L’ADD expérience est un événement organisé par l'Académie québécoise d'art du déplacement.

Le parkour, loin d'être un jeu d'enfants

L’art du déplacement, parkour, Yamakasi, ça vous dit quelque chose? Les adeptes réalisent des sauts, escaladent des immeubles, se déplacent en utilisant les structures urbaines ou naturelles. Le Soleil s’est initié à cette discipline sportive à l’occasion de l’ADD expérience, un évènement organisé par l’Académie québécoise de l’art du déplacement Québec.

L’art du déplacement est né en France à Lisses (Essonne, région parisienne) au début des années 1990. La discipline a été inventée par David Belle. Avec un groupe d’amis, ils se surnomment les Yamakasi, qui veut dire «homme fort» ou «esprit fort» en langue africaine. 

Le parkour, un autre nom utilisé pour l’art du déplacement, a été popularisé en France en 2001 avec le film Yamakasi. Depuis, partout dans le monde, des académies de ce sport ont été créées.

À l’occasion de l’ADD expérience Québec, des instructeurs de l’Angleterre — Kasturi Torchia de Esprit Concrete — et de la Grèce — Panos Toge Almanlis de Athens Parkour Academy — sont venus montrer leurs méthodes pour pratiquer ce sport. Yann Hnautra, l’un des cofondateurs des Yamasaki, devait également venir, mais il n’a pas pu prendre son avion. Il a été remplacé par Pascal Lecurieux, instructeur à Montréal, mais originaire de France. Il a été formé par des Yamakasi.

Autant le mental que le physique sont nécessaires afin de maîtriser l'art du déplacement.

Une discipline sportive à part entière

J’ai rendez-vous avec le groupe au Domaine Maizerets à 10h dimanche. L’expérience a commencé avec un échauffement pour préparer le corps et les muscles à la discipline. Par la suite, les participants ont été divisés en trois groupes. Mon groupe a commencé avec Pascal Lecurieux. Avec notre premier instructeur, nous avons vu cinq spécialisations utilisées dans l’art du déplacement, la force, la vitesse, l’adaptation, la fluidité, et le style libre.

«Ça permet de savoir dans quel style on se sent le plus à l’aise, où on veut s’en aller, et ce qu’on a envie d’améliorer», explique-t-il.

Chaque spécialisation demande d’utiliser son corps d’une certaine manière. La force demande beaucoup de contrôle de soi dans le déploiement d’énergie brusque. «On utilise notre agressivité pour délivrer de la force rapidement», mentionne Pascal. 

Placé chacun à un arbre, le groupe formait un cercle. Pour la force, les mains au sol, on devait se déplacer en sautant à pieds joints tout en restant agenouillé. Plus facile à écrire qu’à faire, croyez-moi. 

Pour la vitesse, nous devions faire le tour du cercle le plus rapidement en touchant chaque arbre. La méthode pour y parvenir a été un peu différente pour chaque participant, mais tout le monde a réalisé des temps très honorables entre 8 et 10 secondes. La seconde fois il fallait battre son temps. Pari réussi pour Le Soleil.

Pour l’adaptation, Pascal nous a demandé de visualiser où était placé chaque arbre. Puis il nous a dit de faire le tour en ayant les yeux fermés. J’avoue avoir triché un peu au début pour me repérer, pas tout à fait l’aise de me déplacer sans rien voir. Pour arriver à se déplacer sans frapper un arbre ou se retrouver hors du cercle, on devait utiliser nos autres sens comme le touché et l’ouïe. Pascal nous a raconté que pendant son apprentissage avec les Yamakasi, il a dû grimper un immeuble avec les yeux bandés. Ses autres sens l’ont aidé à y arriver.

Pour la fluidité, on devait se déplacer d’arbre en arbre en laissant notre corps choisir quelle figure il avait envie de réaliser, une roulade, sauter sur un arbre, etc. Ressentir le mouvement plutôt que d’y penser. Et pour le style libre, on faisait un peu ce qu’on voulait, le tout était de se faire plaisir. 

Pour finir, nous avons accompli les cinq catégories dans un sentier balisé par des planches de bois de chaque côté. Nous devions réaliser des figures ou des sauts en atteignant les planches de bois. 

Le mental aussi important que le physique 

Le physique est important pour pratiquer ce sport. D’ailleurs, la journée s’est terminée par une séance de musculation. Mais le mental est également indispensable pour progresser et réussir un parcours.

C’est ce que nous avons vu avec Kasturi Torchia sur le terrain de jeu pour enfants. Selon elle, l’entraînement doit être vu comme une façon de vivre. «Quand on dit qu’on peut jouer comme des enfants toute la vie. C’est n’est pas si facile que ça. On doit combattre beaucoup de choses. On doit apprendre à se connaître et comprendre ce qu’on veut dans la vie», souligne-t-elle.

Et elle a tout à fait raison. Enfant, on ne se pose pas de question. On est capable de réaliser beaucoup de choses sans avoir peur de se faire mal. Adulte, notre conscience ou plutôt notre inconscient prend le dessus. La peur de se blesser est bien présente et elle engendre des blocages. 

Parmi les exercices que nous avons effectués, nous avons sauté par dessus une balustrade, escaladé le mobilier, et on s’est déplacé en étant en équilibre. Pour ma part, impossible à réaliser sans qu’un instructeur soit à mes côtés ou me tienne la main. Des blessures subies dans mes différentes activités au fil des années ont pesé lourd sur mon mental. Mais à force d’essayer, j’ai avancé petit à petit, je me sentais de plus en plus confiante dans mes capacités. 

Un esprit de famille et d’entraide

Tout au long de la journée, j’ai eu l’impression de faire partie d’une famille. Tout le monde dans le groupe s’encourageait et s’aidait. Avec notre dernier instructeur, Panos Toge Almanlis, nous avons travaillé particulièrement cette confiance et cette entraide. On a travaillé des mouvements basiques, mais avec des contextes un peu différents pour travailler la concentration, la coordination et la propulsion. On a utilisé les personnes comme obstacles pour réaliser un saut de chat. C’est un peu comme saute-mouton, on saute par-dessus une personne en prenant appui sur son dos, mais les pieds doivent rester collés l’un à l’autre en sautant au-dessus du dos. Beaucoup moins facile que de sauter à pieds joints sur une table de pique-nique.

«Une personne n’est pas stable comme un objet. Ça nous force à nous concentrer sur le mouvement de base, mais aussi sur le contrôle. Il faut décortiquer le mouvement pour être capable de mieux le contrôler», fait-il valoir.

Le second exercice demandait de faire confiance aux personnes qui nous tenaient. On se met en position comme pour un squat. Une personne de chaque côté nous tient les bras. Les deux personnes nous propulsent pour réaliser notre saut. On doit atterrir les deux pieds joints. Nous avons aussi exécuté cet exercice en sautant par dessus une barrière. «Ça permet de renforcer les liens entre les gens, et de travailler l’entraide et le partage. Tout le monde sait comment atterrir correctement, mais dépendamment du contexte ça peut ajouter une incertitude ou une confusion», affirme Panos. 

L’art du déplacement c’est donc courir, saute, et grimper sous toutes ses formes. «C’est se réapproprier l’aménagement urbain et non le subir», indique le codirecteur de l’Académie de l’art de déplacement Québec, Martin Pelletier.

Tout devient un terrain de jeu, une rampe, un escalier, un immeuble. L’important pour les disciples de ce sport, ne rien abîmer, avoir de saines habitudes de vie, et s’amuser.

Pour ma part, je peux vous dire que même si je me considère comme une personne sportive demain (lundi) j’aurai des courbatures, mais c’était sympa. Ça change des sports classiques.