De nombreux partisans de la Croatie sont sortis dans les rues de Livno, dans le nord-ouest de la Bosnie, une ancienne province yougoslaves, après la victoire contre l'Angleterre.

Le parcours croate suivi de près dans les ex-provinces yougoslaves

BELGRADE — Les pays de l’ex-Yougoslavie suivent de près l’épopée en Coupe du monde de la Croatie, tantôt avec admiration, tantôt avec une pointe d’envie et de dépit.

Avant chaque compétition, le jeu est récurrent chez les nostalgiques des «Brésiliens de l’Europe», ces footballeurs yougoslaves aussi talentueux qu’individualistes : «Ah... Si la Yougoslavie était une, imaginez l’équipe de rêve qu’elle alignerait!»

Sauf que la Croatie n’a besoin de personne et réussit seule à participer à une finale de la Coupe du monde, étape que la Yougoslavie n’a jamais atteinte.

Si un homme incarne le football et le rêve multiculturel yougoslaves, c’est bien Ivica Osim, 77 ans, ultime sélectionneur avant l’explosion du pays tenu en place de longues années par le maréchal Tito (de son vrai nom Josip Broz, il était... Croate). C’est Osim qui dirigeait l’équipe lors du Mondial de 1990 en Italie, où l’équipe avait été éliminée aux tirs au but par l’Argentine de Diego Maradona.

Aujourd’hui, le Bosnien regarde avec admiration les Croates qui réussissent à «intégrer leurs qualités individuelles au collectif», qui ne renoncent pas malgré l’épuisement, dit l’entraîneur. Cette abnégation et cette régularité, «ce n’est pas la coutume chez nous», a-t-il relevé dans le quotidien Jutarnji List.

Maillots blancs

Dans cette région toujours marquée par les conflits intercommunautaires des années 1990 qui ont fait 130 000 morts, soutenir la Croatie n’est pas une évidence, malgré la culture et la langue communes. C’est notamment le cas en Serbie, dont la sélection a été éliminée en phases de groupes.

Début juin, dans la banlieue de Belgrade, un mini Mondial a été organisé pour des enfants d’écoles de soccer de la capitale serbe, chacune portant les couleurs d’une sélection qualifiée. Les apprentis footballeurs représentant la Croatie étaient les seuls à jouer avec un t-shirt blanc, vierge de toute inscription.

Le tennisman Novak Djokovic est une idole serbe. Pourtant, quand il a affiché son soutien aux Croates, un député du parti de centre droit au pouvoir, Vladimir Djukanovic, a pris la peine d’interrompre ses congés en Grèce, pour le traiter d’«idiot». «Soutenir la Croatie, comment n’a-t-il pas honte?»

Sans se laisser aller à l’outrance, le président serbe Aleksandar Vucic a clairement dit où était allée sa préférence en quarts de finale : «J’ai soutenu la Russie, c’est mon droit. La Serbie est une société démocratique et chacun a le droit de soutenir qui il veut».

«Chapeau bas, voisins!»

Cet état d’esprit n’est pas unanime. De nombreux Serbes regardent avec admiration et parfois avec joie le parcours de leurs voisins. «Félicitations de tout mon cœur, bravo!», commentait mercredi soir Miodrag, de Nis (dans le sud de la Serbie) sur le site Internet de la télévision d’État serbe. «Nos joueurs et la Fédération pourraient peut-être demander aux Croates de nous apprendre à jouer au football», ironisait un autre.

Critiqué pour avoir soutenu la Croatie, Milojko Pantic, célèbre commentateur sportif de l’époque yougoslave, estime que «la Serbie citoyenne» soutenait la Croatie en quarts.

En Macédoine, la Croatie recueille aussi les suffrages de la majorité des habitants. «Félicitations Croatie! La politique, le sport, la région et le monde se sont rencontrés ce soir», a écrit sur Twitter mercredi soir le premier ministre Zoran Zaev, avec une photo de lui aux côtés de la présidente croate Kolinda Grabar Kitarovic, en marge du sommet de l’OTAN.

«Politique mise à part, chapeau bas, voisins! Vous êtes la fierté des ex-Yougoslaves», renchérit un Monténégrin sur le portail du quotidien Vijesti. Dans ce pays vivent 6000 Croates environ.

Ceux qui vivent en Bosnie, où ils pèsent pour 15 % de la population, ont évidemment soutenu la sélection à damier. Mais l’analyste politique bosnien Zoran Kresic estime que le soutien va au-delà, que cette épopée a «uni la région et la Bosnie, une première depuis les guerres sanglantes».

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CONSEIL DES MINISTRES EN MAILLOT À DAMIER

Les membres du gouvernement croate ont revêtu lors d’un conseil des ministres jeudi leurs maillots à damier, au lendemain de la qualification historique de la Croatie pour la finale du Mondial 2018. De retour de Moscou où il a assisté au match, le premier ministre Andrej Plenkovic (au centre) a salué un «succès fascinant pour le sport croate et le football». L’épopée des «Flamboyants» est «la plus grande promotion qui soit pour la Croatie». En 2017, le pays a reçu 18 millions de visiteurs, notamment attirés par sa côte et ses magnifiques îles dans la mer Adriatique. L’intérêt pour le pays semble monter en flèche : l’office de tourisme croate a annoncé que la consultation de son site Internet a quadruplé. Cette qualification «est un résultat historique qui nous place au centre de l’attention mondiale», s’est félicité son patron Kristjan Stanic.  AFP