L’ex-porte-couleurs du Rouge et Or Sara Russo Garrido a obtenu la prestigieuse bourse Rhodes en 2000, pour son excellence académique et pour son brio sur un terrain de soccer.

Le soccer a fait la différence pour Sara Russo Garrido

Qu’ont en commun Clarence Campbell, Paul Gérin-Lajoie, Bill Clinton, John Turner, Bob Rae, Wilder Penfield et Sara Russo Garrido? Ils ont tous été récipiendaires de la prestigieuse bourse Rhodes. Mais si c’est d’abord pour son excellence académique que l’ex-porte-couleurs du Rouge et Or a obtenu cette bourse en 2000, c’est aussi pour son brio sur un terrain de soccer qu’elle l’a méritée.

«Au cégep et à l’université, mon focus était vraiment sur mes études et le soccer», confie Sara, diplômée en science politique et en sociologie à l’UL. «J’y ai toujours été très à mon affaire. Je cherchais à bien performer dans les deux. C’est ce qui m’a permis de gagner une bourse Rhodes et d’aller étudier à l’Université Oxford. Pour en être récipiendaire, il ne suffisait pas d’avoir un bon profil académique, il fallait se distinguer dans un autre environnement comme le sport.»

C’est par hasard que la Québécoise avait connu l’existence de la bourse Rhodes et qu’elle avait décidé d’y appliquer. Ne connaissant pas le prestige de cet honneur, elle a saisi toute l’ampleur de ce qu’il représentait quand elle a quitté le Québec.

«Être boursier Rhodes, c’est beaucoup plus que d’étudier à Oxford. C’est être connecté avec la communauté des boursiers pendant son séjour en Angleterre et après dans sa vie en terme de réseautage. J’ai ressenti une certaine pression, car j’avais un double défi. Celui de réussir dans mes études, mais aussi celui de vivre ma vie en anglais. Car même si je parlais anglais et que j’avais étudié à St. Lawrence, je n’étais pas tout à fait prête pour ça.»

Sara a passé trois ans à Oxford où elle a étudié en développement international, un domaine multidisciplinaire qui touche l’anthropologie, la sociologie, la politique, l’économie. À son retour d’Angleterre, elle a travaillé au gouvernement canadien et dans des organisations syndicales sur des questions de condition de travail aux États-Unis. 

«Aujourd’hui, je suis au CIRAIG, le Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services. Mon équipe se penche sur les thématiques de développement durable qu’on met en perspective avec les cycles de vie des produits et des services afin de connaître les enjeux environnementaux et sociaux. On se demande qu’est-ce que l’on pourrait faire pour améliorer ces produits au niveau des matériaux utilisés, des procédés et des lieux de fabrication, etc.»

Une pionnière

Membre du Rouge et Or de 1996 à 1999, Sara s’est imposée. Elle a notamment été élue sur des équipes d’étoiles provinciales et au terme de la saison 1999, elle fut nommée chez les étoiles académiques canadiennes universitaires. Ce qu’elle retient de sa carrière à Laval, ce sont les expériences vécues sur le terrain sur le plan collectif, mais aussi le plaisir de jouer par un bel après-midi devant ses amis et les membres de sa famille et surtout les relations personnelles qu’elle a développées. 

«Je vais toujours me rappeler de l’esprit de camaraderie, du support, de l’esprit d’équipe que j’ai connus avec les filles avec qui j’ai joué et les coachs que j’ai eus. J’ai une belle nostalgie de toute cette époque-là.

«J’ai aussi vraiment aimé l’aspect un peu plus glamour du soccer féminin à l’UL. Avant de jouer avec le Rouge et Or, j’ai beaucoup goûté au soccer élite féminin. Nulle part je n’ai eu un environnement comparable à celui que nous avions à l’UL. Il y avait comme une professionnalisation du sport vraiment sympathique.»

Sa carrière à l’UL terminée, c’est à Oxford que la Québécoise a poursuivi son cheminement. Même si le calibre de jeu n’était pas celui qu’elle avait déjà connu, c’est la manière dont les gens considéraient le soccer féminin qui l’a le plus frappée. «J’ai vu que le Québec était beaucoup plus ouvert aux femmes qui voulaient jouer au soccer.»

Ayant moins de temps pour s’entraîner et commençant à planifier sa carrière professionnelle, Sara a commencé à faire son deuil du soccer de haut calibre. Aux prises avec des blessures, elle s’est tournée vers des activités moins exigeantes physiquement. Les années ont passé et elle n’a toujours pas trouvé un sport la passionnant autant que le soccer, seule la danse lui apportant un certain niveau de satisfaction. Et chaque fois qu’elle passe devant un terrain, surtout à l’automne, elle est envahie par une certaine nostalgie.

«Je ne me sens pas triste que ça soit terminé. C’est la reconnaissance d’avoir vécu quelque chose de vraiment beau et d’exceptionnel. J’ai été chanceuse d’avoir été en contact avec le soccer.»

Aujourd’hui, Sara garde un lien avec le ballon rond via ses deux garçons. «Ça me rend toujours heureuse de les accompagner et d’être dans un environnement de soccer l’été. Et quand je joue au soccer avec mes enfants et leurs amis, je me fais toujours un devoir de les déjouer et de leur faire un peu de showing off pour des fins éducatives. Je sais qu’à huit ans, les petits gars peuvent être un peu sexistes. Je veux leur faire comprendre que les filles peuvent aussi jouer au soccer.»

QUESTIONS/RÉPONSES

Q Qui a été ton modèle?

Ma mère. Elle a fait ses études en médecine au Mexique à une époque où peu de femmes le faisaient. Et elle fut la seule femme de toute sa promotion. Pour elle, ç’a toujours été super important que l’on se sente capable de faire ce que l’on voulait. Elle m’a vraiment inspirée. 

Q Quelle est ta plus grande qualité?

Ma vision du jeu. Je pouvais rapidement repérer mes coéquipières sur le terrain et j’étais très bonne pour faire des passes. J’avais aussi beaucoup de résistance et j’étais rassembleuse.

Q Qui ont été des personnalités marquantes pour toi?

Helder Duarte qui m’a dirigée avec le Rouge et Or, mais qui avant, m’avait vu dans mes moments forts et mes moments faibles dans le contexte de l’équipe du Québec. Il m’a vraiment aidée à cheminer et à donner le meilleur de moi-même. Et Maxime Barabé, le coach que j’ai eu le plus longtemps et qui a mis les bases de la joueuse que je suis devenue. 

Q As-tu un souhait?

R Pouvoir continuer à mener de pair une vie professionnelle stimulante et intéressante et dans laquelle je me retrouve tout en ayant une vie familiale où j’ai du temps pour être avec les miens et où je peux profiter de mon mari et de mes enfants. Cet équilibre-là, c’est quelque chose de très important.

Q Quels ont été les événements marquants?

R La première fois que j’ai été sélectionnée sur l’équipe du Québec. Comme j’étais la plus jeune, j’étais substitut et je ne jouais pas. Mais deux ans plus tard, j’étais partante. C’est là que j’ai réalisé ce que j’étais capable de faire. Ce fut un bon apprentissage pour la vie en général. Et les deux saisons pendant lesquelles j’ai eu la chance de jouer avec l’équipe masculine de soccer du cégep St. Lawrence. Ça m’a tellement permis de progresser. Et ç’a été super le fun aussi.

Q Qu’est-ce qui te manque le plus? 

Pouvoir être dans un environnement où tu joues avec d’autres personnes qui arrivent à travailler ensemble vers un même objectif. Et le feeling de se donner à fond de façon collective.