En 1999, le propriétaire Miles Wolff et Jay Ward, premier gérant de l’histoire des Capitales, se lançaient à la conquête de Québec.

Les Capitales soufflent 20 chandelles

À l’occasion du 20e anniversaire des Capitales de Québec et à l’approche du début de la saison 2018 de la Ligue Can-Am, jeudi, Le Soleil revient sur le parcours de l’équipe de baseball indépendant et retrace les grands moments de son histoire. Un retour dans le passé à découvrir, en version papier et sur nos plateformes numériques.

LA FIERTÉ DE MILES WOLFF

Il y a 20 ans, Miles Wolff avait eu un coup de cœur pour le vieux stade de baseball du parc Victoria. Le premier propriétaire des Capitales de Québec n’aurait cependant jamais pu prédire que cette franchise prendrait une telle place dans la communauté et deviendrait un pilier du baseball indépendant. Retour sur l’une des plus belles expériences de sa vie.

«Je suis beaucoup plus fier que surpris par le succès des Capitales au fil des ans. C’est fou tout ce qui a été accompli depuis la fondation de l’équipe, et leur impact dans la communauté m’impressionne toujours», admet le commissaire de la Ligue Can-Am en marge du 20e anniversaire de l’équipe.

L’Américain de la Caroline du Nord a administré les Capitales pendant ses 11 premières saisons avant de les vendre à Jean Tremblay, en 2010. Il n’a jamais recherché la gloire ou la fortune avec cette entreprise, mais son flair lui laissait croire au potentiel du baseball à Québec.

«Pour ma famille et moi, les Capitales ont été une belle aventure, une expérience incroyable. Nous avons aimé tout le temps passé en ville, nous aimons encore beaucoup Québec», précise celui qui vient tout juste de vendre sa maison située à quelques coins de rue des plaines d’Abraham.

Invité à Québec à l’initiative d’André Lachance et Jean-François Côté, deux mordus de baseball, Wolff avait décidé d’investir pour faire renaître le baseball au Stade municipal, qui a ensuite bénéficié d’investissements des autorités municipales après avoir été laissé à l’abandon pendant plusieurs années.

«Quand vous lancez une nouvelle équipe, personne ne sait si ça fonctionnera ou non. Il n’y a aucune garantie de succès immédiat. Mais à Québec, il y avait un excellent bassin de fans, un stade chaleureux, un historique de baseball, etc. Le hasard a voulu qu’on arrive quelques saisons après le départ des Nordiques, nous avons donc pu embaucher des employés qui s’y connaissaient en matière de vente de billets», reconnaît-il d’emblée.

Des vies changées

L’expertise personnelle de Wolff allait aussi dans le même sens. Au-delà de la victoire et de l’identité des joueurs, il savait comment administrer un club de baseball, notamment avec sa gestion des Bulls de Durham, rendus populaires par le film Bull Durham, titré La Belle et le vétéran dans sa version québécoise.

«Ce qui a aussi beaucoup aidé les Capitales, c’est la couverture qu’offraient les deux quotidiens de Québec. La chasse aux primeurs qu’ils se faisaient et l’espace consacré aux Capitales nous permettaient d’avoir beaucoup de visibilité. Le reste s’est enchaîné, l’arrivée de joueurs québécois a aidé, le club est devenu plus compétitif et a commencé à gagner des championnats.»

Wolff ne peut s’empêcher d’identifier Michel Laplante comme visage de la franchise. Il n’a jamais regretté de l’avoir sorti du Wisconsin afin de participer au lancement de l’équipe, en 1999. Vingt ans plus tard, Laplante est encore la pièce maîtresse des Capitales.

«Michel est un visionnaire, autant pour les Capitales que pour la Ligue Can-Am. Par exemple, son idée d’un dôme assurera la rentabilité du terrain à l’année et non pas seulement pendant une cinquantaine de soirs par été. À titre de commissaire, je n’hésite pas à dire que Québec est la meilleure franchise de la Ligue.»

Il se réjouit aussi de l’impact des Capitales dans la vie de certains joueurs, comme Eddie Lantigua, Goefrey Tomlinson, Brad Purcell et quelques autres qui résident toujours à Québec même si leur carrière est terminée. «Les Capitales ont changé leur vie, ils ont fait et font toujours travailler beaucoup de monde.»

Ils ont aussi changé celle de sa famille, puisque ses enfants ont fréquenté l’école secondaire Quebec High School pendant quelques années et appris le français.

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En 1999, Miles Wolff et les Capitales accueillaient le lanceur Michel Laplante, qui est aujourd’hui président de l’équipe.

TEMPÊTE PARFAITE ET EFFET DOMINO

À une certaine époque, on se demandait si les Capitales de Québec allaient pouvoir continuer leurs activités. L’équipe n’était pas rentable, la Ligue Can-Am survivait avec quatre équipes. Puis, les astres se sont alignés, au point où la question ne se pose plus.

«J’ai de la misère à croire qu’on ne fera pas cinq ans de plus. Il fallait que la séquence soit parfaite pour se rendre à 20, je peux maintenant affirmer qu’il y aura un 25e», admet le président Michel Laplante, en marge du 20e anniversaire de l’équipe.

Ce carrefour, les Capitales l’ont franchi au milieu des années 2000. Trois étincelles ont allumé la flamme, qui ne cesse de briller depuis ce temps.

«Après la saison 2004, on pensait ne pouvoir jamais être rentables. À chaque année, on perdait de l’argent. Puis, il y a un enchaînement qu’on ne pouvait pas prévoir. En 2005, Eddie Lantigua a connu une saison magique au bâton [31 circuits et 112 points produits], puis en 2006, l’arrivée de Jacques Doucet à la description a été appréciée par les amateurs et on a gagné notre premier championnat. Ce fut la tempête parfaite», indique celui qui était à barre de l’équipe pour cette première conquête.

La tête sortie de l’eau

Les Capitales pouvaient enfin sortir la tête de l’eau. Il y avait une lueur d’espoir pour ces gens qui croyaient au produit, qui vendaient ce divertissement des mois d’été.

«Peut-être y a-t-il du potentiel, que l’on se disait. Ensuite, les joueurs du Québec ont commencé à se pointer dans le vestiaire, d’autres d’ailleurs s’établissaient en permanence en ville. En 2009, les meilleurs joueurs québécois de leur époque jouaient tous avec les Capitales, à l’exception de Russell Martin, qui était dans les majeures», rappelle Laplante.

Éric Gagné, Pierre-Luc Laforest, Karl Gélinas, Patrick Scalabrini, Michel Simard, Ivan Naccarata, Patrick D’Aoust, Patrick Deschênes, Sébastien Boucher, Goefrey Tomlinson, Eddie Lantigua, voilà autant de noms auxquels les partisans pouvaient s’identifier. L’équipe s’implique beaucoup dans la communauté, et n’a pas cessé de le faire depuis.

Grand respect pour Miles Wolff

Mais tout cela n’aurait pas pu avoir lieu si le propriétaire de l’équipe n’avait pas fait confiance à Laplante, en 2007. En route vers un second championnat d’affilée, la foudre s’abat sur les Capitales lors d’un match, où quatre joueurs tombent au combat en même temps. Le lendemain, Wolff présente une liste de candidats pour remplacer Scalabrini, Tomlinson, Deschênes et Gélinas.

«J’ai dit non, je ne les remplace pas. Si on le fait, on va les perdre. Il fallait sacrifier le reste de la saison pour le bien de l’avenir. Si on ne l’avait pas fait, on n’en serait peut-être pas là, aujourd’hui. Normalement, le rôle est inversé, des joueurs se blessent, le gérant est en panique. Dans notre cas, c’est le propriétaire qui parlait de baseball, tandis que moi, je pensais à l’organisation», souligne celui qui voue toujours un grand respect à Wolff pour son implication.

Son successeur Jean Tremblay possède la même approche : s’impliquer par passion pour le bien de la communauté et non pas par intérêt personnel. Une philosophie identique à celle de la famille Tanguay, qui a toujours été bonne conseillère pour les Capitales.

«On a beau être bon sur le terrain, s’il n’y avait pas eu des mécènes comme Miles et Jean, on n’existerait plus», soutient Laplante, en notant que l’équipe a connu sa plus grande progression aux guichets lors des trois saisons où elle n’a pas remporté le championnat de 2014 à 2016. Comme quoi les Capitales sont bien plus que du baseball, comme le dit leur slogan.

«La dernière pièce de l’effet domino, c’est le terrain synthétique et le dôme. Ce projet enlève l’épée de Damoclès qu’on avait sur la tête. Les Capitales et les Diamants n’occupent plus le Stade Canac que 12 % du temps au lieu de 100 % comme avant, soit 440 heures sur plus de 3800», notait-il quelques jours avant le démontage de la fameuse bulle blanche.