pas qu'on rende service aux jeunes lanceurs en ne les contrôlant pas davantage.
«Des releveurs qui vont faire des carrières de 15 ans ou plus, il y en aura de moins en moins. Les lanceurs arrivent plus jeunes dans les grandes ligues, donnent tout ce qu'ils ont, car on ne leur donne pas le choix, on leur dit que si ils lancent à moins de 95 m/h, ils n'auront pas leur chance. Personne ne leur montre réellement à lancer, l'enseignement ne tourne uniquement qu'autour de la vélocité, maintenant. Je constate ce problème régulièrement quand des écoles secondaires me demandent d'agir comme receveur dans l'enclos. Je dois me jeter au sol régulièrement pour capter des lancers de la part de jeunes qui ne pensent qu'à la vitesse. Quand je leur demande sur quoi ils travaillent, ils me répondent inévitablement qu'ils veulent lancer fort.»
Le gérant des Pirates de Pittburgh, Clint Hurdle plaint les frappeurs qui doivent, en fin de rencontre, composer avec les balles de feux de releveur tels Chapman. «Le baseball est en amour avec la vélocité. Je ne sais pas combien de temps durera cette lune de miel, mais elle est bien réelle.»