Les Alouettes ont annoncé mercredi matin le congédiement de l'entraîneur-chef Jacques Chapdelaine.

Les Alouettes virent Jacques Chapdelaine

C'est le jour de la marmotte chez les Alouettes de Montréal. L'équipe a annoncé mercredi matin les congédiements de l'entraîneur-chef Jacques Chapdelaine et de son adjoint Noel Thorpe.
C'est le directeur général Kavis Reed qui assurera l'intérim jusqu'à la fin de la saison. Il devient ainsi le sixième entraîneur-chef du club depuis le départ de Marc Trestman, en 2012.
«Ce matin, à 6h15, nous avons informé Jacques Chapdelaine et Noel Thorpe que nous allions continuer sans eux, a déclaré Reed avant de diriger son premier entraînement à Montréal. Cette décision a été prise au cours des dernières semaines. Il s'agit de notre vision, de nous assurer de bâtir une franchise qui connaîtra du succès maintenant et dans l'avenir.»
Les joueurs l'ont appris quelques minutes plus tard.
«Je comprends que nous sommes 3-8 et qu'on a vécu des insuccès autant en défense, mais surtout en attaque, mais je ne m'y attendais pas, a affirmé Luc Brodeur-Jourdain. Nous avons encore un vestiaire uni et nous avions encore un lien de confiance envers notre entraîneur, mais c'est une décision de l'organisation et on s'en va dans une nouvelle direction.»
«Ça a été un peu surprenant. Nous ne l'avions pas vu venir, a ajouté le secondeur Kyries Hebert. Mais nous n'avons pas le temps de nous en faire avec cela : nous devons retourner immédiatement au boulot. Comme athlètes professionnels, vous savez que les gens en place peuvent rapidement changer.»
Depuis 2006, c'est la quatrième fois que le directeur général des Alouettes agit également comme entraîneur-chef.
«Que ce soit très clair : il ne s'agit pas de déjà vu, a assuré Reed. Il ne s'agit pas du désir de Kavis Reed de revenir sur les lignes de côté. Quand la décision a été prise avec la haute direction, ça a été clairement statué qu'il ne s'agissait que d'un intérim. Il y aura un autre entraîneur-chef des Alouettes qui ne s'appellera pas Kavis Reed, peu importe ce qui se passe à compter de maintenant.»
Greg Quick, entraîneur de la ligne défensive, appellera les jeux défensifs. Pour sa part, l'ancien quart-arrière étoile Anthony Calvillo sera responsable d'appeler les jeux en attaque jusqu'à la fin de la saison.
Ces congédiements surviennent quelque 24 heures après que le copropriétaire de l'équipe, Andrew Wetenhall, eut dit mardi que les déboires des Alouettes étaient la responsabilité des joueurs et des entraîneurs. Le président du club, Patrick Boivin, avait également évoqué les ventes plus difficiles aux guichets, attribuables en grande partie aux résultats sur le terrain.
«Nous y pensions depuis quelques semaines, a par contre affirmé Reed. Nous devions nous assurer que cette décision était en parfaite harmonie avec la direction que nous voulons donner à cette organisation. Il n'y a jamais de bon moment, mais c'est le moment que nous jugeons le meilleur.»
Il y a moins d'un an que Chapdelaine avait été nommé entraîneur-chef par intérim. On lui avait confié le poste en permanence le 14 décembre dernier. En 17 rencontres à la barre de l'équipe, il a conservé une fiche de 7-10, dont 3-8 cette saison.
Les Alouettes ont été incapables de remporter un seul de leurs cinq matchs à l'étranger en 2017, ne conservant par ailleurs qu'une fiche de 3-3 à domicile.
Quant à Noel Thorpe, la saison 2017 était sa cinquième en tant que coordonnateur défensif des Alouettes. On lui a confié le poste d'adjoint à l'entraîneur-chef il y a quatre ans. Il s'était joint au personnel d'entraîneurs des Alouettes en 2002.
Réputée comme la meilleure du circuit pendant plusieurs années, la défense des Alouettes a connu quelques ratés cette saison. Pourtant, ce n'est pas la lecture qu'en a fait Reed.
«Tout est relatif. Quand nous prenons ce genre de décision et disons que c'est pour le bien de l'équipe, nous regardons ses fondations. Si elles sont juste correctes, ce n'est pas assez bon pour nous. Nous croyions que notre défense était très bonne, mais pas l'une des défenses élites du circuit», une déclaration qui a surpris l'ensemble des journalistes sur place, mais pas tellement les membres de l'unité défensive.
«Ça vous dit quelles sont les attentes de Kavis Read, a noté le demi défensif Chip Cox. Si votre d.g. veut que vous en donniez plus, mon travail à moi c'est de lui en donner plus.»
Reed a été entraîneur-chef des Eskimos d'Edmonton, de 2011 à 2013, compilant une fiche de 22-32. Il n'a connu qu'une saison victorieuse, sa première, avec une fiche de 11-7. Il avait perdu en finale de l'Ouest cette année-là. Il a une fiche de 1-2 en matchs éliminatoires de la LCF.
Depuis que Jim Popp a remplacé Don Matthews le long des lignes de côté en octobre 2006 - Matthews avait alors quitté pour des raisons de santé - et qu'il est revenu pour la saison 2007, les Alouettes ont vu sept entraîneurs défiler : Trestman (2008 à 2012), Dan Hawkins et Popp (2013), Tom Higgins (2014-15), Popp (2015-16), Chapdelaine (2016-17) et Reed.
Viré en... 20 secondes
Même s'il n'est pas forcément surpris d'avoir été congédié, Jacques Chapdelaine (au centre) ne comprend pas pourquoi il s'est fait montrer la porte, le dg Kavis Reed ne lui ayant donné aucune explication.
S'il admet que les résultats n'étaient pas au rendez-vous, Jacques Chapdelaine a bien du mal à expliquer les raisons de son congédiement. Tout simplement parce que le dg Kavis Reed ne les lui a pas données.
«Ça a peut-être pris 20 secondes», a dit Chapdelaine, mercredi. «J'étais en réunion avec les entraîneurs en offensive, comme on le fait chaque jour, à 6h15. Vers 6h20, Kavis a frappé à la porte. Il a demandé à me voir et m'a dit simplement : ''Ce ne sera pas très long Jacques. J'ai reçu un appel tard hier [mardi soir] et nous allons aller dans une autre direction", simplement. Je n'ai pas questionné, j'ai compris. Ce n'était pas une phrase qui menait à une discussion. Elle présentait une information tout simplement.
«Je te mentirais si je te disais qu'avec la fiche que nous avons, dans le métier qu'on pratique, on ne soupçonnait pas que quelque chose puisse arriver. Ceci étant dit, jamais je ne travaillais avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. On allait de l'avant, tout simplement.»
Même s'il a affirmé le contraire plus tôt aux journalistes affectés à la couverture de l'équipe, Reed n'a jamais invité Chapdelaine discuter davantage avec lui plus tard en journée. «C'est drôle, car les choses se sont produites assez rapidement ce matin. Je comprenais que j'avais à peu près 10 minutes pour vider mon espace de travail et que je pourrais retourner récupérer mes effets personnels le soir. Je ne sais pas si j'aurai une autre discussion. Kavis n'a pas indiqué d'une façon ou d'une autre qu'il comptait me reparler.»
Aucun regret
Gentilhomme, Chapdelaine, qu'on a limogé après avoir compilé un dossier de 3-8 en 2017 et de 7-10 au total à la barre des Alouettes, n'a pas voulu critiquer le travail de qui que ce soit au sein de l'organisation. «Quand tu travailles, tu mets notre énergie sur la préparation de match, mais tu as aussi pleine confiance en tes dépisteurs, afin qu'ils te fournissent le meilleur talent possible. Après cela, tu travailles avec les joueurs que tu reçois et tu tentes de faire le meilleur travail possible dans ces conditions», a-t-il notamment répondu quand on lui a demandé s'il jugeait avoir eu tous les effectifs nécessaires pour connaître du succès. 
Et il n'en veut pas à Andrew Wetenhall, qui a tenu de durs propos à l'endroit des opérations football du club mardi, lors du tournoi de golf de l'équipe. «Andrew Wetenhall doit être honnête avec tout le monde, car s'il ne l'est pas, je ne sais pas si ça va être bien reçu de nos partisans, qui veulent des réponses franches et honnêtes. Personne n'est satisfait de la saison jusqu'ici. Certainement qu'Andrew ne l'est pas. Je comprends entièrement sa position et je respecte la façon dont il voyait les choses.»
Malgré cette sortie rapide, Chapdelaine ne regrette pas son séjour à Montréal. «J'étais rendu à un certain point dans ma carrière où les opportunités deviennent moins fréquentes que pour un jeune entraîneur», a dit celui qui a passé la journée dans le Vieux-Port en compagnie de sa femme. «Il y a toujours un risque dans toutes ces opportunités. J'étais prêt à prendre le risque et j'ai trouvé que ça en valait la peine.»
Ils ont dit...
«Je pense qu'on se sent tous responsables. Je ne vais pas prendre tout le blâme, mais c'est certain que nous avons notre part des responsabilités»
Le quart-arrière Darian Durant
«Les commentaires de notre propriétaire étaient clairs : de la stabilité dans l'échec, on n'en veut pas ça. Le message était clair et puissant; on en a le résultat aujourd'hui. Mais pour moi, c'était une surprise »
Luc Brodeur-Jourdain, au sujet des propos tenus mardi par Andrew Wetenhall
«Il y avait des froids avec certains joueurs. Mais je pense que c'est comme n'importe lequel patron : on ne s'entend pas toujours avec son patron»
Le secondeur Nicolas Boulay, au sujet de Noel Thorpe
«Si j'avais toutes les réponses, je toucherais un bien plus gros salaire»
Kyries Hebert, lorsqu'on lui a demandé si changer d'entraîneur-chef chaque saison minait la crédibilité de l'organisation
«Les dieux du football m'ont réveillé ce matin avec un sourire sur le visage. Wow JC et NT, j'aimerais voir vos visages en ce moment»
Anwar Stewart. Sur Twitter, l'ex-ailier défensif et ancien coach de la ligne défensive des Alouettes s'est réjoui du congédiement de Thorpe et de Chapedelaine