Justin Larouche, Cédrick Dupéré, Dereck Dupéré, Étienne Mercier et Marc-André Vachon ont tous commencé leur aventure au handball à Pointe-Lévy.

L'équipe nationale de handball a sa filière lévisienne

Dimanche, l’équipe canadienne de handball affrontera celle des États-Unis à Auburn, Maine, dans le premier duel d’un aller-retour avec une qualification pour les Jeux panaméricains de 2019 à la clé. Cinq athlètes issus du programme sports-études de l’École Pointe-Lévy porteront alors l’uniforme unifolié.

«Je n’ai pas fait 12 heures d’avion pour aller perdre!» lance d’entrée de jeu l’arrière droit Justin Larouche, 22 ans, tout juste arrivé de France, où il évolue chez les professionnels. «Les Panam, on les veut. Moi, j’ai déjà participé aux championnats panaméricains, mais jamais aux Jeux panaméricains.»

Il faut dire qu’à son premier camp avec l’équipe nationale en 2015, Larouche a été retranché. «C’est ce qui m’a amené à aller en Europe. Un peu par frustration. Je savais que j’apprendrais beaucoup là-bas, car le calibre est beaucoup plus élevé et je ne voulais plus jamais être coupé», raconte-t-il.

Larouche a maintenant rejoint une équipe canadienne renouvelée au sein de laquelle une nouvelle génération de joueurs fait sa place. Des joueurs comme les jumeaux Cédrick et Dereck Dupéré, qui forment avec Larouche, le pivot Étienne Mercier et le demi-centre Marc-André Vachon une délégation lévisienne au sein d’Équipe Canada.

La présence d’un certain Alexis Bertrand comme entraîneur de l’équipe nationale est probablement pour quelque chose. Il était autrefois entraîneur de l’équipe senior élite de Lévis et n’a pas hésité à inviter plusieurs joueurs qu’il a vus se développer.

«Nous avons tous commencé à Pointe-Lévy et on connaissait Alexis qui coachait l’équipe élite et s’occupait de la Ligue de handball de Lévis. Quand il a été nommé à l’équipe canadienne, presque tous les gars l’ont suivi», explique Cédrick Dupéré. 

«On joue ensemble depuis le secondaire 3 à l’école Pointe-Lévy, soit depuis sept ou huit ans avec les mêmes gars. Ça aide, et en plus on est tous de grands amis. On a décidé de continuer l’aventure dans l’équipe nationale.»

Une connexion

À l’époque, Bertrand avait développé le programme d’entraînement et de musculation des joueurs de handball de Pointe-Lévy. «Il nous a vus évoluer depuis longtemps, alors il connaît bien nos forces et nos faiblesses. Il sait qui mettre dans chaque situation», reprend Cédrick.

Son jumeau Dereck apprécie lui aussi grandement l’expérience et assure que d’avoir côtoyé certains coéquipiers depuis aussi longtemps apporte une chimie dans l’équipe. «On connaît tous les habitudes des autres sur le terrain. De plus, entre moi et Cédrick, il y a une sorte de connexion à force de toujours se donner des challenges l’un à l’autre.»

Au sujet des deux matchs en quelques jours face à l’équipe nationale des États-Unis — le match retour aura lieu mercredi à Montréal —, Cédrick Dupéré est lui aussi plutôt optimiste quant aux chances de son équipe. 

«Nous avons affronté les États-Unis au Mexique durant les Fêtes et on a gagné 33 à 31, même si on n’a pas joué un grand match. Je suis confiant qu’on puisse se qualifier. Si on perd, on aura quand même une autre chance de participer aux Jeux panaméricains de Lima en 2019.  Il faudrait cependant battre le Chili, une équipe beaucoup plus forte. Alors on se donne à 100 % contre les Américains.»

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LES JUMEAUX SÉPARÉS

Cédrick Dupéré fera le saut l’an prochain avec l’ETEC Handball, une équipe semi-professionnelle basée à Angoulême, en France. «J’ai très hâte, car même au niveau semi-pro, en Europe, on s’entraîne quatre fois par semaine alors qu’ici c’est deux fois par semaine. Je devrais pouvoir m’améliorer et apporter davantage à l’équipe canadienne.»

Pour la première fois, son frère Dereck ne le suivra pas. «Moi, je suis plus ou moins intéressé à jouer là-bas», indique celui qui a étudié à l’Université Laval, d’abord en relations industrielles, puis en consommation. «Ce sera la première fois de notre vie que nous ne serons pas ensemble.»

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Alexis Bertrand, entraîneur de l'équipe canadienne de handball, a joué plusieurs saisons en Europe.

L'ATTRAIT DE L'EUROPE

Méconnu au Québec, le handball est cependant un sport fort populaire en Europe, attirant des milliers de spectateurs à chaque match et dont les équipes de première division ont un budget qui se mesure en millions $.

Plusieurs jeunes joueurs sont maintenant tentés d’imiter l’entraîneur de l’équipe canadienne, le Lévisien Alexis Bertrand, qui a joué plusieurs saisons sur le Vieux Continent, gravissant les échelons un à un pour finalement s’aligner avec une équipe de première division.

«Alexis, c’est le premier joueur pro de handball canadien. Il est parti de la Ligue nationale 3, en France pour terminer dans la Ligue nationale de handball, la première division. Il est notre modèle, l’homme à battre!» illustre Justin Larouche, qui s’aligne depuis quatre ans avec le JS Cherbourg Manche dans la Proleague, la deuxième division française.

«Le handball en France et le handball ici, c’est vraiment deux mondes. Au Québec, j’étais presque toujours le plus grand et le plus gros», explique l’arrière droit de 6’3” et de 215 livres. «Par contre, en France, je ne suis plus du tout le plus gros. Il commence à y avoir de gros bonhommes en deuxième division.»

Larouche adore son aventure européenne, où le handball fait partie de la culture.  «J’apprends beaucoup là-bas. Il n’y a que 5000 joueurs licenciés ici alors qu’en France, on parle de 500 000. Les gars commencent à jouer à 5 ans alors que moi, je n’avais pas joué au handball avant l’âge de 13 ans. Ils ont donc un meilleur background et leur jeu est plus évolué.»

Vivre du handball

Il n’est pas rare que de 2000 à 2500 spectateurs se rendent voir les matchs du JS Cherbourg Manche. Quant aux salaires des joueurs, ils varient entre 1500 $ et 5000 $ par mois en deuxième division pour aller jusqu’à 8000 $ par mois en première division. Tout ça avec l’appartement fourni et une automobile de fonction.

«Là-bas, on peut vraiment vivre de ça, alors qu’au Québec, quand on me demande ce que je fais dans la vie, je réponds que je suis charpentier-menuisier. C’est plus facile que de dire que je joue au handball et commencer à expliquer tout de ce sport que plusieurs ne connaissent pas.»

Son expérience en Europe l’a aussi beaucoup aidé quand il a joint l’équipe nationale. «Je joue deux fois plus de matchs que la plupart des gars de l’équipe nationale et je m’entraîne huit fois par semaine.»

D’autres joueurs de l’équipe canadienne ont aussi fait le saut de l’autre côté de l’Atlantique. Les Albertains Lyndon Suvanto et Kraig Fischer s’alignent respectivement avec des équipes de France et du Danemark alors que Tim Sartisson évolue à Zurich, en Suisse. Samuel Mainguy, de Saint-Lambert mais qui ne fait pas partie de l’équipe nationale, vient tout juste d’être recruté dans le Club de Handball Yverdon-les-Bains, en deuxième division suisse.