L’Italien Marco Cecchinato, qui n'avait jamais gagné un match en Grand Chelem avant cette année, se retrouve en demi-finale à Paris après avoir évincé l'ex-numéro 1 mondial Novak Djokovic.

Le rêve parisien de Cecchinato se poursuit

PARIS — Marco Cecchinato continue de vivre un rêve éveillé! L’inattendu Italien s’est invité dans le dernier carré de Roland-Garros en s’offrant l’ancien no 1 mondial Novak Djokovic sur un court Suzanne--Lenglen en fusion, mardi.

Après un dernier jeu décisif à couper le souffle, le Sicilien de 25 ans n’en revenait pas de sa victoire de 6-3, 7-6 (4), 1-6 et 7-6 (11). «Êtes-vous sûr? Peut-être que je suis en train de dormir» a dit celui qui affrontera Dominic Thiem (8e mondial) en demi-finale.

C’est un véritable conte de fées pour le 72e joueur mondial, qui n’avait jamais gagné un match en Grand Chelem. C’est également une rédemption pour celui qui avait été condamné en 2016 à 18 mois de suspension et à une amende de 60 820 $CAN par sa fédération nationale pour avoir intentionnellement perdu lors d’un tournoi Challenger au Maroc, un an plus tôt. Finalement, le Comité olympique italien avait abandonné les sanctions pour un vice de procédure.

«Quand j’ai vu mon retour prendre la ligne, cela a été le plus beau moment de ma vie», a dit cet habitué des tournois de deuxième division, que l’Italie rêve de voir succéder à Adriano Panatta, champion en 1976.

C’est comme si Cecchinato entamait une nouvelle carrière huit ans après ses débuts professionnels. Tout a commencé fin avril avec un premier titre à Budapest, en tant que lucky loser. Puis le déclic a eu lieu à la Porte d’Auteuil quand, dominé deux sets à rien par Marius Copil, il a renversé le match pour s’offrir son premier succès dans un tournoi majeur.

Après trois autres tours, dont deux contre des têtes de série — l’Espagnol Pablo Carreno (11e) et le Belge David Goffin (9e) —, il avait droit à un duel de prestige avec Djokovic, le lauréat de 2016. Porté par un service efficace, Cecchinato a poussé «Djoko» à faire l’essuie-glace tout en faisant admirer sa panoplie de coups : amorties, lobs, volées tranchantes...

Moins en réussite dans la troisième manche, il a refait surface lorsque le Serbe a servi pour égaliser. Avant de l’achever sur sa quatrième balle de match dans un bris ébouriffant de suspense où son «cœur a battu la chamade» et où Djokovic s’est procuré trois balles de set. Sur la dernière, un coup droit expédié dans les airs, il a porté ses mains devant son visage, vraisemblablement gêné par le bruit du public.

«Djoko» déconfit

«Cette défaite est difficile en particulier parce qu’elle arrive au bout de mois de reconstruction et que j’avais une grande chance de franchir, au moins, une étape de plus», a réagi, déconfit, «Djoko», qui court après son meilleur niveau depuis deux ans. Sa dernière demi-finale d’un tournoi du Grand Chelem remonte à septembre 2016, aux Internationaux des États-Unis.

Très affecté, il s’est précipité en conférence de presse quelques minutes seulement après sa défaite, manifestement pressé d’en finir avec ses obligations d’après-match. Il a évacué certaines questions en y répondant seulement par «oui» ou par «non» et a expédié les autres de manière laconique.

Par exemple, à la question «Étiez-vous blessé?» il a répondu : «J’avais quelques petites choses, mais rien de majeur, je ne veux pas en parler». Et il «ne sait pas» s’il jouera la saison sur herbe, dont Wimbledon (2 au 15 juillet). «Je ne veux pas penser au tennis à cet instant précis», a laissé tomber le Serbe de 31 ans, tombé au 22e rang.

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ROLAND-GARROS EN BREF

Des chiffres...

- 40 : nombre d’années sans demi-finaliste italien à Roland-Garros. La disette a pris fin avec l’exploit de Marco Cecchinato, qui succède à son capitaine de Coupe Davis, Corrado Barazzutti.

- 21 : nombre de mois sans demi-finale en Grand Chelem pour Novak Djokovic. La dernière, c’était en septembre 2016 aux Internationaux des États-Unis, où Stan Wawrinka l’avait battu en finale.  AFP

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Usé, Zverev s’incline

Le duel de la «nouvelle vague» entre l’Autrichien Dominic Thiem et l’Allemand Alexander Zverev n’a pas tenu ses promesses. Le grand Sasha (1,98 m) a été rapidement lâché par son corps, sa cuisse gauche précisément, et Thiem l’a emporté 6-4, 6-2 et 6-1 en moins de deux heures. Sans doute le prix payé par le numéro 3 mondial pour ses trois précédents matchs à rallonge, gagnés en cinq sets après avoir été dos au mur. L’Allemand de 21 ans reconnaît avoir songé à abandonner. «J’y ai pensé, c’est vrai, mais je ne voulais pas abandonner pour la première fois de ma carrière en quarts de finale d’un Grand Chelem. Je savais que je n’allais pas gagner, ce n’était pas possible, je pouvais à peine bouger, je ne pouvais pas servir, mais je voulais finir ce match, Dominic ne méritait pas d’être en demi-finale par abandon.» À 24 ans, Thiem, le seul joueur à avoir fait mordre la poussière à Nadal sur terre battue ces deux dernières saisons (deux fois), atteint pour la troisième année d’affilée le dernier carré à Paris. C’est le premier Autrichien à en compter autant. Thomas Muster, lauréat du tournoi en 1995, en avait joué deux. «J’aime tellement ce tournoi», a lancé Thiem. «Quand j’étais encore junior, je n’aurais jamais imaginé ça. Maintenant, c’est le moment de faire encore plus. J’espère franchir un palier supplémentaire.»  AFP

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Une première pour Stephens et Keys

Sloane Stephens (10e mondiale) s’est qualifiée pour la première fois pour les demi-finales de Roland--Garros en battant la Russe Daria Kasatkina (14e) en deux sets (6-3, 6-1) mardi. L’Américaine de 25 ans, victorieuse des Internationaux des États-Unis en 2017, affrontera sa compatriote et amie Madison Keys (13e), qui atteint aussi pour la première fois le carré d’as à Paris. C’est justement face à elle que Stephens s’était imposée en finale à New York. Keys, qui n’a pas perdu un set jusqu’ici à Roland-Garros, a obtenu son billet en défaisant Yulia Putintseva 7-6 (5) et 6-4. Putintseva (98e) tentait de devenir la première joueuse du Kazakhstan à accéder à une demi-finale d’un tournoi du Grand Chelem. Connue pour sa mauvaise humeur, elle a été fidèle à elle-même, se tournant régulièrement pour regarder vers son entourage avec des regards d’incompréhension et agitant les mains; ou d’autres fois marmonnant sa frustration. Au deuxième jeu du deuxième set, elle était convaincue d’un mauvais appel en faveur de Keys et a demandé à l’arbitre de chaise de descendre et de vérifier. «Mon Dieu! s’est exclamé Putintseva en s’éloignant. Je ne peux y croire... incroyable.» Stephens, victorieuse à Miami au printemps, disputera sa troisième demi-finale en Grand Chelem. Interrogée sur le duel avec sa comptatriote de 23 ans qui l’attend en demi-finale, elle a estimé que c’était «super pour le tennis américain».  AFP et AP

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ILS ONT DIT...

«Là, je suis de retour au vestiaire. C’est là que je suis mon gars.» – Novak Djokovic, déconfit, à qui un journaliste demandait s’il était de retour à son meilleur niveau.

«C’est bien pour mon adversaire à Wimbledon.» – Marco Cecchinato, qui venait d’apprendre qu’il serait tête de série à Londres. L’an dernier, pour sa première participation, il n’avait gagné que quatre jeux face au Japonais Kei Nishikori.

«Là, je viens juste de la chercher dans les vestiaires pour lui raconter des potins.» – Sloane Stephens, à propos de son amie et compatriote américaine Madison Keys, qu’elle affrontera en demi-finale.  AFP