Patrick Roy

Patrick Roy pensait juste à survivre

Aucun débat, dossier rapidement classé. À l’unanimité, notre comité a choisi le gardien de but Patrick Roy comme étant le meilleur joueur de hockey de l’histoire de la LNH ayant vu le jour dans la grande région de Québec/Chaudière-Appalaches. Dès son arrivée avec le Canadien de Montréal, le numéro 33 a commencé à développer sa légende.

Au bout de sa carrière de 18 saisons, il avait signé 551 victoires, remporté quatre Coupes Stanley, trois titres de joueur le plus utile des séries et reçu le trophée du meilleur gardien de la LNH à trois reprises. Il a été intronisé en 2006 et son célèbre numéro a été retiré à la fois par le Canadien et l’Avalanche.

«Je me souviens de mes premiers pas dans la LNH, et je pensais pas mal plus de survivre à l’intérieur de cette grande équipe que de me demander si j’allais gagner quatre fois la Coupe Stanley, que mon chandail serait retiré ou si j’allais être admis au Temple de la renommée. C’est drôle, mais je m’étais toujours dit qu’une fois à la retraite, je prendrais le temps de regarder ce que j’ai fait pendant ma carrière, mais j’ai arrêté de jouer en 2003, et on dirait que je ne l’ai pas encore fait. Les marques de reconnaissance viennent toujours me chercher et me permettent d’apprécier ce que j’ai accompli», disait-il au Soleil, récemment.

Au fil du temps, le gardien a disputé de grands matchs. À sa première saison, en 1985-1986, il remportait la Coupe Stanley; en 1993, son fameux clin d’œil est passé à l’histoire; il a ensuite permis à l’Avalanche de trôner au sommet en 1996 et 2001.

«J’ai toujours trouvé plus facile de me concentrer dans les séries. Tout ce que je faisais, c’était en fonction du match qui s’en venait, d’analyser l’adversaire, etc. On aurait dit que plus c’était intense, plus j’aimais ça. Il n’y avait pas de limite à ce que je pouvais faire pour gagner», raconte celui qui reste, à ce jour, le gardien comptant le plus de victoires (151) en séries.

Roy n’a pas accompli ses exploits tout seul. Il donne tout le crédit qui revient à ceux qui l’ont appuyé.

«Je suis toujours inconfortable de nommer une personne en particulier qui m’a aidé, parce qu’ils l’ont tous fait à leur façon, que ce soit mes parents, mon ex-femme, mon agent Pierre Lacroix, mes entraîneurs, mes coéquipiers, François Allaire [coach des gardiens], mes amis. Ils m’ont tous permis d’être dans une position pour performer à mon maximum. J’ai aussi eu la chance de jouer dans deux organisations que prenaient tous les moyens pour gagner.»

Animé d’une grande passion, le natif du quartier Saint--Sacrement, à Québec, a accompli à peu près tout ce qu’il voulait sur les patinoires de la LNH.

«Quand j’ai pris ma retraite, j’avais vraiment le sentiment du devoir accompli. Il y a des choses que j’aurais aimé faire différemment, mais dans le feu de l’action, tu ne pèses pas toujours sur le bon bouton et on fonctionne souvent par instinct. En général, j’ai l’impression de m’être rendu aussi loin que j’ai pu.»

Le succès ne l’a jamais éloigné de sa ville d’origine.

«Les racines, c’est fort, et mon attachement à Québec a toujours été présent. J’y passais mes étés quand je jouais. C’était facile pour moi de revenir, et mon investissement avec les Remparts, c’était une façon de montrer que je tenais à ma ville.»

LE TOP 10

Si la nomination de Roy allait de soi, la composition du top 10 a prolongé notre dîner chez l’ami Phil, tout comme le plaisir de débattre de certains…

D’entrée de jeu, l’inclusion de tous les joueurs nés dans la région de la Capitale-Nationale changeait les données. Ça explique l’inclusion de Kevin Dineen, par exemple. Et si les statistiques de la défunte AMH n’avaient pas été excluses, Réal Cloutier aurait fait partie de notre top 3. Des joueurs comme Joé Juneau et Paul Stastny ont aussi failli se faufiler dans notre classement. Pour ce qui est de la présence de Joe Malone, sa domination à une époque inconnue de nous tous a pesé dans la balance.

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Guy Carbonneau

Carbo, l’art du jeu défensif

Si l’ancien entraîneur-chef Yvan Gingras­ n’avait pas insisté pour le garder dans l’équipe à sa deux­ième saison avec les Saguenéens de Chicoutimi, Guy Carbonneau ne serait peut-être pas devenu l’un des meilleurs attaquants défensifs de son époque.

«Il n’y avait rien d’écrit dans le ciel qui m’indiquait que j’allais être reconnu pour mon jeu défensif. Quand Jacques Lemaire est arrivé avec le Canadien, il a vu quelque chose et m’a utilisé avec Bob Gainey et Chris Nilan pour contrer les meilleures lignes adverses et je n’ai jamais regardé derrière par la suite», explique l’ancien capitaine du Canadien, que l’on considère comme étant le meilleur joueur issu de l’Est-du-Québec.

Il a remporté trois Coupes Stanley à Montréal (2) et Dallas en plus de recevoir trois fois le trophée Frank-Selke, remis au meilleur attaquant défensif de la LNH, et ce, même s’il était plus porté sur l’attaque jusqu’à son arrivée avec le Canadien.

«Le problème, c’est qu’avec l’équipe qu’on avait, je ne jouais pas beaucoup à mes débuts. Pour quelqu’un d’offensif, c’est plus difficile de se faire valoir. Même s’il savait que je pouvais marquer des buts, Jacques [Lemaire] voulait qu’on empêche les gros trios de Wayne Gretzky, Mario Lemieux et Peter Stastny de s’inscrire sur la feuille de pointage. J’ai réalisé qu’en jouant bien défensivement, j’avais autant d’occasions de marquer parce que les gars devant moi prenaient beaucoup de chances...»

Le natif de Sept-Îles s’est fait découvrir par divers tournois dans le hockey mineur. Il s’est retrouvé à Chicoutimi après avoir remporté celui midget de Donnacona.

«J’avais été repêché par le midget AAA de Sainte-Foy. J’ai fait le camp, en 1976, avant d’aller à celui des Saguenéens, et on m’avait dit de revenir à Sainte-Foy après, mais je suis resté à Chicoutimi. La première année, je m’étais disloqué les deux épaules et l’organisation ne voulait pas que je revienne, mais Yvan Gingras­ avait dit : “Non, je le garde.”»

D’autres joueurs de l’Est-du-Québec ont marché dans ses traces, plusieurs en feront autant dans l’avenir. Ainsi tourne la roue du hockey. «C’est toujours le fun pour une région de voir l’un des siens atteindre la LNH. Il y a maintenant des dépisteurs partout. Si t’es bon, ils vont te voir bien assez vite, même si t’as 12 ans!»

Fier de Sept-Îles

Sa mère, sa sœur et deux de ses frères habitent toujours dans sa ville natale, où l’aréna de l’avenue Jolliet porte son nom. «Je ne suis pas gêné de dire que je viens de Sept-Îles, j’en suis fier, comme je le suis de Chicoutimi­, d’où vient ma femme et où j’ai joué mon hockey junior en plus d’être actionnaire et entraîneur-chef des Saguenéens.»

Le petit gars de la Côte-Nord avoue se pincer encore un peu lorsqu’il pense à sa carrière. «Pour moi, ç’a été une aventure exceptionnelle d’être repêché par le Canadien, d’en être le capitaine, de jouer avec Guy Lafleur, Larry Robinson, Bob Gainey et Patrick Roy, de gagner la Coupe Stanley. Même aujourd’hui, à 57 ans, je me pince encore.»