Alexandre Gauthier a évolué pendant 10 saisons dans la LCF, lui qui n’avait jamais joué au football avant de joindre les rangs du Rouge et Or de l’Université Laval. Il a même été le premier choix au total du repêchage de 2002, une sélection faite par les Renegades d’Ottawa.

Le parcours atypique d'Alexandre Gauthier

Encore aujourd’hui, le parcours de footballeur d’Alexandre Gauthier demeure atypique et exceptionnel. Basketteur, il avait choisi d’étudier au cégep de Sainte-Foy afin de pratiquer son sport favori. Il n’avait jamais joué au football quand il s’est joint au Rouge et Or en 1999. Mais il s’est rapidement imposé au point d’être le tout premier choix du repêchage de la LCF en 2002, le tremplin vers une carrière de 10 ans chez les pros.

«C’est certain que ma génétique explique en partie mes succès», explique l’ex-bloqueur à gauche. «J’avais la grandeur, le poids et les habiletés pour m’imposer. Mais il y a aussi eu beaucoup de travail. Et je pense que si j’ai eu du succès aussi rapidement au football, c’est parce que j’étais bien entraîné et que j’avais eu la chance de pratiquer plusieurs sports [basket, tennis, snowboard, natation, etc.] qui m’avaient permis de développer toutes sortes d’aptitudes similaires à celles que j’avais besoin au football. 

«Comme j’avais une bonne base athlétique, ma transition vers le football fut simplement d’apprendre les règlements, la terminologie, la technique et les stratégies. Et le Rouge et Or m’a propulsé chez les professionnels.»

Gauthier n’avait aucune ambition de jouer chez les pros en arrivant à l’UL. Au fil des mois cependant, il a commencé à penser qu’il avait peut-être le potentiel pour jouer dans la LCF. Et ses résultats au combine l’ont confirmé.

«Les tests physiques ont toujours été l’une de mes forces. Quand les coachs des équipes ont commencé à me parler, j’ai su que j’avais des chances d’être repêché. Mais pas au tout premier rang. J’ai appris la nouvelle la veille du repêchage quand Eric Tillman, le dg des Renegades, m’a téléphoné pour m’inviter à Ottawa.

«À ce moment-là, je m’étais dit que ça serait le fun de jouer pro pendant 15 ans. Mais après mon premier camp, j’ai pensé que ça serait plus réaliste de viser 10 saisons. J’ai été chanceux d’y arriver, chanceux de demeurer loin des blessures sérieuses.»

Le joueur de ligne offensive a évolué avec les Renegades, les Stampeders, les Blue Bombers les Tigers Cats et les Roughriders. Il a toujours préféré les contrats à court terme pour des raisons monétaires, mais aussi parce qu’il voulait profiter de sa carrière pour découvrir le Canada. «Ça aurait été le fun de jouer Montréal, c’est certain. Mais les astres n’étaient pas alignés.» 

Partant à sa troisième année chez les pros, le colosse n’a jamais senti que son poste était en danger lors des cinq saisons suivantes. Qu’à cela ne tienne, il n’a jamais rien pour acquis. Sa situation le motivait plutôt à montrer à ses coachs qu’ils avaient raison de lui faire confiance. Sa dernière campagne à Regina fut cependant plus difficile. 

«Un nouvel entraîneur est arrivé. Il voulait tout changer. Et j’étais rendu à 35 ans. Chaque jour, quand j’allais au stade, je me demandais si j’allais être retranché. Je n’avais plus vraiment de plaisir.»

Le Québécois a finalement été libéré par les Roughriders lors de la saison hivernale. «J’ai été surpris, mais je comprenais. J’ai reçu des offres d’autres équipes, mais j’ai décidé de me retirer. Je me disais que c’était le bon timing. J’avais 35 ans, je ne voulais pas prendre le risque de me blesser, ma fille commençait l’école et j’avais une belle opportunité d’emploi. 

«Il n’y a personne qui aime mettre un terme à sa carrière après avoir été congédié. J’aurais peut-être me retirer avant que ça arrive. Mais l’intérêt de certaines équipes m’a réconforté.»

Pas de deuil

S’étant donné un filet de sécurité, il travaillait à Calgary pendant la saison morte parallèlement à sa carrière de footballeur, Gauthier a profité de sa retraite pour démarrer son entreprise. Alors à l’emploi de la compagnie Eagle Canada spécialisée dans l’acquisition de données dans le domaine de l’exploration sismique, il a fondé Sisma Drilling, une entreprise de forage. Très occupé par ses deux emplois, l’ex-footballeur n’a pas eu le temps de s’ennuyer du football. Sa transition entre le sport et sa nouvelle vie s’est faite sans heurts.

Ayant délaissé l’entraînement afin de s’occuper de son entreprise, une pause qui lui a permis de guérir les bobos qu’il traînait, Gauthier a finalement décidé de se remettre en forme au bout de deux ans.

«Sur la balance, j’étais le même gars. Mais quand je me regardais dans le miroir, la graisse avait remplacé les muscles. Comme j’aimais le vélo et que j’avais déjà fait de la natation, ma femme m’a dit : “Pourquoi ne ferais-tu pas des triathlons?“ Je me suis inscrit à une première compétition, et, depuis j’essaie d’en faire une ou deux à chaque année. Au début de l’été, j’ai pris part à Escape Alcatraz disputée à San Francisco.»

Pour Gauthier le triathlon c’est un moyen de se garder en forme. «Quand tu as un objectif, c’est beaucoup plus facile de se lever plus tôt le matin pour aller s’entraîner avant d’aller travailler. Quand je fais un triathlon, mon objectif est de passer une belle journée, d’apprécier le paysage et de m’amuser. Ce qui compte, c’est le cheminement et pas le résultat.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Q  Faits marquants?

La saison 2007, même si elle s’est terminée un peu en queue de poisson. Ma fille est venue au monde en septembre, nous avons eu une campagne extraordinaire, j’ai eu une bonne année et j’ai été choisi sur l’équipe d’étoiles. J’ai eu du plaisir chaque année, mais j’aurais aimé que mes saisons soient toutes à l’image de 2007. Et quand j’ai été repêché premier au total par les Renegades d’Ottawa.

Q  Le pire moment?

R  Notre défaite à la Coupe Grey de 2007... avant même le jour où j’ai été libéré par les Roughriders. Perdre après la saison que nous avions eue, ç’a été terrible. En fin de match, nous étions en bonne position pour aller gagner. Je me souviens encore. J’étais en train de bloquer un joueur. J’ai vu le ballon partir et être intercepté. À ce moment-là je me suis dit : «O.K., c’est fini». Ç’a probablement été l’un des pires moments de ma carrière.

Q  Personnalités marquantes?

R  Mes parents qui m’ont toujours encouragé à continuer à faire du sport même quand c’était difficile. Et aussi ma femme qui a quitté son travail d’enseignante à Québec pour me suivre. Elle m’a suivi partout où je suis allé. Et plusieurs coachs. Je n’aurais pas pu faire seul tout le cheminement que j’ai fait si je n’avais pas eu autant de soutien.

Q  Idoles de jeunesse

R  Jeune, je jouais au basket. Je n’étais pas le genre de personne à avoir plein de posters de ses idoles sur les murs de sa chambre mais j’aimais bien Michael Jordan.

Q  Plus grandes qualités

R  Ma préparation. Tout au long de ma carrière, je n’ai jamais rien pris pour acquis. Je ne pouvais pas me présenter au stade sans savoir que j’étais bien préparé. Avant chaque match chez moi, j’écoutais les films des rencontres de notre adversaire. Je le faisais même le matin du match. Je connaissais les défensive end que je devais affronter, la manière dont ils se placent et où ils regardaient. Ça me permettait d’essayer de prévoir ce qu’ils allaient faire. Et aussi mes qualités athlétiques qui me permettaient de bien bouger, de me rendre à quelque part assez rapidement et de changer de direction rapidement. C’était un atout.

Q  Rêve ou défi

R  J’aimerais être capable de continuer à rendre ma famille heureuse. Et si je pouvais prendre une retraite pas trop tardive, ça serait apprécié. Pour le reste, j’aimerais pouvoir continuer à voyager comme on le fait actuellement.