Des amateurs 
de soccer s’étaient donné rendez-vous dans un bar 
de Reykjavik pour regarder 
le tirage au sort en vue de la Coupe du monde de 2018. L’Islande se mesurera 
à l’Argentine 
lors de son premier match du tournoi.

Le miracle islandais

REYKJAVIK, Islande — Le lever du soleil n’est prévu que dans deux heures quand 700 jeunes arrivent pour un tournoi de soccer matinal du dimanche, à Reykjavik, la capitale la plus au nord du monde.

Il neige et il fait froid dehors, mais les joueurs ont surmonté la barrière naturelle de jouer au soccer sur une île de l’Atlantique Nord fouettée par les vents en se rassemblant dans un complexe intérieur avec un terrain de surface synthétique.

S’ils rêvent de jouer dans une Coupe du monde, ils savent que c’est possible parce que leur équipe nationale y sera. Vendredi, l’Islande, le plus petit pays à ne s’être jamais qualifiée, a été tirée avec l’Argentine, la Croatie et le Nigeria dans le groupe D.

Ce dernier exploit en a laissé plus d’un à se demander si la nation de près de 340 000 habitants bénéficie de ses investissements dans le sport, ou s’il ne s’agit que d’un succès temporaire? En entrevue au stade national, Laugardalsvollur, l’ancien entraîneur islandais Gudjon Thordarson explique que l’investissement rapporte.

«Placez les sept complexes intérieurs d’Islande à Coventry», dit-il, en faisant référence la ville anglaise avec une densité de population similaire, «et attendez de voir ce qui se passera sur, disons, 15 ans.»

Ce qui s’est déjà produit, selon Thordarson, c’est que lorsque les Islandais ont été en mesure de jouer au soccer à longueur d’année, le reste du sport est devenu plus professionnel. Entraîner est devenu un emploi à temps partiel requérant des qualifications, plutôt qu’un rôle de bénévole donné aux parents qui s’impliquent.

L’Islande compte 460 entraîneurs avec une licence B de l’UEFA — 1 par 740 habitants — pour entraîner des enfants de 16 ans et moins.

Hakon Sverrisson, qui a quitté son emploi de professeur en mathématiques pour devenir entraîneur-chef au club Breidablik, raconte qu’il voulait que les meilleurs entraîneurs restent avec les joueurs les plus jeunes parce que «c’est à ce moment qu’ils apprennent le plus.»

Chaque enfant paie les frais de scolarité du club avec un bon de 300 euros (environ 450 $CAN) fourni par la municipalité pour soutenir les activités parascolaires. Le financement public pour les clubs de sport et leurs installations signifie que les enfants doivent être dotés d’opportunités égales.

«Cela veut dire que c’est difficile pour nous de choisir les 15 ou 20 meilleurs joueurs et de les entraîner fort», dit Sverrisson.


Les Islandais n’ont pas oublié le “jeu” dans les sports, et avec ça ils défendent les valeurs que les plus grosses équipes ont perdues ces dernières années.
Vidar Halldorsson, professeur de sociologie à l’Université d’Islande

La place de l’Islande à la Coupe du monde de Russie arrive après l’impressionnant parcours à l’Euro-2016, où l’équipe s’est rendue jusqu’aux demi-finales, renversant l’Angleterre au passage avant de s’incliner 5-2 contre la France.

Esprit d’amitié

Vidar Halldorsson, un professeur de sociologie à l’Université d’Islande, argumente dans un récent ouvrage que, dans une ère tournée vers l’argent, l’équipe islandaise préserve un esprit d’amitié et de sacrifice «pendant que les équipes d’élite ont été affaiblies par avidité et individualisme.»

Les joueurs islandais ont des carrières de joueurs professionnels relativement modestes. Le capitaine de l’équipe Aron Gunnarsson, par exemple, est avec Cardiff en division 2 de la Ligue du championnat anglais.

«Ensemble, les joueurs sont ambitieux et se supportent», dit Halldorsson, «et ils sont prêts à mettre faire passer l’équipe en premier.» Le succès n’est pas «spécifique à un sport», dit-il, pointant les performances de haut niveau des équipes islandaises de handball et de basketball.

«Les Islandais n’ont pas oublié le “jeu” dans les sports», poursuit Halldorsson, «et avec ça ils défendent les valeurs que les plus grosses équipes ont perdues ces dernières années.»

«Les enfants ici, ils apprennent leur jeu et sont encouragés à passer le ballon à l’autre joueur au lieu de simplement le botter le plus loin possible. Ce sont les petites choses comme ça qui leur donne une compréhension du jeu», a assuré Johannesson.

Père de cinq enfants et bénévole de longue date avec les jeunes clubs, le président assure que la chose la plus importante est que tout le monde s’implique. «Nous nous assurons que tout le monde ait du plaisir, s’améliore et passe un bon moment. «C’est ce qui est important pour moi, pas que nous formions des joueurs de soccer professionnels pendant 10 ans ou quelque chose du genre.»