Même si, à 1m88, Zhao Lina attire les agences de mannequins, la gardienne de but préfère arrêter des ballons que défiler sur les podiums.

Les crampons avant la mode

SHANGHAI — C’est le visage de l’équipe féminine chinoise de soccer : la gardienne de but Zhao Lina, dont le physique impressionnant culmine à 1m88 (presque 6’2’’) et attire les agences de mannequins, se bat pour donner aux joueuses de son pays davantage de visibilité.

Le pays asiatique, dont le président Xi Jinping est fan de ballon rond, ambitionne d’organiser et un jour de remporter la Coupe du monde masculine.

Les clubs chinois dépensent des sommes folles pour attirer joueurs et entraîneurs étrangers, tandis que les autorités encouragent la construction d’infrastructures et la pratique du soccer chez les jeunes.

Parmi ces vedettes internationales venues jouer en Chine figure l’attaquant argentin Carlos Tevez. Avant de quitter le club début 2018, il empochait au Shanghai Shenhua 730 000 euros (1,1 M$CAN) par semaine, selon la presse.

Pour sa part, Zhao Lina, 26 ans, qui a participé aux Jeux olympiques de Rio en 2016 et qui compte plus de 50 sélections en équipe nationale, gagne seulement 10 000 yuans par mois (environ 2000 $CAN) dans son équipe du Shanghai Rural Commercial Bank. Et elle est la mieux payée.

Son salaire est «loin d’être suffisant» et la jeune joueuse compte bien gagner davantage, explique-t-elle. Mais son principal objectif reste d’intéresser le grand public au soccer féminin.

Toutes les membres de son équipe sont professionnelles. Elles jouent leurs matchs à domicile dans une université de Shanghai.

«Le stade est seulement à moitié plein, alors même qu’il ne peut accueillir que quelques centaines de personnes», se désole Zhao Lina.

«À part mes parents et ceux de mes coéquipières, il y a peut-être quelques dizaines de vrais supporters qui viennent voir les matchs. Mais le soccer féminin chinois est habitué à ça.»

Redoutées, mais ignorées 

Ce n’est pas faute de résultats. Car si la sélection nationale masculine fait l’objet de railleries pour ses piètres résultats (une seule participation à une Coupe du monde, en 2002), les femmes sont redoutées sur la scène internationale.

Surnommées les «Roses d’acier», elles ont remporté huit Coupes d’Asie, pointent à un honnête 17e rang mondial au classement de la FIFA, et sont qualifiées pour le Mondial féminin 2019 qui se déroulera en France.

Les rencontres de l’équipe nationale féminine sont régulièrement diffusées à la télévision. Mais Zhao Lina se désole du manque d’attention porté aux matchs de son équipe.

«Si personne ne vient nous voir jouer, à quoi bon?» s’interroge-t-elle après une dure séance d’entraînement sous le soleil shanghaïen.

«Les gens ne savent même pas qu’il y a des clubs pros de soccer féminin. Ils s’imaginent qu’on travaille la journée et qu’on s’entraîne le soir», sourit Zhao Lina.

«Des fois je trouve qu’on est dans une situation un peu désolante, car on se donne à 100 % comme les hommes, mais sans la même reconnaissance ni le même salaire.»

Sur le canapé

Avec son agilité, sa grande taille et son physique avantageux, Zhao Lina a déjà tapé dans l’œil d’agences de mannequins voulant la recruter. Mais son entraîneur a opposé son veto.

La joueuse, qui s’est fait tatouer son surnom «Nana» sur la main, a toutefois vraiment pensé à quitter le soccer. Notamment pendant ses périodes de blessure ou de lassitude.

«Je suis allée voir des agences de mannequins. Je voulais essayer. Mais j’ai découvert que je ne voulais pas faire ça», explique Zhao Lina.

Cette férue de musique est également une batteuse avertie et espère un jour monter son propre groupe.

Courtisée par des clubs étrangers, elle préfère rester à Shanghai, où vit encore sa famille. Celle-ci la soutient avec ferveur, même si sa mère ne voyait au départ pas d’un bon œil la passion de sa fille pour le soccer.

Zhao Lina a grandi avec ses parents et ses grands-parents dans un petit appartement, où elle dormait sur un canapé de la chambre parentale.

«Je veux gagner davantage d’argent, pour pouvoir leur payer un nouveau logement», explique-t-elle.

«J’espère que le salaire des joueuses va augmenter. Mais surtout, j’espère que davantage de gens suivront le soccer féminin.»