François Gabart naviguait sur un maxi trimaran façonné pour la navigation en solitaire, avec un cockpit entièrement fermé.

Le tour du monde en 42 jours

BREST — Le navigateur François Gabart a dynamité le record du tour du monde en solitaire à la voile, samedi soir (dimanche, heure de Paris), grâce à un temps de 42 jours 16 heures 40 minutes 35 secondes, soit 6 jours et 10 h de mieux que la précédente marque.

À bord du Macif, le marin français de 34 ans, a franchi à 2h45 (heure française) la ligne virtuelle entre l’île d’Ouessant (ouest de la France) et le cap Lizard (sud de l’Irlande) pour s’emparer du record détenu depuis un an par son compatriote Thomas Coville en 49 jours et 3 heures.

Gabart, qui tentait le record pour la première fois, excelle en compétition avec une victoire en monocoque sur la Route du Rhum en 2014 (à sa première participation). Il a aussi remporté la Transat Jacques-Vabre en 2015 et la Transat anglaise en 2016.

Il était parti le 4 novembre pour chasser le record que Coville avait pulvérisé de 8 jours à sa cinquième tentative. Gabart est devenu le quatrième navigateur de l’histoire de la course au large à battre un record sur un tour du monde en solitaire sans escale après son compatriote Francis Joyon en 2004 (72 jours et 22h), puis en 2008 (57 jours et 13h); la Britannique Ellen MacArthur (71 jours et 14 h); et enfin Coville en 2016.

Aventurier de l’espace

Lors de sa circumnavigation, Gabart a battu le record équateur/équateur (30 j 04 h et 45 min) et celui de l’océan Pacifique (7 j 15 h 15 min). Il a également accroché le record des 24 heures, soit la plus longue distance parcourue en une journée : 851 milles (1576 km).

Ingénieur de formation, ce stratège qui aurait adoré devenir météorologue, a tenu de main de maître sa supermachine. Le Macif est un maxi-trimaran façonné pour la navigation en solitaire avec un cockpit entièrement fermé, une première dans la course au large. Quand on le voit installé à la barre de son multicoque sur les vidéos qu’il poste, Gabart a l’air d’être un aventurier de l’espace aux commandes d’un vaisseau spatial.

Mis à l’eau le 18 août 2015, le maxi-trimaran est classé dans la catégorie très élitiste des Ultim (32 m de long pour 23 m de large maximum), mais est bien plus léger (environ 13 tonnes) que ceux des rivaux (15 tonnes en moyenne). Et équipé de foils, ces fameux appendices qui révolutionnent la course au large en permettant au bateau de voler sur l’eau (les foils élèvent le bateau au-dessus de l’eau).

«Plus les bateaux sont légers, plus les foils sont efficaces plus tôt. On a fait un bateau moins large que ceux de la classe Ultim, on a réduit la taille du mât, des voiles, donc on gagne du poids. On a choisi d’aller dans ce sens et on a bien réussi notre coup», se réjouit l’architecte naval Vincent Lauriot-Prévost.

Les foils sont nettement plus petits que ceux des tout derniers maxi-trimarans comme celui de Sébastien Josse (Maxi Edmond de Rothschild) et Armel Le Cléac’h (Maxi Banque Populaire). Le bateau sera en chantier après le tour du monde pour que de grands foils soient posés.

Ce qui ne bougera pas, ce sera ce cockpit fermé qu’a brillamment imaginé Gabart. Parfaitement calé dans un siège baquet, utilisé par les pilotes de rallye, il a à portée de main son tableau bord, ses ordinateurs, ses ustensiles de cuisine et son lit-couchette. Il est à l’abri du vent et des giclées d’eau que tous les marins prennent en permanence dans le visage et qui sont éprouvants.